Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

62 111S1'0InE SOCIALIS'fE litulion de 1'an Vlll, dès qu'on réfléchit sur le système des listes de notabilités, on csl llxé sur le carac~re de la r6forme conslilulionnelle. L'épuration successive de tous les éléments formant la nation devait aboutir, en lin de compte, à l'installation sur les degrés de la 1iyramide de toute la classe moyenne cl supérieure, c·csl-à-dire la bourgeoisie. Celte classe, disons-nous, garde ainsi une apparence de pouvoir. En effet, nous savons quelle valeur réelle avarenl ce~ listes de notabilités, c'était bien peu de chose el l'on y doit voir plus une tendance à falro une place oux bourgeois issus lie la Révolution que la concession d'une pari véritable d'autorité. Enfin, la bourgeoisie est quelque chose dans les parties supérieures de la pyramide, le prolétariat, lui, n'est rien. Mais il y a plus encore que les listes de nolabililés pour nou~ montrer l'ascension des révolutionnaires aux plus hauts honneurs. Les grands corps de !'Etal n'ont pas été formés, nous le savons, par le choix conslilulionnel portant sur la liste nationale. Les membres en ont 6lé désignés parmi, précisément, • des personnages très intéressés dans la llévolution el désireux d'en maintenir les réwllals 1 •· El landi~ que ceu,-lll, formant l'érilablemenl une caste de nantis, sont appelés aux honneurs, les simples bourgeois, bénéficiaires de la R6volulion, trouvent, clans la Constitution môme, l'assurance de n'être pas troublés dans leurs bénéfices : • La nation française déclare qu'en aucun cas elle ne soulTrira le retour des ~'rançais qui, ayant abandonné leur patrie depuis le J4 juillet 1780. ne sont pas compris dans les exceptions portées aux lois rendues contre les émigrés; elle interdit toute exception nouvelle sur ce point. • Bon~parle a rappelé des émigrés, c'est entendu, en tournant la Conslilulion ou, pour mieux dire, en la violant. Mais du moins, il avait commencé par tranquilliser les inl6rêls des bourgeois enrichis par les biens nalionaux, el il se garda de les inquiéter à l'occasion de leur possession. Enfin le cher des nantis, leur represenlanl le plus parfait, Sieyès, ne rut.-il pas l'objet d'une mesure extraordinaire destinée à frapper les esprits de Lous les « ré\'olulionnaires • admirateurs du philosophe? Nous voulons parler du don qui lui rut fait, par les commissions qui avaient volé la Conslllulion, du domaine de Crosne estimé 480000 francs. On plaisanta, on allaqua même SieyOs qui accepta ce don, cl de~ .vers comme ceux-ci circulèrent : Siey~• à Bonaparte a fait présent du trône, Sous un pompeux débris croyanl l'ensevelir; Bonaparte à Sieyès a fait présent de Crosne, Pour le payer el l'avilir. Mais, en réalité, ce do11fut bien con1id6ré par la bourgeoisie comme la récompens<· nécessaire cl méritée à celui qui personnifia Il un haut degré toute la caste bourgeoise révolutionnaire lnléressco Il maintenir les résul• t.ats matériels de la Révolution el à empêcher celle-et de polll'!luiffe ton dét. v,edal, op. oie., p. r>l-8.

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