Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

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Histoire Socialiste Consulat· & Empire fôrîi!lâïtone Alfred Lewin IMbltot~ Gino asamo

Histoire Socialiste ( 1789= 1900) SOUSLA DIRECTIONDE JEAN JAURÈS TOME VI Consulat & Empire (1799-1815) PAi{ PAUL BROUSSE & HENRI TUROT Nombreuses illustrations d'après des documents de chaque époque, PARTS PUBLICATIONS JULl-:S ROU •'F ET C1 •

AVANT-PROPOS Qu'on ne s'étonne pas qu,· la J)(ll'liede l'11 isloire Sociatislc qui va suiv1·1· n'ai/ pas les mèmes p1·opo1·lionsque la pa;-t qui a été consacrée, en ci11q volumes, à la Révolution française, de üt Constituante au Consulat. C'est que la Révolution est la source ample et zirofonde d'où dérivent les événements; et le seul moyen de comprend,·e tollle l'évolution du siècle, c'est de soumettre à une analyse presque minutieuse le bouiltonnemenl des idées et des forces qui jaillissent du sui remué par la Révolution. L'essentiel est que dans la suite de l'œuvre la même préoccupation domi11ante se marque, qui est de faire apparattre toute la valeur des phénomènes économiques. Il ne s'agit pas de les abslrairP, de coupe,· l'ltistoire en deu.r, événements politiques d'un cûté, événements économiques de l'autre, mais de démêler l'action 1·fciproque des intérhs <'conrmiique., fi des combinaiSOfü politiques. L ·œuvre hait particulih·eme11l malais<',.et méritofre pour ce Ur période du Premier Empire oli il semble quP toute la Révolution ail pris je 11r mis quelle forme de théâtre un peu ri•tenlissante el vide. Je ,·,.me,·cieme, collaborateurs Brousse et Turot de leur effo,·t en ce se11s. J'ai déjà dit, quand onl paru les livraiso11s, que Brousse, empêché par la maladie, n'aurai/ pu suffire à sa part de t,·avail sans le concow·s de Jlf. Louis Noguères. A vrai dire, la collaboratiun de celui-ci a été si étendue et p,-épondérante qu'il y aurait injustice à ne pàs y insiste>'. Il a su condense,· le récit des faits en quelques chapitres vigoureu..cet pleins et sur plus d'un point ajouter par des recherches originales à c~ que nous savions sw· cette période. Au nom de tous mes collaboralew·s, je l'en i·emercie une foii dr plus. JEAN JAURi:S.

LE CONSULAT LE IllLAN Le coup d'Etat du 18 bruma'ire place devanl le dél'eloppemenl conti!lu et normal des principes de la Révolution une barrière formidable. C'e,t l'arrèl brusque de celte Révolution, c'e,t l'établissement d'une condition sociale générale où les cla;ses auront peut-être un rôle différent de celui qu'elles avaient avant 1789, mais où elles coexistent néanmoins avec les mêmes causes de discorde, puisque les unes ont dupé les autres. Cependant, comme l'homme qui lentement s'élève pour parvenir à un plus haut sommel se retourne parfois et regarde s'élargir l'horizon devant lui, ainsi, dans ce temps d'arrêt que marque le Consulat, nous verrons s'ordonner l'œuvre de la Révolution française. Des conditions économiques, sociales, l'épuisement des partis de lutte, la réunion dans une vue commune de tous les lassés, de tous les déçus, de tous les ambitieux ont pu fal'oriser la main mise d'un homme sur le produil du prodigieu~ effort de dix années, mais la trace de cet elîort subsiste. C'est beaucoup parce que l'homme qui accaparait l'œuvre révolutionnaire se donnait comme l'homme de la Révolution qu'il a pu établir un étal de stabilité, et c'est dans les matériaux que lui donnait l'histoire de la Révolution qu'il a dO. chercher les bases de la reconstitution de l'ordre social. Ainsi la Révolution est arrêtée dans sa marche par le coup d'Etat du 18 brumaire, mais c'est en quelque sorte pour que soit dressé le bilan de son œuvre. D'ores et déjà, nous pouvons le dire nettement, la Révolution, dans l'instant qu'elle se termine, apparait comme ayant détruit, -au profit d'une catégorie de citoyens qui par elle ont acquis une liberté qu'ils n'avaient point, des biens qu'ils convoitaient et qu'ils veulent garder à tout prix, - l'ordrè qui existait Jadis. Cette catégorie cle citoyens comprend la masse partout répandue des propriétaires de biens nalionaux, des enrichis soucieux de garder leur richesse et, par elle, le pouvoir. La classe jadis dominante, la noblesse, n'e,t plus qu'un corps mutilé; UT. 161 •• - BlSTOll\l SOCIALISTI. - TBERlUDOR ET DIRECTOIRB.

2 HISTOIRE SOCIALISTR c·e,t la classe moyenne, la bourgeoisie, qui désormais, par J'arrt'l de la lll'>Olution ckmeure maitresse dan~ la nation. La foule du prolétarial reste aucle,,ous d'elle sans avoir compris les avantages immédiats que la lutte soutenue pournit lui faire espérer. Le bilan ùe la Révolution tel qu'on peut l'établir au lendemain du coup d'Etat se résume en deux mots : le triomphe de la hourgeoisie. CII.\Pl'l'H~ PnEMilln LI FnA~cE AU LE~DDIAI' DU 18 BRCNAlRE Pour cornprendre l'histoire du nouveau gouvernement, la façon dont il a 1,11 s'implanter el lhcr de, Otmenls multiples, épa,es de tant de troubles et ùe tant de coup, d'Etat, il e,t indbpemable de rechercher quelle était: au moment cù Bonaparte a ren1er,é le Directoire, la situation respective des deu~ f;'tandes cla~ses de la nation: la clas,e possédante et la classe salariée. llan, cet exposé, nous pouvons lais~er de côté la noblesi:e. Nous ne pemons pas qu'il faille, au lendemain du :18 brumaire, donner à celle-ci une pl.ace importante parmi le, facteurs essentiels des événements à ,cuir. De toute faton, le parti noble est le vaincu. li pourra envisager l'acte de Bonaparte comme rendant po<sible une victoire fulore, mais non comme une l'icloire immédiate. • Plusieurs partis ont entrevu dans le lointaiu des espérances ... •• l"1:rivaitaprès l'événement ~allet du Pan 1 . Et il sa\'ait bien que • cc• parti•• ,i,rnifiaienl • son parli •· C'est ainsi que l,1noblesse el les monarchi:.les pour ront esp6rer voir le général jouer un jour le rôle historique de !llo■ck, mais ils ne disposent plus d'assez de force cl d'assez de crédit pour, par <'111mèR1<'>,aider omertcmenl 11. J'elTorl qu'ils att~ndenl. Nous lais,el'ons dn,,c vour l'in,tanl la noblesse et envisagerons seulement la situation et l'état d'esprit de la masse immense de la nation parta<;ée entre les • nanlia • et le prolétariat. De ceux-là, en erret, dépend toujours l'avenir du p11ys. D~ns quell<.-:;comlitioo, sont-ils après le coup d'Etat et comme11t,ont-ib [Jrl'paré< , -.1 l'cn,isager? A. -En haut de l'échollc sociale, écrasant tout le monde par leur loxe, clonnint le ton à la• société• qui s'épuise à les ,·nu loir imiter sans en rossétler les moyen~, des financiers, des agiol.eur.a, ~ont dans la bourgeois!!! les maitre, nom·eaux. Dans un temps où l'argent étail rare, c'est à ceux qai le possutlaient qu'allait la toutc-puls~anc~. Les \'erilables maitre~, ce SOlll tous ces g,•n-;dont l'lfü1l a besoin pour entretenir les arruèes, pour alclierl la répartition ao5si égale que po-,iiJle des grain~ sur le territoire, e11 uo mol Cous les détenteurs de la fortune publique accaparée par tous les m~e1111 poui1. 0.ooeha, L4 RtcolwlioA..., tù Ncron,-r, p. :l>I.

