Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

l6 lllSTOtnE SOCIALISTE ouvriers. rien à en espérer non plus. Par conséquent, cette classe de la nation reste quantité négligeable, et Oonaparle s'occupera de la « gouverner,. dès le premier jour. Ses préférences sont donc certaines, son attitude toute tracée. Son intérêt le ,oulant ainsi. c'est vers la clas;e possédante que Bonaparte va se tourner et son action tendra à lui donner des gages, de son désir de la contenter. Consolider sa silualion et la rortiller au moyen de lois nouvelles qui, tenant compte des changements survenus dans l'organisation sociale, feront d'elle définitivement la classe privilégiée; tenir par elle la nation tout entière et la conduire vers la gloire quïl rève: voilà ce que Donaparte va s'elforcer de faire. c·est à la clarté des considérations que nous ,enons de développer que va s · illuminer Ioule l'histoire intérieure el extérieure du Consulat. Il semblerait au premier auord que l'elTort de l'historien socialiste doive être stérile, s'appliquant à un temps de dominalion marqué par une éclipse à peu près absolue dans le développement normal des grandes idées sociales semées aux sillons largement tracés de la Révolulion. Mai.; celle histoire même de la puissance absolue d'un homme qui, selon le mot de Mallet du Pan, avait « la tète dans les nues • (L~llre de déc. 1700, Descotes, p. ;:,:;:;),contient pour la démocratie républicaine el socialiste le plus terrible enseignement ... El ·puis l'homme est tombé, cl la semence a pu germer de nouveau, comme au printemps revenu germt•nt les graines que le sol a gardées durant le rigoureux hiver. « Si Bonaparte s'attendait à une surprise, à une révolte d'une partie de l'opinion, à l'enthousiasme cléliranl d'une autre partie, son attente Cul trompée à Paris et dans les départements." En regard de cette constatation de M.Aulard 1 , on peut mellre ces mols de )1. \'andal, à qui certes l'envie ne manque pointde faire uminimemenl acclamer le général: « ... Paris, depuis di\ ans, avait pa,sé par trop de cris~s el de ch~ngemenls violents; il avait vu trop de goll\ernemenls s'élevel' avec rraca~ et s'abattre les uns par-dessus les autres; il restait trop brisé de secousses meurtrières el d'e,pérances déçues, pour qu'un nouveau coup de force, même accompli par lJonaparte, parut immédiatement la solution ... les gens d'opinion ré!léchie el moyenne ~e raisonnaient pour espérer, ils y panenaienl, mais l'espoir n'allait pa, ju,qu'à une pleine et absolue confiance 1 • "On ne saurait mieux montrer quelle altitude fut celle de Paris. On devine que les commentaires de la population sur le coup cl'Elal durent se borner à de simplc•s con:;talalions. Ceux qui virent le général se rendre le :!I} au Lu,emuourg ne l'acclamèrent poiul, et les curieux qui applaudirent au passage de ces nou1eaux magistrats qu'on appelait Con;uls, au moment où ils allaient du Pelil-Luxembourg au grand palais, Jlrenl simplement comme tous les badauds de P,,ris, toujours prèts à crier : « bravo! • à un spectacle

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