Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

130 lllSTOJHE SOCIALISTE Loui-inne rcl(agni•c par la France. Mais celle exp6dilion « maritime • organisée ainsi, précisément pendant les négocialions avec l'Anglelerre, avait (•veillé il Londres bien des sentiments qu'un homme sourieux avanl tout de la paix aurait évidemment préféré laisser dormir. ~lais il ne s'en tint pas là seulement et, comme nous le disons plus haut, il porta encore son intervention souveraine en Italie. La réorganisation de ce pays faisait la préoccupation des chancelleries et la gravité avec laquelle elles. s'en inquiétaient déno• tait avant tout le souci que chaque nation avait d'en profiler, soit directement, par des prises de possession, soit indirectement, par des compensations. Bonaparte résolut de faire seul cette réorganisation el à son seul profil. li résolut, en conséquence, de réunir à Lyon une grande consulte de délégués cisalpins. Celte consulte comprenait quatre cents membres, bourgeois, magistrats, prNres, etc., dont le rôle consista à discuter daus des commissions la constitutic,n que 'l'alleyrand apporta à Lyon le i8 décembre 1801. Cette constitution, élaborée à Paris bien entendu, par Maret, Rœderer el Talleyrand lui-même étail une sorte de copie du gouvernement consulaire. Les Cisal· pins étaient divisés en lroi, collèges électoraux : possidenli, dolli, commercianli, ce qui donnait un total de sept cents électeurs. Un sénat de huit membres, une consulte de dix ( conseil d'Etat), un corps législatil de soixante-quinze (tribunal), donnaient, en raccourci, la constilulion française. Un président, élu pour di\ ans, conce11trail en réalité le pouvoir. Bonaparte recevait de 'l'alleyrand .des lettres le pressant de prendre la tôle de la nouwlle république. Avec son dédain de grand seignour, il dil au premier consul en parlant des membres de l'assemblée lyonnaise : « lis leront tout ce que vou.s voud1•ez, sans que vous ayez besoin de leur montrer même une volon lé. Ce que t 'on crofra qur vous désirez deviendra ,1ur-te-champ une loi'·» Bonaparte jugea alors que la situation était ce qu'il souhaitait qu'elle fût. En grand appareil, entouré de« ~a maison », accompagné par sa femme Joséphine, il se rendit à Lyon, passa des revues, se nt acclamer, el, quand l'instant ful venu de nommer le président de la République cisalpine, TalIci rand lll en sorle que les Italiens l'offrissent au premier consul. Le 20 jan· Yier i802, Bonaparte se rendait à la séance solennelle de la consulle et y portail son acceptation : c'est en italien qu'il s'adres~ aux membres de l'asscmbl~e leur déclarant : « Je n'ai trouvé personne parmi vous qui etH assez de droits sur l'opinic,n publique, qui fût assez indépendant de l'esprit de localité, qui eût enfin rendu d'assez grands services à son pays pour lui confier la première magistrature.» li n'eut garde d'oublier de dire que lui-même était l'homme qui avail le plus contribué à leur création ajoutant: •Yous n'avez que des lois particulières ; il vous laut, désormais, des lois générales. Votre peuple n'a que des habitudes locales; il faut qu'il prenne des habitudes na1. Lettre de TaUeyransl à Bonapa.rte1 3 jan•ier 1802.

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