HlSTOIRE SOCIALlSTEJ 3 bles. La puissance de tous cenx-là est absolue. Ils commandent dans les ministères, ils achètent les députés, comme le montre le procès qui se déroule peu après le coup d'Etat entre le tribun Courtois el les banquiers Fulchiron et consorts; par leur argent, ils dominent el personne ne poarrail songer à leur ôtei leur pouvoir. li faut de l'argent pour subvenir a11,'s"e\ rvices publics, il faut de l'argent pour acheter des canons, des fusils, des vivres. Or l'Etat ne disposant pas de fonds s'adresse aux financier. pour qu'ils assurent les dépenses. li leur donne des • délégations • qui leur permettent de percevoir directement les contributions. Ils pren0enl eux-mêmes !"argent à la Monnaie pour recou1rer leurs créances 1 • Les Ouvrard, les Seguin : voilà les hommes indispensables dans l'Etat. Nous avons vu aux Archives nationales (F11 :.?92)un rapport secret non daté, mais qui est évidemment des derniers jours du Directoire, montrant quel rôle capital peut être celui d'un de ces graucls financiers. L'auteur du rapport e.~po~e la g~ne qui existe dans la circulation el la répartition des blés sur le territoire de la République. li y a trois récoltes entassées au nord el il n'y a rien dans le midi. Pour parer aux dangers de cette situation, le Directoire a permis l'eiportalion dans la République batave el en Ilelvélie, à condition du versement des 415 des mêmes quantités dans les départemenls ùu midi. Ce procédé est trop compliqué el lrop difficile. D'un autre côté, on ne peut songer à nue loi sur l'e.i.portalion, " le seul nom d'ex11ortaliou de grains présenté à la tribune du Corps législatif ferait crier à la disette». Les ministres des Fiuances et de l'Intérieur avaient proposé un moyen propre à « régularher le mouvement et la valeur des grains, afin de maintenir l'al.Jondaoce dmJs l'intérieur, de faire le Ilien ùes propriétaires el des consommateurs, et d'accfü!rer la rentrée des conlribulions ». Mais ce moyen remettait le soin de.s résultats à obtenir à cinq maisons de commerce, el le Directoire a vu là de grands inconvénients, surtout dans la difficulté qu'il y aurait à • tenir cachés les ressorts employés par le gouvernement •· Les deux ministres ont alors remanié leor projet. « Une seule personne, connue dans toute l'Europe par son habileté, ses lumières et son a~livité pou.r le commerce des grains, dont la moralité el les moyens immenses sont parfaileœent connus, sera chargée de toutes les opérations de ce genre que le gouvernement lui ordonnera de raire. Rien ne se fera qu'à mesure que les circonstances et les besoins l'exigeront; point d'administration, point de bureaux moot.és, point de magasins, point d'employés, tout se clirigera par ses moyens, par ses agents, pour son compte el en son nom. Ce ci!oyen se soumtl!.ra à Ioule la. responsabilité, soos la surveillance immédiate des ministres de l'Intérieur el des Finances, dont l'un dirigera ses achats on ses ventes, et l'autre sa complabllilé. Non seulement il s'occupera iwmédiatcmenl de régu1. • Ça ne n pas si mal, TÎIÎte pire que celle du diable•, libelle de l'époqu.

4 Il ISTOlf\g SOCIALISTE )ariser le prix des grains dans toute la République, mais encore de tous les échanges quo le gouvernement désirera ou des achats extérieurs qu'il pourrait Juger nécessaires. » En conclusion à co rapport, un arrêté commellail le grand financier Vanderbergb • pour les achats, ventes, ou versemPnls de grains que le Directoire exécutif Jugera à propos de lui ordonner, soit au dedans, soit au dehors de la République. • Ainsi, c'est aux mains d'un seul que l'on remellait le soin de distribuer du pain à la France l Et que l'on n'aille pas rarler de l'honnêteté de ces grands capitalistes : cc qu'ils estiment avant tout, c'est leur rorlune, et s'ils la font en France, ils ne ;ont pas moins prêts à la mettre en ;Orelé à l'étranger. • Je puis d'un Irait de plume, disait Seguin, emoyer deux ou trois millions à Londres • (ltlémol'ial de Norvius, t. Il, p. 302). Les granrls d'hier avaient porté leurs forces, leurs épées à Coblentz; les grands du jour avaient leurs dispositions prises déjà pour enlever à la nation cpuisée des millions que recueillerait Londres. JI est difficile de délimiter exactement dans quelles proportions les rournisseurs volaient l'Etat, mais ce qui est évident, c'est que le gaspillage le plus effréné enrichissait non seulement les chefs cles maisons de banque ou de fourniture, mais encore toute la horde de leurs subalternes, employés, ,·érificateur., comptables. Le temps n'est pas loin ou Seguin, Ouvrard, Vanderbergh vont s'accuser réciproquement de vol au préjudice de l'Etat, el c'est, bien entendu, de millions qu'il s'agira (At·chives 11ationales, F11 , 292). Dans • le parti des nouveaux riches », comme l'appelle lllalmesbury, se rangent aussi les agioteurs de loule~ sortes, qui ont rait fortune en spéculant sur les assignais ou qui encore ont su réaliser au bon momenl pendant l'agiotage; les gens de robe, de procédure el de basoche qui, chargés de travailler à la liquidation des anciens domaines de,·enus le gage des porteurs d'assignats, ,·oient el s'enricbisser.t à peu près son~ contrôle. C'est en parlant de tous ces gens quo M. Vanda! dit • qu'ils vivent sur la Révolution•. C'est peut-élre e1acl en tant que fait, mais ce n'e,L point à la Révolution même qu'il füul imputer celle situation. La Révolution, • celle atraire énorme, colossal~, exlraordinaire •• comme l'appelle Ill. Vanda!, n·ayail pa, pour fin dernière la remise aux mains de qurlques-uns du capital de la France, mais bien plulOLde procéder à une réparlilion plus équitable de ce capital, qu'il soit financier, moral ou foncier. Mais, dans les heurts inhérents à toute grande secousse populaire, des accapareurs, des voleurs s'é• laient glissés, comme on voit pendant les batailles se glis8er des voleurs auprès des morts ou des blessé,. Ce sont précisément ces vole uro que le nouvel étal de choses va confirmer dans leur injuste possession. Les « enrichis » ne rouvaicnt qu'ap1'1audir au coup de force qui permit 1. L'a~ffltmtnt de Bonaparte, p. 51.

