Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

HISTOIRE SOCIALISTE 63 veloppement normal. Par conséquent, à l'aurore du despotisme, nous voyons un homme, Bonaparte, et, derrière lui, le soutenant par inlérôl, comme luim0me a inlérèl à la favoriser. une classe, la bourgeoisie, puis en dessous, la masse clu peuple, les prolétaires, les travailleurs, la foule qui n'esl rien dans l'organisalion polilique el qui ne cherche pas à être quelque chose. Eliminée de l'action politique par la Constitution, elle se désinl~ressera absolument de lout ce qui se fera. Hier Loule puissante, elle élit ùes juges de paix I Mais que lui importe, elle a confiance dans \'homme au pouvoir : il lui a promis d'assurer la liberté individuelle, elle le croit et ne prolesle même pas quand la liberté de la presse esl anéantie. Quant à l'organisation déparlemenlale el communale, elle n~ s'aperçut que d'une chose : les hommes envoyés par Loule la Prance étaient très habiles et soumis entièrement à l'autorité de Bonaparte. Généralement modérés, mais libéraux, ils agirent sans fracas, mais utilement, de telle sorte que l'intervention personnelle de tels agents, au lieu d'effaroucher les administrés, ne tarda pas à être considérée comme un grand bien. Et sans voir quelles conséquences lointaines pouvaient résulter de la loi de centralisation, le peuple y vil un sujet nouveau de Jouer le premier consul. - Du reste, on devine à la lecture de tous les documents de l'époque que Bonaparte était l'objet de toutes les préoccupations; on parlait de ses gestes, de ses habits; on répétait ses paroles; on cherchait les occasions de le voir, entouré de toul son appareil. C'est ainsi que lorsque l'installalion aux Tuileries eût lieu, le 30 pluviôse an Vlll, une foule énorme y assista. Le tableau du ministère de la police, pour la situation de Paris au 1" ventôse, porte ces quelques mots à ce sujel' : « La nouvelle demeure des consuls n'a causé aucune inquiétude aux vrais républicains. • Il faut dès lors comprendre qu'en réalité nombre de républicains vi• rent avec défaveur cette installation dans l'ancien palais des rois. Cependant Bonaparte avait eu soin de Je républicaniser pour ainsi dire. En effet, avan l d'aller y habiter, il y fit disposer un certain nombre de statues donl celle, de Démosthène, Calon, Brulus, Turenne, Washington, ~!arceau, Mirabeau. Il est vrai qu'il y avait aussi l'effigie de César, d'Alexandre, de Prédéric, mais enfin c'étaient là des héros glorieux, et le public ne pouvait en vouloir au premier consul de s'entourer ainsi des plus grands parmi les hommes d'autrefois. Et cette mise en scène porte toujours, le peuple se laisse séduire par de tels procédés qui révèlent chez Bonaparte l'origine italienne, le goût du décor qui frappe l'imagination et entraine la foule. Le premier consu 1 prit possession des Tuileries en présence des troupes, entouré des ministres, des conseillers d'Etat, des officiers généraux de tous les corps constitués. 'Et, malgré toute la pompe déployée, on ne s'arrêta pas à penser que les Tulleries pourraient bien recevoir un nouveau souverain! Bonaparte ne venait-il pas d'adresser à la nation, à l'occasion de la mort de Washington, un mest. Aul.ard, Paria #OW l• Comvlat, I, 1~.

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