Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

60 HIS'l'OIRE SOCIALlS'l'l!: remplit Lous les vœux de la Constitution, parce que Lousses articles sont des applications des excellents princi1ies qui lui servent de fron lispice, mais elle vous invite à y consentir parce qu'il sera il dangereux d'en allendre trop longtemps le perfectionnement. » Et malgré les observations de Chauvelin, qui aurait désiré voir rendre au peuple l'élection des magistrats municipaux, malgré l'intervention de Duchesnes et de Granilh, ce dernier très énergique dans sa protestation contre le pouvoir des prérets de dresser la liste des jurés, malgré les regrets et les répugnances de beaucoup d'entre eux, les tribuns adoptèrent la loi par 71 voix contre 25. Et l'explication du vole est toute dans le mol de Daunou : li aurait été dangereux de ne pas accepter la loi proposée. Rapprochez deJa parole du tribun Sedillez, citée plus haut, el voyez si ce n'est pas toujours le même sentiment de crainte qui apparatl avec toute sa force de désagrégation des consciences. Adoptée par le Tribunat, la loi recueillit au Corps législatif 217 voix conIre 63, et, promulguée aussitôt, prit place 11côté de la Constitution comme une arme légitime pour servir à l'établissement de la tyrannie. Elle marque dans l'histoire du Consulat, et dans un même moment, la même volonté de domination que la loi sur la pre~se. Celte-ci a eu pour but de faire de l'opinion la « chose » de Bonaparte; celle-là tendait à enserrer les citoyens dans les mailles d'un vaste filet adminisLratir dont tous les fils convergeaient dans la main du premier consul. Et nous pouvons maintenant nous arrêter et chercher à tirer la leçon des choses. En quelques mois, des changements profonds ont bouleversé l'état social. A quoi ont-ils abouti? De sui1e l'on songe au mol si souvent cité d'une Parisienne qui. le 2'1 frimaire, écoutait la proclamation de la Constitution. Comme une de ses voisines se désolait de n'avoir pas entendu, elle lui dit: « Moi, je n'ai pas perdu un mot. - Eh bien! reprit l'autre, qu'y a-t-il r1ans la Constitution? - li y a Bonaparte•». C'est toujours à ce nom que nous sommes ramené~pa,·ce que c'est lui qui remplit l'histoire de cette époque. C'est de Bonaparte que tout procède, il organise, dirige. co 111uanile d ,ns les lirnites ou hors des limites d'une Constitution qu'il a arrêtée en pleine élalloration, qu'il a appliquée avant qu'elle soit terminée el qu'il a entrepris de compléter personnellement pour le mieux de ses intérêts el en vue de réaliser son rêve de domination. En quelques mois il a ruiné toute l'œuvre révolutionnaire ou plus exactement, il a attiré par devers lui Je produit de la Révolution, il l'a confisqué et, proclamant quïl va doter la nation de toutes les amélior~tions qu'elle veut et que par la Révolution elle avait atteintes ou qu'elle espérait atteindre, il donnera ce quîl voudra bien donner. Et c'est à présent que nous demandons à ceux qui ne veulent pas admettre la prépondérance de l'élément individuel, l'élément Bonaparte pourrait-on dire, dans toute l'histoire politique qui nous occupe, comment, sur le seul substratum économique, ils peuvent appuyer la transformation extraordinairement rapide du pouvoir i. Ga~ette de France du 26 frimaire.

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