Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

56 HIS'l'OIRI> SOCIALIS'l'E journau, se faisait remarquer chaque jour de plus en plus ... La mesure générale que le gouvernement vient de prendre élail imp6rieusemenl commandée. Les hommes de parti peuvent seuls l'improuver. Les journaut ont toujours été le tocsin des révolutions; ils les annoncent, les préparent et finissent par les rendre indispensables. Leur nombre élanl diminué, ils seront plus racilement surveillés el dirigés plus sûrement vers l'atrermissement du régime constitutionnel. • li y a plusieurs remarques à faire à l'occasion de ce rapport. D'abord, il n'y est à aucun moment parlé de la guerre; or, on avait dit que la mesure était prise pour éviter les indiscrétions sur les mouvements militaires. C'était un mauvais prétexte; le seul motif c·e~I le « mauvais esprit des Journaux » ! Et le rédacteur du rapport esl bien dans les idées du Premier Consul qui voit que la mesure esl dirigée contre .. les hommes de parti •. Ce rédacteur élait •national! ... • el il vivait dans la sage crainte des révolutions. Félicitons-nous du moins de sa franchise, puisqu'elle veut bien nous persuader de celle vérité que J"arrété du 27 nivôse avait pour but unique de mellre dans la main du gouvernement Lous les journaux directeurs de l'opinion. Les reuilles qui obtinrent de vivre encore - mais sous condition - commentèrent assez sobrement l'arrêté. La plupart écrivirent que son meilleur résultat serait d'empêcher l'empoisonnement royaliste. L'Ami des Lois I apos lrophe les partisans de l'ancien régime : « Mi,érables ! chaque écu que vous avez gagné par vos feuilles est imbibé du sang que vos pcrtldes in:;inuationsonl fait couler dans l'ouest et dans le midi de lu l•'ranQe. Le gouvernement, en arrêtant d'une main ferme ce torrent dévastateur, cet incendie dévorant, éloigne de nouveaux crimes el sauve une route d'hommes qui se seraient perdus par la lecture des journaux royalistes ... • Or. précisément, un journal d'opposition a été épargné, c·esl la Ga:elle de F>'llnce. Ouvrons-le à son tour t: • Jamais arrêté n'aura blessé tant de petits intérêts el excité moins de discussions ... La raison en est simple. Ceux qui re,tenl ne peuvent, avec pudeur, vanter une mesure qui tourne tout à leur avantage pour le moment el qui, pour !"avenir, les avertit, d'une manière très prononcée, qu'ils sont clans la dépendance du gouvernement ... Quand aux journaux supprimés, ils ne réclameront pas: on ne parle plus lorsqu'on est mort. Un journal est donc aujourd'hui ce qu'il était autrefois, un privilège ... • Le Lon esl habile, mais sous la rorme atténuée on sent bien percer la critique, on voit la gêne subite résultant de la dépendance où désormais sera le Journal à l'égard du gou vernemen l. « On peul presque dire, écrit M. Aulard •, que de l'arrêté du -27nivôse an VIII date en rail le commencement du despolbme. • Il raul entendre par 1. l" pluviôse. 2. l) ni't'ÔH. 3. Hi~oirt politique tu l<i Rholution fronrai$e, p. îl5..

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