40 lllSTOlllE SOCIALISTE préparer pour plus tard un groupement important capable de se dresser de• vant Bonaparte et d'arrêter ses progrès de despotisme? Celui-oi, de son côté, a-t-il installé Sieyès en face de lui rour pouvoir mieux lui montrer qu'il ne le craignait pas et braver, en quelque sorte, de toute .sa jeune puissance, l'aulorilè déclinante d'un promoteur de la Révolution? - Ce sont là questions qu'il est bien difficile de r~soudre. Elan~ donné, d'une part, que Sieyès ne se présente pa~ à l'historien comme un de ces hommes au caractère fortement trempé, inaccessibles aux faveurs et inébranlablement attachés à leurs principes, el que, d'autre part, Bonaparte avait besoin cle lui, de son nom, de son prestige encore considérable, il est probable que le traité pass6 entre les deux personnages a été conclu, parce que chacun, se plaçant à son point de vue personnel, y a trouvé son intérêt : aucun des deut n'a été dupe de l'autre. Sieyès a cor_nprisqu'aucune retraite ne lui rapporterait 25 000 Cr. par an et les honneurs exceptionnels dérivant de son titre de premier législateur. Bonaparte a pen,é qu'il gagnerait définitivement l'élite« révolutionnaire • en faisant de Sieyès la plus haute personnal ilé dans l'Etat - après lui-même el loin en dessous. Avait-il à le craindre? ... Quel homme armé de l'épée pourrait craindre, au cours de la route entrepris2, de tomber frappé par son compagnon porteur seulement du fourreau de sa llme? ... Le Sénat conservateur devait comprendre d'abord sohanle membres ayant au moins quarante ans d'âge, inamovibles el à vie. Pendant dix ans, il aurait à nommer deux membres chaque an née, d'où, définitivement cons• Li tué, il comprendrait quatre-vingts membre,. En cas de ,acances, il aurait à pourvoir aux remplacements en cboisissanl ~ur u'ne liste de trois candidatg présenté, par le premier consul. le Corps législatif el le Tribunat. Ajoutons enfin que les dépenses du Sénat devaient élre couvertes par les revenus de domaines nationaux. Yoilà donc un corps prodigieusement fayorisé, recruté, au, terme; de la Constitution, selon le plaisir de quelques personnages expressément désignés, siégeant sans aucune publicité 1, avec mission essentielle de nommer des législateurs, ou prétendus tels, pris sur une liste dite nat\onale, qui émane du people dans les conditions que nous conoaissom. En réalité, il y a substitution absolue du Sénat au peuple, il y a mensonge dans la Conslilution lorsqu'elle parle du suffrage univfr,el; i I y a mensonge lorsqu'elle semble entomer de garanties d'indépendance les di!Térenls organes du pouvoir législatif; il y a partout meosonge el ohscurité. Veut-on quelques exemples de cette obscurité? - .\ucun texte n'indique comment le Sénat procédera pour nommer les consuls, quand ce sera néce,saire; aucun texte n'explique comment le Sénat décidera quels tribuns ou quels législateurs doivent élre élus ou réélus; aucun texte ne fixe quand le Conseil d'Etat fait œuvre de législation et quand il fait œuvre de réglet. Le Tribuna~e\ le Corps ligislatif, au contraire, 1iêgeaient pobliquemeni, mais l'uaittance ne pouvait dépasser deux cents personne■•
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