IIISTOllll, SOCIALISTE LIV. 468. - RISTOJall &OCIALISTK-, LI CONSULAT, LIV, 468,

IIISTOII\E SüCI \LISTE au g,·n ..ral Bonaparte de conll,quer la He1oluliun. Il:, a1aienl r,una,sé une rerlai11e fortune N ils arnienl pour unique souci de 1,1 ronserver. Or, pour cela, il fallait é1itt•r Il'< secoo»es ,emhlaliles à celles du passé, car elle; sont plus propres à briser les fortunes raites qu'i1 les consolidrr. On parle donc de l"ordre , c'est-a-dire le p(1u,•oir fortcm1•nt étahli. Et puisque Bonaparte semble ,ouloir prendre ce pouvoir, il y a tout intèrèt pour les capitaliste, à crier : « Yhe Bonaparte'. • 11, ont rait plus. 011 connait, en rlîet, la lettre adressée par le financier Oun,ml, fournisseur de la marine, à l'amiral Brui,, minbtre de ce département, lorsque, le JS hrumaire, au malin. il eut vu passer, dt• ,a maison de la rue de Provence, Bonaparte cl ,on corlègP : • Citoi en amiral, • l.1· passai:e du général Bonaparte SI' rendant au Con5,•il dt>s .\ncien-. • qul'lques mou,cme11ls 1e troupes, me font pressentir qu'il se prépare du • rhan<::ement dam les alfairrs politique·; celle circonstance peul néce,sit"r • des hesuin, tle fond•. Je von, prie, mon cher amiral, d",'lre l'interprète ù,· • J"offre que je fais d"en fournir tout rie mile. J'ai peu-é que celui qui e,l • rharg(• du service le plus impo_rlanl dans la partie que ,·ous rommaml,•1., , pou\'ait, sans incliscrétion, ,ous faire une pareille offre, el que von, n·y , nrricz qu·une preuve de son dérnùmcnt pour la cho•e publique, au rnccè, • de laquelle il cherchera toujours à coopérer. " S3lul el cousidéralion. • Ou,rard offre donc une première mise de CenI• - el il e;l indi,pen,1ble !lu reste qu'il y en ail une au mom,·nt d"un coup d'Etat. C'est assez dire a\'et' quel enthousiasme le monde de la haute finance était prèl à soutenir le gé• néral faclie1n. Celui-ci du reste était connu de, fuurnisseur:i : à l'arm(•·· d'Italie, à J"armée d"Eg)Pte, il amil été en relation, avec eu,, cl ils ne pouvaient ouùlier que c·était un homme d"affaires - un des leurs, presqu(• ! ·- celui qui. avant la campagne d'Italie. rncourageait ,es soldats au pilla~e des pa) s quïls allaient parcourir'. La présence du genéral Bona parle à l,t tête du gouvernement, c·étail, pour toute la race des füurnis,eurs, la per,- peclive de bénéfices assurés pendant des guerres futures. L1 satisfaction des gens de Bourse se manifesta du reste d'une façon évidente par la haus~e immédiate du tiers consolidé. o.. Il fr., :;~ le 17 brumaire, il passe le 11! à 1:! l'r., 88; e,L à i i fr., :J8 le JO, et monte ainsi les jours suivants à 15 rr., t~l, i7 fr., 75, 10 Ir.,:!~,. Il est à :!Il Ir. le ~4 brumaire. li. Aula rd•, commentant celle hausse des cour,, rappelle le mol de Talleyrand à qui Bonaparte demandail plus lard l'origine de sa colossale fortune el qui, en « rll'rontê courtisan », ré,ion,til: « J'ai acheté de la rente la veille du coup d"Etat de brumaire et je J'ai revendue le lendemain•· 1. J~tudr, rt Le, on...- ,ur la RécQIUlion /rllnt;<Ji~e, seconde Nrie, p. !!3.

IIISTOlflE SOCIALISTE Au-de,,ou, de la haute l.1<Jur~eohi,'ri,·hr. élalan Là Paris un lu~e immodén\ la maser de la moyPnn,' bourgeoi-ie s'éle111l ,11r loul le l1•1-riloir,'. On dit ,ou1·ent que la Hé,olulion a été fnilr pour Je, hour((<•ub, c·e,t Haî, niais il serait peul-Nre plu, e,act encon• de du·,• <1u.·.11e II fi/il drs ho111·<s,·oi,.El. en efTl'l. prl'nons par e,emple J,, fer111ier,1,, J'anl'i,•11 l'PJ.:ÎntP .• \1a11t ViH!I, il e,ploitnil unP terre qni n'l'l•tit pa, la ,ie11ne, tra1aillant pour 011mailrr <jt1'il connai,,ail peu ou point, 1,ui,que Ye,saille, reteua t <'e maitre t'l qu'il u'en avait guère de no111e!le, que daus l'in,tanl oil il f!,•,ait lui adn·--er le- r,•1enus de la propriété. Cependa11l, ce sol qu'il tr n aillait, I,• li•rmier l'aimait el, quand le, épis mtlrs se courbaient. ce 11·.,,1 poi11l ,ans le -,•nlini,•nl d'u11,• tristesse profonde qu'il "0111<a1il à lïn,tanl oü il Jt,, faullrail rnuµ,·r - pour d'autres! L'a1<ricullt·ur ;1ime la terre, c)inm• le p,'cbeur aime l'Ucéan, par.-,• que c'c,l d'elle qu'il tire et ses joie, et :;c, p,•i,w-, ,··est c1·,.1.1. qu'il vit. LI' jour où éclata la Rholution, un !(rand nom lire de pai,an,, de fermier, '" soulev~re11l N 1,oursui1irenl au nom des prin,·ipes uomeaux J,, hul qui J,,ur apparaissait it eu, cornme le plus jthlt' à alteinilrc: J'atT,-.111chi,,em1•11ctle la terre. Mais ici encore, nous le verron-, h ll1'111lulion n',t p" aliouli. ~:IIPa él•• détournée, arro'tée dans ,a marche. IJuantl, par ~uilt• tic l't'·migraLion, tics troubles el de la ,·ente des lerr,·s il l'il pri,, tles fermier, ou des t,:eu, tJ,, la ca111pac:neont été mis en P'Jss·'--ion de parti,,, plu, ou moiu, l'0n,id1•r,thlc, de terrains, il, onl e;limè que pour eu, la llt•volution ,•lait lcrmiut"•" el n'ont rlernanM qu'à e,ploil<'r et faire npp~rlrr de, terres <pt 11, tlc,iraiPnl depuis longtPmp- el qu'ils aim1Ît'Hl da1,111lat,e enro re dh lïn ,lant oü ils en étaient le, maitres. C'e,t ainsi qur IP P"lil prupriétairc foncier. fait 1,,1par la l\évolulion e,t dt•veuu à la foi- conlre-rérnlulionnair1' et ami dr la lV•volulion. Le petit propriétaire foncier e-t alor,;, si l'on peul ainsi dire, un con,e1·1·ateur révolutionnaire. c·est-à-1lire quP, considéraut la l\1•1·olutiou romme t,,rmilll'e du jour où il e,t propric'tain', il entend con,crHr le bén,•licr li,• la l\holution. Ce bénéfice c'est, pour lui, sa propriété. M. Vanda!' nie que la Rérnlulion ait crM la petite propriété. Sans clout,· on n'a pas vu surgir suhilemcnt sur le lerritoir,• c,•u,, forme dP rèparlilio11 dP la riche,se, mais re qui e,t i111liscutablc, c·e,t que la llt•1ol11tio11.tout en libé'rant h petite proprict,· e.,i,tnnte qu'écra,aient les charge, anciennes, a multiplié dans d'énormes proportion, le nombre des petits propriétaire,. ~l. Vanda), lui-même. e,l olili<réde le reconnallre lorsque, parlant des lra- ,au, de 1·ocque\illc, de MM. d"Avenel, Loutchitch,ky, Angla1lc el Leca,. penlier ~ur la r,•parlilion de, biens nationaux entre lt', diwr,,·s clas,es sociales, il conclut que celte répartition s'est faite entre les bourgeois et les, paysans clans une proportion qui a varié seluu i.,s r(;;sions. c·e,t donc bi,•u un fait certain que luul un noyau de petits propriétain•, pay,ans e,i:;tc 1. I~id. p. t~.

