lllSTOlllE SOCIALISTE 17 non encore vu. El le rapport du Bureau central sur la journée du :!I brumaire a quelque chose d'étrangement naïf et aussi de très instruclif, si 011 songe à la prodigieuse importance du coup d'Etat de brumaire, lorsqu'il dit ceci : «... le contentement qu'inspire la rél'Olution du 18 brumaire n·a ni l'exaltation ni l'enthousiasme qui naissrnt et meurent presque en même temps : c'est au fond des cœurs que ce contentement réside ... • N'est-ce pas, dans le langage spécial de l'administralion, la plus admirable manière de dire que le coup d'Etat s·esl fait sans qu'on y prèlâl d'attenlion·? La police rapporte pourtant que le ~'()on a couvert d'applaudissements au théàtre de la République et des Arts ces vers dont l'application était très sensible : La vicloire est à nousi Saint Phar par son courage, De la mort, du pillage, Nousa préservés tous. - (La Caravane.) On a aussi, parait-il, beaucoup applaudi le passage d'une pièce cle Favart appelée A riodant, où le héros dit à Lucain: « Va, mon frère! Soi:; tranquille comme je le suis, le courage el la loyauté doivent toujours triompher de l'intrigue el du crime». A défaut d'enthousiasme pO!)Ulaire, il est évidemment intéressant ùe noter ces « manilestations • au théâtre, mais il se pourrait que le fait même de les noter fassr mieux ressorlir encore l'indilTérence gt'nérale. C'est aussi l'impression qui se dégage de ce passage du .1/oniteur, où il est dit que « beaucoup de maisons illuminèrent», d'o11 celte conclusion qu'il n'y cul que des illuminilions partielles. Au reste, la portée même de l'acte au lendemain de sa réalisation semble avoir échappé à bien des gen,, ou plutôt. une sorte de confusion a régné sur la façon politique d'en envisager les conséquences. Voyùns le .llonitNu·: • Les nouveau, changements qui viennent d'avoir lieu contentent lout le monde, excepté les Jacobins ... • Yoyons le rapport du bureau central en date du ~:l : • Ce qui seul suffirait pour donner une i1lée ju~te de l'esprit public dans les circonstances actuelles, c'est le mécontrntemenl des royalistes ... • Les deux cloches sonnent donc deux sons! La vérité sembl<' hien Mre que les Jacobins laissèrent faire parce qu'ils n'avaient plus une organisation qui lrur permll de résister; que les royali,tes espérèrent en ra,enir, ce que depuis longtemps ils n'a l'aient pas fait, el que la• masse» constata sans plus. Dire ce que c·est à Paris que la masse est il peu près impossible. C'est l'ensemble cle tous ceux qui, par tempérament, par éducalioo, se tirnnenl éloü;nés des opinions, sont p1·cits,, grossir dans la rue tous les rassemblements, à marcher même dèrrièrc ceu, qui tisquenl un danger, non pas pour le partager, mais pour « ,·(lir ». Ce sont les curiem, les rieurs, les pa~sants. Ce sont ceux qui aujourd'hui se moquent <lu bon tour joué par quelque malin à l' • autorité »; ce sont ceu, qui, en brumaire, allaient colportant la fable des Cinq-Cents sautant par les fenêtres de Saint-Cloud, et s'amusant à l'idée seule rl'un tel spectacle. Ce qui
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