160 HISTOIRE SOCIALISTE point jusqu'au souvenir, nous ne saurions trop répéter qu'il ne faut pas pcn,er y trouver ce caractère d'irréductibilité qui fait les oppositions fécondes. Dans l'obligation où nous sommes de pousser certains Irait, du tableau de l"hisloire consulaire, on serait tenté de s'étonner que les mouvements que nous indiquons n"aient point abouti au renversement du régime. C'est que l'opposition du Tribunal ou du Corps législatif se faisait en dehors de la nation. Gelle-ci n'en savait rien ou peu de chose, et ce qu'elle en savait lui était habilement présenté par le pouvoir exécutif comme conlraire au bien public, seul recherché par Bonaparte. Et les deux assemblées elles-mêmes, non issues de la nation, sans rapport avec elle, tenant leurs droits du premier consul el attendant tout de lui, ne pouvaient lui faire qu'une opposition de « coups d"épingle », stérile autant qu'impopulaire. Elle était exactement suffisante pour pousser Bonaparte à de nouveaux actes d'autorité el beaucoup trop faible pour qu'il pût craindre d'être emporté par elle. Il n'hésitait pas, du reste, à jeter sa personnalité dans les débats, se plaisant aux attaques brutales devant lesquelles il fallait s'incliner. C'est ce qui advint, par exemple, au sujet de la présentalion de Daunou pour un siège de sénateur. On se rappelle I que le Sénat, lorsqu'une place était vacante dans son sein, choisissait un nouveau sénateur sur une liste de trois candidats présentés par le premier consul, le Corps législatif et le Tribunal. Trois sièges s'étant trouvés vacants, le Corps législatir présenta pour le premier Grégoire, le 'l'ribunat désigna Desmeuniers, Bonaparte choisit Jourdan, indiquant de suite pour les deux autres sièges deux militaires, Lamartillère et Berruyer. Le Sénat nomma Grégoire, et le premier con sui consid{;racomme une résislance injurieuse pour lui ce choix qui appelait !"ancien évêque de Blois dans la Haule Assemblée. Sa colère éclata bientôt, quand, pour le second siège, le Tribunal et le Corps législatif désignèrent Daunou, un • idéologue », qu'il détestait, parce qu'il avait une conscience probe et du pencbanl pour la liberté. En plein Sénat, il dit avec violence: « Je vous déclare que, si vous nommez Daunousénateur,je prendrai cela pour une insulte personnelle, el vous savez que je n'en ai jamais souffert aucune!... » Daunou ne fut pas nommé. li est impossible de mettre mieux en lumière que dans ce simple incident, tout ce qu'il y avait de passion dominatrice dans l'âme de Bonaparte. li est certain, que si le Sénat n'avait pas cédé, il l'aurait brisé, car pour lui, nous le savons, la Constitution n'avait aucune valeur. L'ayant faite, il pouvait la défaire ou la modifier au gré de ses désirs. Mais l'on doit aussi considérer à quel degré d'asservissement en était déjà arrivée une assemblée « révolutionnaire •, qui ne murmur.,it même pas, quand un maitre, né d'hier, venait lui parler comme faisait le .:onsul. • Jamais Tibère, écrit un historien, n'avait traité le Sénat romain avec un pareil mépris'. • 1. Voyez a:upra, p. O. 2. Lanfrey, o. c. 1 1 409.
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