8 IIIS'l'OlllE SOCIALIS'l'E quand s'arrèle la Révolution el qu'ils sonl décidés à ne plus laisser à la merci de !rouble~ nouveaux les lerres acquises pen•lanl les troubles passés. A côlé de l'arlisan rural donl nous venon,; de parler, le petil propriélaire de vieille bourgeoisie a, lui aussi, en beaucoup d'endroils, accru sa terre. Celui-r.i, au lieu de raire comme d'autres rentier,; de la moyenne bourgeoisie qui gardèrenl par devers eux leur pelil capilal-argenl el htrenl ruinés par les emprunts forcés, la suspension des arrérages ou enfin la banqueroule de 1;oi, avait lentement accaparé les assignats el allendu le momenl propice pour acheter des biens nationaux à lrès bas prix. Celle catégorie de moyens bourgeois vil des lors sans faste, car la terre rapporle peu, mais enfin elle l'ilet surtout garde la terre qui, un jour prochain, lui donnera la richesse et la pui~sance. C'est de celte façon que la moyenne bourgeoisie accumula des réserves fonci~res cl fonda sa forlune. Ôr celle bourgeoisie, comme les artisans rurau,, el exactement pnur les m,'mes raisons, désire la slahilité dans la condition ~ociale actuelle pour garder ce que la Révolution lui a donné. c·esl en parlant du même point - leur intérêt personnel - que dans les villes nombre de pelils commerçants envisagent la Révolution comme finie. Il n'y a plus, gràce à elle, de hiér;irchie dans les métiers et, de méme que des paysans jadis salariés sont devenus propriétaires, de même beaucoup o'ouvriers sont devenus pelils patrons el sont ainsi allés grossir les rangs de la masse des demi-bourgeois. Les boutiques sont nombreu·es désormais el s'il esl vrai qu'elles rapportent peu. du moins l'oul'rier considère qu'un grand pas a été fait depuis le temps où il ne pouvait espérer être un jour « à rnn compte •· La richesse n'est pas venue, peut-èlre, mais du moins on peul toujours l'attendre en respiranl librcmenl entre quatre mur,; à soi. Ouvriers del'enus, par la liberté du commerce el de l'industrie, petils patrons; paysans devenus, vu la libération de,; terres, petits propriétaires; hourgeois avisé;; el économes devenus, par l'achat des biens nationaux, détenteurs d'imporlanles parlies clu sol: voilà les plus ardents à dernander que la llévolulion subsiste par la consolidation de leur siluation, c'est-àdire qu'elle s'arrête! Tous élaienl levés jadi, lorsqu'aux journées révolutionnaires il avait fallu crier les revendications du peu vie, ils avaient combattu pour soutenir ces revendications; mais aujourd'hui, à la tète d'un pécule, ils ne veulent plus descendre dans la rue, ils ne veule11t plu, d'émeutes. Dans les Mhnoires de Lescure sur les journées révolulionnairrs el les coups d'État de lî8fl-iînl), on entend dire• par Le Couleulx cle Candeleu: • li y a beaucoup de peliles fortunes faites à Paris pendant la Jlévolulion, ce qui a beaucoup élenùu la classe de la petite bourgeoi,ie, el celle classe esl ce que j'appelle le peuple de Pari:; qui, je le répète, à l'avenir regardera faire les gouvernants ou les meneurs entre eux». Celle petite bourgeoisie regarde 1. II, 215.

) HISTOlllE SOCIALIS'l'E faire, mais surtout elle est prête à accueillir al'ec Joie celui qui, tout en la rassurant sur le maintien des conquôtcs de la llévolution, - c'est-à-dire l"accroissement de son bien-Nre. - établira l'ordre. Confondant les prirrcipes de !a Hévolulion avec leur propre inlér~t. le, bourgeois de !a classe moyenne pensent que la mauvaise aclmini,tralion ou les excè5 démagogiques sont aussi pernicieux à ces principes qu:1 leurs 1>ropres affaires el, loul én demeurant passifs devant les coups dï~lat qui se r<'pètenl, il,; sont prêts à devenir le fondement d'un état nouveau oü « l'ordre » pré,;idera au mah\tien de la condition que la Hévolulion leur a faite. B. - Nous nous sommes occuvés jusqu'ici de ceux qui onl personnellement retiré un bénéfice de la Hévolution el nous avons vu que tou, ceu,-1(1 ne dé~iraienl qu'une chose, l'établissement de l'ordre. ~lai•, en dehors de, «enrichis» tt de tous les propriélair~s anciens ou nouveau, qui forment • l'armée des intérêts», il y a toujours !a foule aux rangs infiniment profonds de ceux qui s·avançaienl les bras tendu~ dans un app~I de délil'rance vers la Rél"olulion et qui demeurent maintenant épuisés, brisé$, sans avoir rien du bonheur qu'ils altendaienl. Pour eu,, nous le savons, pour tout le prolétariat des cam1 agnes ou des villes, la !\évolution, qui Cul d'abord le produit d'un geste libérateur, le cri sauvage et longtemps prolong ·• de tout un peuple dont les chaines se brisent, fut ensuite le moyen rétMchi el accepté de parvenir à la réforme totale de la soci('té, à l'amélioralion générale. C'est pourquoi le prolétariat fut l'acteur des journées révolutionnaires. C'est lui qui a" donné• le I i juillet, les;; el Goctobre, c'est lui qui a •'lé victime, le iî juillet lîül, de la première application de la loi marliale, c"esl lui qui, le 20 juin el le 10 août, a renversé la royauté, c'est lui qui partout et sans trêve a poussé au prix de son sang la !\évolution vers plus de justice el plus d'égalité. Le prolétariat, courbé pendant uno longue mile de siècle~ sous le plus absolu des joug,, s'est réveillé tout d'un coup el, se ruant vers le gran<I soleil entrevu qui devait éclairer un monde où chacun pourrait viyre sa vie, il s'est rué, bri.ant tout sur son passage, mafs ne regardant point aux ruines entassées puisqu'on n'avait jamais regardé vers lui, source de toute la fortune et toute la gloire de gens que son malheur faisait heureux. Et c'est ainsi, par les routes sanglantes de la Terreur que le peuple, d'un bout il l'autre de la France, avait marché dans la Révolution. Or, depuis plus de di\ ans que le prolétariat était sur la brèche était-il prêt tl'alleinclre au but rêvé! Hélas non. Boaucoup, nous l'avons dit, da<rs la cl 1ssc des travailleurs avaient su tirer parti des événements, proOler des troubles pour gagner qurlque bien-Mre, mais la classe, en tant que classe, c'e;t-à-dire le groupement des individus donl la vie est régie par des con litions économiques, politiques el sociales identiques n'avait rien gagné. Adrien Weber, étudiant le socialisme agraire, écrit': • L'on a dil que la Ré,·olulion de lî~!l fut une jacquerie qui l. Rn,, Soc. 189i, Il, p. Ml.

