Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

HIS'rOIRE SOCIALIST~ i35 L'.ÉCHASEMENT DE LA LIBERTÉ Nous avons vu lorger les armes nécessaires à l'anéantis~ement définitif de la liberté. La Conslitulion de l'an VIII réduisait la nation politique à une caste directement soumise au Premier Consul. La réforme aclminislrali ve mettait dans sa main les ressorts de toute la vie intérieure du pays. Le Concordat lui donne des missionnaires de despotisme. Les guerres lui donnent la gloire sanglante el lui fournissent le moyen de retenir à l'extérieur des énergies dangereuses et de fixer au delà des frontières l'attention inquiète de la nation. La paix lui apporte un tribut de reconnaissance. Fort des armes qu'il s'est données el de toute:; les causes d'atraiblissemenl moral qu'il a semées dans la nation, abrité derrière le double rempart de crainte et de reconnaissance élevé par la guerre el par la paix, Bonaparte accomplit la réalisation de son rêve : il domine les partis, il les brise s'il le faut, il ruine la lutte des classes en se plaçant tellement haut et tellement loin, dans une apothéose fantastique au-dessus de ces partis et de ces classes, et en concentrant à un tel point toute la vie nationale en sa seule personne, qu'il devient l'arbitre permanent des individus, leur maitre absolu. « C'est le mot de vertu que les hommes de la Révolution avaient d'habitude associé au mot de patriotisme. Au lieu du mot de vertu, Bonaparte commença à employer le mot honneur ... Une émulation entre les Français pour un but fixé par Bonaparte, voilà le nouveau patriotisme. La gloire d'avoir été proclamé par Bonaparte vainqueur dans celle émulation, voilà. l'honneur. C'est bien cet honneur où Montesquieu avait vu le ressort des monarchies, el c'est bien un retour à l'esprit monarchique, un changement des citoyens en sujets que Bonaparte prépare par cette substitution du mol d'honneur au..: mots de vertu, de liberté, d'égalité dont la Révolution avait aimé à décorer le patriotisme. li ne s'agit plus autant d'aimer la patrie pôur elle-même : on va s'habituer à l'aimer pour un mattre, dans un mallre, comme au temps de l'ancien régime 1 "· 11 faul ajouter, pour montrer lïnanilé et la monstruosité de ce nouveau • palriolisme •, qu'il se r~sumail dans un homme qui n'avait de patrie que là où il avait du pouvoir, et qui n·était Français que parce que la France lui donnait ce pouvoir ... Nous devons étudier de quelle manière il a définitivement ru1servi la nation, comment il s'est servi des armes qu'il avait préparées pour cette œuvre d'asservissement, comment il a tiré parti des circonstances favorables. La marche vers l'absolutisme se divise en deux phases: c'est d'abord la simple transformation des pouvoirs consulaires par l'établissement du Consulat à vie et du droit de désignation d·un sur.cesseur (Con,litulion de l'anJX-4 aoô.t 1. Alllud, Hwlt>irl polulgw û la 'R<looltUI°" fr<t-i,e, p. 2'70.

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