Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

102 IIIS'l'OIRE SOCIALISTE anglais, forle de ses armées el de celles de l'Empire, se prépara à reprendre les hostilités. La comédie pacifique de Bonaparle se terminait. Celle paix que voulail la France, c'est en l'ain qu'il l'avaitofferlc, on l'obligra ·1 à continuer la guerre. C'est en réalité ce qu'il avait toujours désiré, el l'on peul s'en convaincre d'autunt plu, facilement qu'il a déclaré lui-même n'avoir rail des ouvertures pacifiques que pour donner salisfaclion à l'opinion 1 . Certains historiens voudraienl que le Premier Consul ail eu véritablement le Msir de traiter avec l'Anglelerre et !'Aulrichc afin d'cm1iècher la capilulalion de Malle et surtout la conquête de l'E3yp1e par l'Angleterre. Ce sont ceux qui, autour de M. Bourgeois, ramènent toute la politique extérieure de Napoléon à cette idée fixe: conquérir l'Orient'· Mais, quelque effort que l'on fasse pour tenter d'éclairer la polilique de Bonaparte à la lumière de ce seul c1·iterium, quelque suulile el ingénieuse que soit l'œu\'re qui consiste à rechercher minutieusement des phrases ou des lambeaux de phrases épars au travers d'une production immense, pour découvrir la suite méthodique d'une idée pensée par l'historien avant d'èlre suggérée par l'histoire, nous croyons que le résullat n apporte aucune certitude. Bonaparte a pu songer et il a même certainement ,ongé à l'~~gyple, mais ce n'a pas été sa seule préoccupation. Lorsqu'il est parti abandonnant son armée d'Afrique, son unique souci a été d'accourir en France pour jouer un rôle important dans les événements qui s'y déroulaient. La pui,sance qu'il rêvail d'avoir eo Egypte lui avait échappé, il devait la chercher ailleurs. Nous savons comment il l'a trouvée. L'llyant, il fallait la const·rver, el le moyen d'y parvenir, ce n'était pa, de se préoccuper dé l'Orient, mais bien de regarder aux frontières mêmes de la France. Bonaparte a co1L• piètement oublié alors qu'il s'était fait chef des mul~uman,; il commence à songer, au contraire, qu'il sera chef des catholiques! L'Egypte, c'est encore pour lui un coin de l'échiquier où il reste des pièces engagées, mais c'est au Rhin et c'est au, Alpes que doit se jouer la partie décisive. Celle guerre contre l'Autriche qu'il désirait cl qu'il préparait, nous le verrons, alors même qu'il parlait de paix, devait amener ou sa ruine ou la consoli<lation décisive de son pouvoir. L'engageant après les offres que nous connaissons, offres livrée, à la connaissance d!} pul>lic, il lui donnait contre le vœu même de la nation un caractère national. li y a eu là une équivoque extraordinaire : l'Angleterre et l'Autriche avaient refusé la paix, il fallait donc se hattre, ou tout au moins se préparer à la lutte, eh bien, clans celle préparation même consentie par tous, on ne parle que de paix I Que l'on feuillette le recueil de M. Aulard, Paris sous le Consulat, et l'on se rendra i. Corresp., 1. XXX, p. 19!-19.\. 2. Bourgeois, Manud de politigue Jtrangire, U, ch. 'fm, M. Bourgeois intitule succe11i• •ement le chap. a et le chap. x de M>nouvrage : ti Le SecreL du Premier Consul. - Le secreL de !'Empereur •· Ce secret, c'es, • l'Orient • (p. 266).

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