Hl IIJgTOIRE SOCIALISTE n·u--il. JlcJa,. It·, i>"i san, 11ui -oulinr,•nt ,·n l ,tifl Pl 1,:1:1 la J,irnraisanlP 1,•,olution politique des hour,.:eoi- 1111iquementparce qu'ils espéraient qu'elle si•rail •orialt• pour t•u,, ~e trouvt're111 linalemenl dup(•s cl trahis ptir la h~ur- ;.:••ui,ie comme rm:iicnt elé leurs ancHrr-, le• JarqU<'•, par Elicunr )larrpl, ,·onune 1,,, rnlo11laire, de la H(•p11bliq11rrurrnl ,,n,uitc ,oléR du milliarcl de, hien, d,•, ,•migr,•s qu'on l,•ur a,nit promis. , Cette rèY0l11lion. qur le, ,ala1·ié, agricoles ,•,pt'raicnt -c,cialP. 1·l·1ilalten1l11ernciale au,,i par lt•, ~ahriès des \lllrs: or ,·c lut pour eu, lï•chec rnr Ioule la ligne. lis dcrneu1·c11l,aprè., ,noir hi,-o la hour;:;eobic plu, haut ,ur l'(•l'hellc de la Socièl(•, le, OU\IiPr, c,1e11u,·, cl d,·c<mra!(•··, ,run chan1,:,·ment p..litique IJUi ne lt•ur rapporte , h•n, llalll'ul' cl le, Eg-au, a,·ai1•11Llt·nl<'•le rnpr, 1me cJT,.1·1el donu,·· au 1,,1,eur du prol..tariat. à ,.., actr, prud !!ieu,, d·abord impuJ,if, Pt qu,1,i ,l\·eu![l~- pnb dt>pilh rn J>lus eo11,d,•nl, d11hui à all,•lndrt•, le pro~ra111111elll 'r\l'illeu, de nelll'lè renf,•rmP dan, les 1~,article, ,Ir/' '"'"!f'P dt· /,1 t/1ortri11P tfp /Jalin1f. '\l'ion J,· 11101 tl,• )1,11011•, Ir- l'!·"u" étaient ail(•, à l'àml' ,lu p,·uple 1•11lui disant: « La n,,rnlullun viclu1·ir11,e dt'< roi,, cl"' 1101.Jle,et tlp, pr,1 - trt':,; n'P~t p;h finie, f!llt• ne le sera que lor~qu'elle aura a;,:;uré. par l'or;tt• ni,.1lion du Lranil. la ju,t,• répartitiun d •s produit- de tOth le, membres tle la _,,ciéli• "· )lai, le, nou\'l'a11, conservnteur, a,aicnl ,•11 lùl fait de supprinwr ll~heur <'l le proll'lari.1t terminait dan, 11111•l.1m,•ntahl<' miso're •a marche ddourm'c de lti juste mi" ,ers lïd,•al dr l I r,•vol11tio11sorial,•. Et rourlonl un ,l\ait in:;cril dans le, 1léclaralio11s unt• libcrt(, qu,• ri•clamail h cln--e sali\l'it•e la lihcrlè 1!11lral'.til. \llis cï•lait fa un h•mre p11i,1u'aucunr gar,111U,• 11·~1.iilmbe il lit tli-p'lsilion dt>l'employé à l'éc:ar,I de srn emplo.\'eur. pui,que la coalition Pnlre i:l'n, lie m~mr méliN 1 1lait s(•v,'rement inLPrdi Ir el que, par con,éqw•nl, il n·y av.üt pn,nt ,1~moyen éwn·m1ique q:1i p~rmit 11 l'onHi••r, au lra,·aillrur, tic contrt•hal:mcrr la lonte-puis,ance de celui t1ui l'employ,,il. Libert<' rie travnill1•r au, CtJndilions irnpo.,ée• ou alors liherlé Ill' mourir rie faim'. \'oilit à quoi •e réd11i-ail la 1·ictoire sociale llu prolélari,1t qui a,ail failla fli•volution. Il avait ,u ponr cela tomber ,ts 01, et a,,i,t..,it mainlP1iant. mi-,'rahl,• et de~oûle, à Ioule, les compétition, l'l ,k,irait en -ununc •urtoul u,w rh,,,e, la p tit à l'intérieur, pour retrùu,·er ,es forces el tra,·.1iller, a\oir du pain. C'e,t ainsi ,1ue 11011, en arrivons :'t ro:1slaler qu,• Je, prolétariat dupé, •··pui•t', ne 1lemand1•. lui au,-i, qu'une cho,,• · la restauration de l'ordre. IJnand l,1 ,·haurnièrt' se vi,!1! el q111·Ir pain manque, l'ouvrier qui combat pour améliorer son sort doit abandonner la luth• pour rrtrou,er des forces 1111i•eront n<'ce;-aires il un Jour prochain. Ainsi la classe '.salarl6e dut aspirer au rt'f"" qui donnerait ,lu travail et assurerait le pain de chaque Jour. EL p•1is, un nouveau ,entinH'nl e,1 né dans la foule des humbles el fera t. L1, Ù•• •ocial. d.rnt /(fr . .Soc. 1892, t, p. tiii.

IIISTOIIU: SOCIALISTE 1 t accepter clu peuple le cha11~•111enl fü1ns la rorm,• tlu gou,crnc11u•nl, ,i celuici permet à ce ,entiment de se développer: !"homme ,tu peuplP esl ,le\'cnu chauvin. l'\om n'a,ons pas>\ irhi>ler id sur le caract,•re ~rimili\'cmenl inlernalional de la llérnlution. On arnil rail la i.;unrc au, roi, Pl non aux peupl<>schez qui, -elon une ~dmtr;ible dcclaralion, on tle, ,IÎLporter non Je fer el le [eu, mais la liht'rlé. )lai•. l'l ce seM lnujour, un ar;;umenl ,·apital contn• lou;; c•u~ qui vont fli,anl que la guerre e,t n,·ce-,air,· <•lp~rroi~ m1Jrale, que dt• 111onlrer tJue les guerres 1w'me, ùe la llh11lutio11, l'lllreprises pour -rmrr dan~ le monde le, idées nou,·ellr, el fé1·..n1le,, ont ahouli, en hn dt• compte, a des lulles d'anne,ion, de ,polialion. El ,.·,.,t ,tlor, J;i ;.;uerre • glorieuse » de l'ancien régime qui rep1ralt. La g-loirc de, arme~ oh,M,· Ir, e,prils, les déprime, Je, alfaiblit. mrllanl la confiance el la rorce d1• la nation à la merci d'un échec ou d'une victoire. Lr peu pli' a,pirant i1 l'ordre, au cairn,~ tt lïn lérieur. rOvail a11,..;i d'une paix <-,lérieurPba~ée ..;urne... ~uc~ cès français, el la façon dont son enthousiasme r,•ra r,plo,iun quand ce~ succè,- viendront montre as;ez loul ce qui couvait 1h11, la rru,,e de ,li•sit de gloire. Nous avons te11léjn,quïci de mellrr en relief - san, nous arrêl1•r a cles considéralion, sur la situation politique des parli;;- clnns quelle, co,aliliuns était la France au moment du roup cntal. li :1ppar.1ll hien que, pour dcrai~ons d'ordre diver;;, lïmmensr majorilé élail mtlrc pour lai-scr faire ce coup d'Elal ou m~me y applaudir. liai, alor- que tic, i,•nt, dan, l'hi,lorre que nous allons ,oir se dérouler. l'antagoni,mc ,les clas,es·? )Jalon, 1·1•,umanl Marx, •'cril dJns son So1fo!irn1P lnt,ym/ 1 , tJllt' « Li gu,•rre des clas,,., n·a pa~ pris fin à la 1lè1olullun françabe, elle n·a fail que ,e simplifier. La liuurgeoisie, lra!lre au prolétariat <1ui lui a,·ail clorrné la victoire, s'e•l tourné,• contre lui. e~l 1levenue conspiralrire it ,on tour el a pris l'hégémonie ùe, ror~e, rdrogrades nolile,se, cierge'. privilégiés tle tous genre, ... •· Que le, detn classes dont parlenl )larx el )lalon ,e retromenl seules en présence quand la Rérnlulion se termine, c·e,l une opinion qu'il e,l impossible de rejeter, puisque tous les rails sonl là qui le prou1cnl; mab, pour ce qni esl d,• la lutte de clas,e, il e,l ab,olrrmenl inutile de ,orrloir err raire le ,ub,tr.1lum 11ni,1ue de l'histoire du Consulat. li u·y pas de Julie de classe dan, la pério,le qui s'ouvre, ou, en Lous cas, les ,ymplomes en sont lellemenl rarr•, q1w l'hi,lorien a de la peine à les di:;cerner. Ici, par con•eqm'nl, nous deYons ,•ncore une fois montrer que la conception du matérialisme économiqu", la mélhode marxiste en histoire, ne peul pas, strictement employée, nous fournir toute, les explications des phénomènes historiques qui YOlll se déroule, ·. :Sou, 110mmes obligés de chercher par ailleurs un guide méthodique •trri nous permellra d'envisager les é,énements el d'en pouYOir tirer la philo:;uphic. or 1. 1, 2'7. t. Cf. J'aUft1. Conclut.ionde l"hi1toire de la Con1litu1ntP.

