Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

68 HlS'l'OIRE SOClALIS'l'E même exposée dans ses grandes lignes par l'Ami des Lois en réponse à des attaques dirigées contre elle peu après le coup d'étal. Les théoph:lantropes paraissaient à ce moment aussi nombreux qu'auparavant; or ils étaient à la veille de disparatlre et l'article de l'Ami des Lois est la deruière grande manifestation de leur existence. Le voici intégralement ' : • Les vrais amis de Dieu sont les vrai:; amis des homme~. Simples dans leur doctrine, ennemis du faste el d~s grandeurs, les théophilanthropes ne peuven l qu'inspirer la confiance aux esprits solides, entrainer les sutrrages el généraliser les prQsèlytes. Leur culte, sans appareil, esl fondé sur la croyance à l'Ètre Suprl,me, sur le dogme de l'immortalité de l'àme, sur l'amour conjugal, le respect dù à la vieillesse, la piété envers les parents el la bienfaisance. Ce culte s'établit sans disputes théologiques, sans dragonnades, sans etrusion de' sang, car les théophilanthropes ne forcent personne de croire. Le texte de leur évangile est la voûte du firmament, el Dieu est la conclusion de. ce livre sublime. lis n'adorent aucune image taillée, laissant volontiers aux prêtres catholiques le soin de rendre Dieu visible ou invisible au gré de leur avarice. Le tabernacle des théophilanthropes c'est l'univers, dont le tableau déploie aux regards louches de l'athée les merveilles ineffables de la création et plonge le croyant dans un perpétuel enivremenl. Les fleurs, les prémices des moissons, les fruits dont la terre est couverte couvrent les autels et en font la seule décoration. lis les présentent à l'Eternel comme le gage de la reconnaissance, ils lui offrent de même le jeune enfant, paré des grâces de ,on âge et de son innocence·; ils initient celui qui vient de nattre aux éléments de la nature el lui soulllenl l'esprit créateur. A .la terreur de l'enfer, aux llammes du purgatoire, aux pantomimes de la messe, à l'oreille impudique des confesseurs, ils ont substitué le rudiment de la raison. lis di~lillent dans le cœur des enfants les leçons de la sagesse; ils persuadent aux femmes de chérir leurs époui, ils enseignent aux hommes à se chérir entre eux et à se vouloir le même bien qu'à soi. lis leur font envisager la mort comme le commencement de l'immorlalilé et les pénètrent de respect et de reconnaissance pour les invincibles dé!enseurs de la patrie. La paix florissante donnera sans doute à cette affiliation plus de pompe et de solennité; alors une symphonie harmonieuse exécutera dans toute sa majesté l'hymne au Père de l'Univers. » Hélas I la • symphonie harmonieuse • ne s'est PIS fait entendre I Bonaparte engloba les théophilanthropes dans sa haine à l'égard des " idéologues » •. Le rai,porl tle police à la date du 22 nivô,~ an IX nons rapporte le fait suivant : « La secte des théophilanthropes, depuis son ori- ~ine, est dans l'usage de tenir ses assemblées dans les églises et d'y exercer so11culle particulier, autorisé corume tous les autres par le gouvernement. Les parlisans de la religion catholique, ùepuis la liberté dont ils Jouissent, t. 29 frimaiN. 2, Archin11 oatiooalet F7 3702.

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