Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

IIIS'J'OlllE SOCIALISTE 187 lel'llt(•diaire avec les chouans normands et bretons dont 011 relevait le courage. De Lond:·e, parte11I donc les fils de nombn•uses intrigues qui, Ioules, lendrnl à un même bul : renverser 1Jom1parle, car il semlJluil, la11l aux chouan, qu'aux Anglais, selon le mol de l'lll, qu'il réunll clans son sein • toutes les grandes el toutes les petites pas,ions fatales à la tranquillité pul.,lique ». Georges Cadoudal arriva à Paris le :n a00t 180:J et, à ce moment, Je plan de ce qui était, en i800, " le coup essnlliel » de ce qu'on appelle maintenant « la chose"• était le suivant : enle1er llonap«rle ~ur la roule de la Malmaison, le remettre aux Anglais qui croisaient sur la côte de France. Le duc de Berry, fils du comte d'Artois, devait 1,résidcr aux opérations. M. Frédéric Masson a tracé un tableau tragique de cette conspiration qui de partout entoure le Premier Consul el le conduit aux pires violences : « A i'aris, l'attentat se prépare : les chouans feront le coup sans hésiter el sans se reprendre, car c'est leur état, et, en attendant, au travers des rue; et des ruelles de Paris, muets el impénétrables, ils glissenl comme de, ombres farouches, tels que touL à l'heme, au milieu des gent'ls de Bretagne; pui~, de ces larves confmes, pareilles, dans l'échelle sociulP, aux informes essais d'un organisme rudimentaire, qui, par leur infamie mêmr, rampent ignorée~, on s'élève par des gradalions inllnies aux hommes qui liPnnenl le plus grand état, à des princes de la maison de France, à des généraux en chef ciue la victoire couronnait hier. Ceux-là ai tendent el veillent sur la frontière, guettant la nouvelle de mort; ceux-ci, se croyant rouverts par la gloire dont on le~ a romblés, se tiennent prêts au, successions qu'on va leur ouvrir ... Sur la nation, sur la capitale, une terreur s'e,;t répandue: clans cet opaque llrouillard 011 il s'agite, imisible el muet, l',,n11erniest là. Porte, fermées, barrières clo-es, des soldats ~url'elllent toute l'enceinte, des patrouilles il cheval courant les rues, le peuple Inquiet, agité, e,aspéré, cht•rche, comme la police, les assassins de son consul, prél it loul risquer, sa peau comprise, pour aider les ari;ousius. Il y est pour son compte, se sent menacé en Bonaparte; toutes ses justes haines contre les Anglais, arti,ans de massacres el d'incendi!'s, contre les émigrés leurs complices, lui remo11tenl au cœur et, de Paris à l'armée entière, à toute la province, c'est un double courant d'indignation el d'enthou,iasme '·" La vérité est assez loin de ce ton mèlodramalique et même, pour cc qui e,l de l'enthousiasme populaire, une plus juste rigueur hislori•1ue montre que c~ n'est pas dans le temps où le complot se tramail qu'il était considérable. Au contraire, lorsque, au milieu de fèl'rier 1801, llonaparle eut lait arrêter Moreau sous prétexte qu'il conspirait, le public fut unanime à protester el à ne rien croire, accusant la police d'avoir lout fait - et le public n'avait pas tort. C'est donc quand Bonaparte eut surchaul!è les esprits et lorsque le rôle des chouans eut été exploité qu'il ohtinl le surcroit de popularilè sur lequel il complait, et qu'il devait mettre à profil pour arrivrr à l. Napolt'on d ,a fa111ille, Il, 3lG.3l4,t.

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