12 HISTOIIl'E SOCIALISTE il y a un nom, il n·y en a qu'un seul à prononcer pour que chacun voie ~·éclairer Ioule l'histoire de la période du consulat: Ilona parle. Nous croyons que:1iarmi les facteur~ qui peuvent inlcrvenir pour diriger la vie d'un peuple, il faul faire une place certaine à l'in0uence personnelle d'un homme qui, par son génie ou par rn faculté de représenter les aspirations d'une classe ou de 1,lusieurs classes, peul in0uencer el modifier même la marche des choses. Celle action d'un homme sur la société de son Lemps nous apparaîl comme manifeste el indispensable à mellre en relief en lrailant l'histoire du Consulat. i'fous ne pensons pas quïl y ail dans certains ouvrages de critique historique, comme, par exemple; celui de Tolsloî sur Napoleon el la campagne de· Russie, autre chose qu'un lrès brillant paradoxe. Pour Tolsloî, Napoléon n'a été qu'un jouet dont a disposé le« hasard ». Quant à lui reconnallre une valeur perrnnnelle quelconque, une influence individuelle dans l'histoire, c'est ,ouloir se laisser prendre au mirage de " gloire• que les hommes ont mis autour du nom de l'un quelcon 1ue d'entre eux. Celle nég.1lion de l'influence possible de l'individu, l'absolue nécessité, au conlrJire, pour l'.hisloire de n'élre que le produit du dévelop)ernenl des masses, développement conditionné par les seuls facteurs économiques, dérive n~llemenl de laméthode dite marxiste. En Russie, la foi dans celle méthode est profonde, el l'économisle Miliouho\l, dans son lnlroduclion à {lûsloire de la civilisatic-11 rmse, déclare ncllemenl qn'elle est la seule qui convienne vrai nent à l'histoire. Il ne faut pas se montrer aussi absolu. Les Cails nous prouvent que les contemporains de Ilonaparle, da'ns toutes les classes de la société, ont observé une allilude telle que sa personnalilé a pu se développer sans contrainte dans la société, el déterminer l'union d'un no:nbre considérable d'énergies autour de lui. Chaptal I dil que Bonaparte« avait tondu tous les partis•, et il ajoute: « L'histoire de la llévolution était alors pour nous à la mème distance que celle des Grecs el des Romains "· C'est là une parole décisive, car aucune ne saurail mieux faire comprendre J'in0uence réelle, prodigieuse presque, d'un seul homme sur les gens de son Lemps.Nous avons vu déjà rapidcmcnlcommenl il faut entenrlrn que Bonaparte avait fondu Lous les partis, el nous le verrons mieux encore par la suite, mais le fait hrutll qui nous importe en ~e moment, c'est que Bonaparte, par ses actes non contestés ou peu contestés, voil la nation se grouper sans étonnement autour de lui. Il va pouvoir agir dans le pays el le faire agir: sa personnalité aura donc bien quelque valeur. Ainsi, tandis que la lu Ile des classes esl momentanément suspendue, el que seules des compélitions autour du pouvoir metlenl aux prises des politiciens qui se déballent dans le désordre ùes services publics, tandis que, dégoùlé ou brbé, en tout cas impuissant parce qu'il a trop lutté, le prolétariat relombe sous la sujétion économique el sociale de la bourgeoisie qui s'organise, Bonaparte s'élève el va prollter de l'apathie des uns, de l'enthousiasme J. lits sottnmin $l'r Xapolùm, p. 23t.

IIIS'l'UlllE SOCIALl:,n; I" SEPT CIST CISQl.:A.STB MÏn\O&Nr. (D·a11r6• ■a docaaMut d♦ la Biblioth~ae '.\ational•-' LIY "69. - e1no1a1 SOCULIIH, - LI CONSOLAT.

I', HISTOIRE SOCIALISTF, intéressé ou sincère ùes autres pour faire préllomincr dans le, événements son action persnnnelle. :"ious l'Oilà donc par la suite logique du rai,onnemenl amenés à étudier ce qu'il faul retenir de la personnalil<• <le llonaparlc. Ce que nous voulons recherr.her, ce n'esl point tant la ronnaissanre ile son e.r/1',•ieur, si l'on peul s'exprimer ain,i. que la dominante de son cararlère. El en elîel, puisque Bonaparle va avoir <levnnl lui, à peu près à ,a <lisposilion, ln puissance, il est capilal de swoir quelles qualités il déploiera pour en us,'r. Or Je lrail dominant flu caractl-re oe Bonaparte. nnl n'a songé jam~is à. Je nier, c·~,I l'ambition. Toute l'histoire de- sa vie est dans ce mol. Ambilie1n, il l'a été jusqu'au crime, jusqu'à la folie, el lord Hoseberry, oans un ou,-rage du plus hanl inlér<'l 1 , a pu, en quelques pages', tracer le lablenn de :'On existence en partant de celle ambition, qui ,'élargit /le plus en plus jusqu'à détruire J'équilibre moral de l'homme el le précipiter dans l'hallucination, dans la folie. JJonaparte veut arriver, mais pour cela il lui faul des appuis el c·esl autour ,le lui, dans la sociélr où il esl venu ,ivre. encore qu'elle ne l'alliràl point plut,)t qu'unP autre, qu'il 1!oil le- rherrher. Né juste à temps pour être Français, mais grandi dans <les sentiments dt• haine Yi-rilable contre la France qui a a<ser1·i ~a palrir corse'. Bona1iarle n'a en France aucune attache de famille ou de parti. L,\s homme:; qui s·agitent autour de lui peuvent Nre des instruments de sa fortune, mais ils ne sont pas des compatriotes pour qui l'on puisse avoir égarJ soit des opinions, soit des relation,. De son origine, de son éducation, Bonaparte a gardé le seul goùt de l'intrigue inlelligenle qui sait, pour parvenir, ne ,e lai,,er guider que par de, questions dïntérM. Le « condolliere » de Taine agit pour lui et pour lui seul. En Corse, où les haines sont vivaces comme le maquis, toujours brûlé et toujours vert, il faut, pour ne point tomber au détour des routes. avoir de sùrs amis qui veillent el ne pas regarder au choix cles moyens pour gagner des partisans, tromper l'acl,·ersaire et l'abattre. El Bonaparte, pour parvenir à la situation qu'il rêve, ne cherchera d'autre appui que ceux qu'il aura intérN à Yoir dérend re sa cause. Cet homme • à. part» 1 n'a pas suivi • se, propres instincts•• comme le pense el l'écrit M. r,evasseur, mais il a bien plutùl calculé avant de demander appui à certaines classes de la nation, que c'étaient celles-là qu'il importait avant tout de gagner el crenlratner à sa suite. Voyons donc vers quels hommes dans la n.1tion Bonaparte avaiL intérêt à se tourner. Jusqu'au 18 brumaire, Bonaparte n'avait é.té qu'une chose : un :soldat. Sa renommée s'était fondée sur les champs de bataille, el il ignorait touL du goul'ernemcnl. On Je vil bien, du rP,te, à celle activité fiévreuse qu'il mil il éluclier tous les rouages de l'adminislralion, faisant, au ,ms précis du mot, son éducation dans le, choses de la vie politique, s'assimilant à la hâte les i. L,, clc,·ni;,,.e plw,,·. -2. 292 et sq.q. -3. Cr. Mauon, Pupie.-.~ i,1i',li1~. -4. Tol1to11 ibid,~.

