HISTOIRE SOCIALIS'rE B. - LES MESUftES PERSONNELLES. C'est donc la foule, c'est Je peuple qui a fait la force de Bonaparte el c'est en se reposant sur son crédit populaire qu'il a pu laisser de côté la Constitution el prendre des mesures destinées à accroitre prodigieusement son pouvoir. Ces mesures sont nettement inspirées par son ambition personnelle. Bonaparte ne gouverne pas avec un parti et pour un parti : • Gouverner par un parti c'est se mettre tôt ou tard dans sa dépendance; on ne m'y prendra pas; Je suis national.' ,, Voilà ce qu'il déclare. Il est " national • 1 Le voici donc, ce terme toujours répété el toujours destiné à cacher les honteux ou les ambitieux de pouvoir personnel. li nous a été donné bien souvent de rencontrer un homme qui répugne à Ioule politique de parti el qui· se se dit • national •· La belle étiquette en vérité, et combien glorieuse à porter quand on sait qu'elle a été l'expression première de la pensée d'un Bonaparte I Mais aussi quel avertissement pour tous ceux qui ne souhaitent pM que le régime du sabre et de l'arbitraire reparaisse, pour tous cPux qu'un Souffle de liberté anime et qui rêl'ent d'un épanouissement complet de la dignité humaine dans le magnifique rayonnement de la Révolution sociale 1 Qu'y a-t-il derrière ce litre de • national » qui se donne? Rien. Pour Bonaparte, il cachait tout ce qu'il avait intérêt à ne pas être et mettait au jour la confusion désormais définitive entre sa propre volonté et la volonté de la nation. C'est cette confusion qu'il lui fallait absolument proclamer el !il lui fallait faire en sorte que l'on crtlt qu'elle existait, qu'elle existerait toujours. Or, comment s'emparer de l'opinion? Les courants s'y forment avec rapidité, les nouvelles les plus diverse, s'y répandent comme des trainées de poudre et lei puissant d'un jour a tôt fait de voir s'écrouler sa puissance par Je seul elîet d'une rumeur grossie d'instant en instan_t: les grondements du peuple ne sont pas toujonrs bien loin de ses acclamations. L'opinion s'éclaire, s'instruit - ou s'égare - non seulement par ce qui se dit, mais encore et surtout par ce qui s·écrit. C'est la presse qui est la grande informatrice, partant la grande conductrice de l'opinion. Bonaparte devait donc être amené, dans son désir de direction générale des esprits,. dans sa volonté de domination, à s'occuper des journaux. Que pouvait-il désirer d'eux 7 Qu'ils se montrassent toujours, en toutes circonstances, favorables Il ses vues, évitant comme lui de choquer ouvertement les partis. Il lui Callaît une presse nationale - à son image. L'autocrate ne peul pas admettre que des idées soient reçues différentes des siennes propres ; il exige que toutes les pensées soient coulées au même moule que les aiennes et, ennemi des divergences il a la haine dei critiques. Or, la pr~sse, durant tout Je Consulat provisoire,avait été fort libre. On a pu, du reate, en juger par plusieurs extraits de Journaui que nous avoDI donnés plus haut. Les feuillea étalent nombreuses el beaucoup ne se génaleul t. Thib&udeau, 11 U6,
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