IIISTOfl\E SOCI \LISTE principe, de droit, de scier,ce financi/>r,• ou comnwrcialr pour èlrr vit,• capable de sr renrlre conq,t,• par lui-m1'm,• rie tout ce qui p,n11ail •'lr<' fait rlans le gou,nnemenl autour rie lui. :,;e relruu,.--t-on l"" lù la tendance rlu chef n,ililair'P qui veul êlrt' an courant dP' 'l'rlir·r, rlP toul,· l'armée qu il commande·?Lor'-qoïl t-tait en rampJ!-"IW, B naparlt•. comme on ra dît plus haut, avait pu ,oir le rùlc consiclt-rable joué flan, l'Elal par le, granrb financier,. li n'a,ait pas pu se pas-er d ·eu, parce que c'étaient rm qui, par les fournitur,·-, arnirnl en main la forer militaire rlu 1w1,. En outre•. au ruonrcnl du coup d'Etat. il- arnienl élé, dan, la couJi,,,,, les bailleurs ,le fonds indi,pt•n,able,. Que le, financier, refusent au nom·ran ;.:ouwr11P1111•nlelur appui. et s'rn était fait dt• lui. !:i,•ul,; il, avaient l'ar~,·nt ncc!'ssaire I our entretenir ,le, roua~s admini-.tratif, ~. uls ib pouvaient arrt•tPr la hanqw•routt• nwnaçanl1•. Et dès for-. qtH' ,a-t-il ,r pas,er? Bonaparte rn -r lourner ,ers lt•s gro, ,·apilaliste, cl 1,rendre Yi--à-, i, d'eu, tous les eni::a,:rmr nts quïb vuu<lro11l po11rrn quïl soit a-sur,, de ll'llnir l'ar,:,•nt exigé par les senices. Le pactt, laril,• existe: de l'argent tout de ,uite, et la 6 uerre demain pour a\'Uir il" fo11rnir» encore el toujours. c·,·sl-à-dire à voler. C'cq dune le besoin d'ar'1:l'ntqui ronlrainl llorrnparle tl cht•rcher un appui tla1h la classe capilali,le. C'e-t son inlèrt'l qu· Ir fait s·a lrc,,cr à l~ hourgcui~it). ~011:,; ~a,ons ce q111• celle-ri dt·~•drc: ra,-.;urancequt\ l'ordre de cho:..;e:-; établi par la. llé,ululio11 , a ,·lre raffi•rmi. li ~ ,, tl,1n, la bo11r.:,·oi,i1•rlr, rè- ..:.ervt1spt>ctmiaire:::ou fo111·i~\r1q':u-i'il fout nu~n~ger. La fui-ce ù11noureau gouvprrwmenl ne rl·si<lanlni clan..;; u11 lr( .. 01· :--:olidcn.i ml·mc clan~une arnlPc dévouée, p11isq11tl•'armét•, saur à f>a1·i,. c,t (•lrang-~rt' au co11ptl'Elal. il fa11t que l'opinion lui ,oit acquise•. c·e,l la liuurg-eoi,ie, la puis-ance nou,·elle, fJUi doit Nre gat;rn!e. l.."tt année des intért\h 1·f•volution11air1•:; 1, ,oilit donc encore re qui doit être le soutien de la poliliqu,· de tlcmain. Bonaparte va aller v,•r, la bourgeoisie, la Oallt'r, la lra11t1uilliscr, la ,·onquérir enfin par cle:- actes de modération ,urtoul. ~e placer sou, l'è,;ide de la l\èvoluliou el ,,,n proclamer le fils, eu la déclarant compromi'<' par les'e,c,'s de loult•, :-orles. la pr(·senter comme de1ant ,·arrêter par la cou,écraliou tle, l'é,ullah acqui,. telle a été la poliliqul' dit'lée par l'e,ame11 de la silualion de, parti, au génl'ral Bonaparte, ll'llc a Ne la cau,e tle son ,uccè,. Les IJour;.:,·oi, ont d,· enthousiasmés de cet ho111llllq' ui a déposé, pour veuir vers em. l't·pée el l'unil'orme, el qui leur parle ùe leur., interN,, de lr•urs désirs, d,• !., pai, quïls rênnt, de lem fortune qu'il - tremblent de perdre, comme sïl était ùes leurs. Leur intérêt était le sien et c'est pour cela quïl les ,1menag,1s. C'est la !ure..: de l.i bourgeoi-ic qui a été la force première du ;.:ouvei-nemenl ùe Bonaparte. Celui-ci, en eltet, savait bien que cc n'était pa, dans le prolétariat que résidait celle force. li savait quïl n'avait ri••n i\ allcntlre dt•, ou1rier, dont le ressort d'énergie était brisé, et ne l'au rail-il pas su que la façon don l le prolétariat accepta le coup d'Etat le lui aurait montré. Ilien à craindre de,

l6 lllSTOtnE SOCIALISTE ouvriers. rien à en espérer non plus. Par conséquent, cette classe de la nation reste quantité négligeable, et Oonaparle s'occupera de la « gouverner,. dès le premier jour. Ses préférences sont donc certaines, son attitude toute tracée. Son intérêt le ,oulant ainsi. c'est vers la clas;e possédante que Bonaparte va se tourner et son action tendra à lui donner des gages, de son désir de la contenter. Consolider sa silualion et la rortiller au moyen de lois nouvelles qui, tenant compte des changements survenus dans l'organisation sociale, feront d'elle définitivement la classe privilégiée; tenir par elle la nation tout entière et la conduire vers la gloire quïl rève: voilà ce que Donaparte va s'elforcer de faire. c·est à la clarté des considérations que nous ,enons de développer que va s · illuminer Ioule l'histoire intérieure el extérieure du Consulat. Il semblerait au premier auord que l'elTort de l'historien socialiste doive être stérile, s'appliquant à un temps de dominalion marqué par une éclipse à peu près absolue dans le développement normal des grandes idées sociales semées aux sillons largement tracés de la Révolulion. Mai.; celle histoire même de la puissance absolue d'un homme qui, selon le mot de Mallet du Pan, avait « la tète dans les nues • (L~llre de déc. 1700, Descotes, p. ;:,:;:;),contient pour la démocratie républicaine el socialiste le plus terrible enseignement ... El ·puis l'homme est tombé, cl la semence a pu germer de nouveau, comme au printemps revenu germt•nt les graines que le sol a gardées durant le rigoureux hiver. « Si Bonaparte s'attendait à une surprise, à une révolte d'une partie de l'opinion, à l'enthousiasme cléliranl d'une autre partie, son attente Cul trompée à Paris et dans les départements." En regard de cette constatation de M.Aulard 1 , on peut mellre ces mols de )1. \'andal, à qui certes l'envie ne manque pointde faire uminimemenl acclamer le général: « ... Paris, depuis di\ ans, avait pa,sé par trop de cris~s el de ch~ngemenls violents; il avait vu trop de goll\ernemenls s'élevel' avec rraca~ et s'abattre les uns par-dessus les autres; il restait trop brisé de secousses meurtrières el d'e,pérances déçues, pour qu'un nouveau coup de force, même accompli par lJonaparte, parut immédiatement la solution ... les gens d'opinion ré!léchie el moyenne ~e raisonnaient pour espérer, ils y panenaienl, mais l'espoir n'allait pa, ju,qu'à une pleine et absolue confiance 1 • "On ne saurait mieux montrer quelle altitude fut celle de Paris. On devine que les commentaires de la population sur le coup cl'Elal durent se borner à de simplc•s con:;talalions. Ceux qui virent le général se rendre le :!I} au Lu,emuourg ne l'acclamèrent poiul, et les curieux qui applaudirent au passage de ces nou1eaux magistrats qu'on appelait Con;uls, au moment où ils allaient du Pelil-Luxembourg au grand palais, Jlrenl simplement comme tous les badauds de P,,ris, toujours prèts à crier : « bravo! • à un spectacle

lllSTOlllE SOCIALISTE 17 non encore vu. El le rapport du Bureau central sur la journée du :!I brumaire a quelque chose d'étrangement naïf et aussi de très instruclif, si 011 songe à la prodigieuse importance du coup d'Etat de brumaire, lorsqu'il dit ceci : «... le contentement qu'inspire la rél'Olution du 18 brumaire n·a ni l'exaltation ni l'enthousiasme qui naissrnt et meurent presque en même temps : c'est au fond des cœurs que ce contentement réside ... • N'est-ce pas, dans le langage spécial de l'administralion, la plus admirable manière de dire que le coup d'Etat s·esl fait sans qu'on y prèlâl d'attenlion·? La police rapporte pourtant que le ~'()on a couvert d'applaudissements au théàtre de la République et des Arts ces vers dont l'application était très sensible : La vicloire est à nousi Saint Phar par son courage, De la mort, du pillage, Nousa préservés tous. - (La Caravane.) On a aussi, parait-il, beaucoup applaudi le passage d'une pièce cle Favart appelée A riodant, où le héros dit à Lucain: « Va, mon frère! Soi:; tranquille comme je le suis, le courage el la loyauté doivent toujours triompher de l'intrigue el du crime». A défaut d'enthousiasme pO!)Ulaire, il est évidemment intéressant ùe noter ces « manilestations • au théâtre, mais il se pourrait que le fait même de les noter fassr mieux ressorlir encore l'indilTérence gt'nérale. C'est aussi l'impression qui se dégage de ce passage du .1/oniteur, où il est dit que « beaucoup de maisons illuminèrent», d'o11 celte conclusion qu'il n'y cul que des illuminilions partielles. Au reste, la portée même de l'acte au lendemain de sa réalisation semble avoir échappé à bien des gen,, ou plutôt. une sorte de confusion a régné sur la façon politique d'en envisager les conséquences. Voyùns le .llonitNu·: • Les nouveau, changements qui viennent d'avoir lieu contentent lout le monde, excepté les Jacobins ... • Yoyons le rapport du bureau central en date du ~:l : • Ce qui seul suffirait pour donner une i1lée ju~te de l'esprit public dans les circonstances actuelles, c'est le mécontrntemenl des royalistes ... • Les deux cloches sonnent donc deux sons! La vérité sembl<' hien Mre que les Jacobins laissèrent faire parce qu'ils n'avaient plus une organisation qui lrur permll de résister; que les royali,tes espérèrent en ra,enir, ce que depuis longtemps ils n'a l'aient pas fait, el que la• masse» constata sans plus. Dire ce que c·est à Paris que la masse est il peu près impossible. C'est l'ensemble cle tous ceux qui, par tempérament, par éducalioo, se tirnnenl éloü;nés des opinions, sont p1·cits,, grossir dans la rue tous les rassemblements, à marcher même dèrrièrc ceu, qui tisquenl un danger, non pas pour le partager, mais pour « ,·(lir ». Ce sont les curiem, les rieurs, les pa~sants. Ce sont ceux qui aujourd'hui se moquent <lu bon tour joué par quelque malin à l' • autorité »; ce sont ceu, qui, en brumaire, allaient colportant la fable des Cinq-Cents sautant par les fenêtres de Saint-Cloud, et s'amusant à l'idée seule rl'un tel spectacle. Ce qui

lX IIISTOII\E SOCI.\LISTE inlt'•rP~~t• la cr m:.h,c », (··e:--.l e fi, l.til. l1• f,tit an111-..anlou lragiqu••· Ur l'eo- ~cmhh•, clic ne ,e ,out'ic pas; les conséquence,, elle ne les r1•cherd1t, point. La ma,,P Iil au jour le jour el, friande cl'incitl,•nl~, après avoir ri parce qu'on lui ra,·ontc 11nc de, gou1er11,111b ,aut,·nt de, fen(Hre•, l'ile sinclic:nP à la p,•n,i•e qu'on a rnulu tuer un 1(1·11é1alq11·l'lle nppelle IP h,'ros clïlalie, el qu'elle 11 rn rnenir d'Es:i•pl<' dan, une rumeur glorieuse. ü11 Fuuché a toujours heau jeu lor,qul', maitre de h,•aiwonp de houche,. il peut faire roi porter clan, la• ma•st•" (11•,récih pathétiqu,·-. C'e,t u11espéculation ,ur IP cMé ro111a11esqu,• ù,· l'.inw populaire. Il l a lt,ujonr, eu de, malveillant- ou ,1,,, intèrr•,,r, qui ont fait ,·elle 'Jlf·,·ul ilion pour él-(arn le peuple. CP ljUi e,l fort remarquahll', c'i•,t 11uc, dan, un tP111p~clc dèprc--sion ou lie fatit;ur 1,én(•. raie, comme ,··tait l'aris et la Fran,·c i1 l't"JIO'IU•' qui 11·rn, occupe, c·e,t préci- ~èmenl à cette ma,,e, ,a!nte, incon,btante, malli'·alile à merci. que lt• ·~onH"rnemcnl dnil s·adre,,<'r el q11r c·c,t d'elle, clc sun inertie. qur dt•prnd le surt 1111pay,. C'e,t à Plie que ,at!re,,rnt le, prnd,trnalion, nomhr,•11-,-, placarck,•s dan, Pari-. L,, <leu, Con,f'ils lui di,pnt, par la pl11m,· dr Cab3ni, : "JI 1°,t temps de 1lonn1°r des <:arnnli,•s solides à la liherlt'• rl,•, ritoi••ns, it la souH•rainelè clu peuple, il lïntl,•prndance de, pouvoir, con,tilulionn,•l;, a la lh·p11bliq11c (·nlir., •lonl le no,n n'a -,•r,i !Jll" trop -onYent it con,acrer la Yinlation: il l'-t lcmp, 'fil" la !'randr nation ait un g01ner•1em,•nt dii,:nl' 11't"!lt•un !'<Ht1t•rnerllent f1•rn11• l'l --a>r,'. q11i puisse nous 1lon1wr une prompt•· l't ,01itl,• 1>aÎ\, et nous faire ;onir d'11n hunheur ,·éritahle. A onz,, heure, du soi1·, parai,,ail l'alfiche cle llonaparlf' : « Les itléc< cotJservalricc,, tuttlaire•, libérales sont r,·nlrées tians letll', droil, par la di-per,ion dPs farti1•11, qui opprimai1°1ll les Lo11seik l'uis Pnfin l'Oul'ht•, minislr,• de la police, ,.,, 11,c que • Ir µ-o,n,•rn,·mrnt 1 1tail trop f'aihle pour sot1ll'11ir la gloire de la lll'pul,liqu,• ronlrt• I,•, ennemis ,0 ,térie111·, el µ-arantir le, droits de, dtoyen~ contre les fa,·tio11Sdomc,tiqucs: il fallait -on:.;er à lui donner de la forceel rie la grandPur. • I.e puhlic, la mas,1•. rom parant ri':; proclamation• à celles de, coups ,!'Hal prén·dents, 1w puurnil être frappl'• qui' ,l'une chose : la morlfrntio11 cle, terme,, l'absence de ,:rrand, principe, direct,•urs dans la politique fulure. C'était l'exposé cl'nnP si>1le cl'opportunisnw. com11u• nous dirion,, et !'ou allait méml' ,e t(•pl'la,;, quP Ir gén,•ral Bonaparte avuil quillé 'üll f·pi·e pour prendre un co,tunlt' ci1·il et hien montrer ainsi qu'on n'alluit point instaurer un 1,1ouverncme11tmilitaire .. \u reste, Sieyès ,·tait là. Aussi. la leC'lure lait•• des proclamatinn,, l'on pa,sait ,·n hochant la tête : • rn cha11g-P111ent de plus ... • La seule préoccupation qui parait avoir vêrltabloment exist,· 111•ut ,P traduil'(' aiu•i : • Pourvu que nous ayou, la paix ... • Un rapport sur la puhlirati ..n de la « loi tlu Hl hrumaire •· par le commissaire clu pouvoir e1é1·utif daus le, divers carrefours, nous expose comme il suit l',ttlllude du public : " L'enthousiasme surtout 6lalt runnlrut6 a~ec une ;orll• d'explo,lon à l'anlllJnce des intentions du gouTernemenl,_.1ér6 ~

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