G2 lllS'l'OIRE SOCIALISTE billon d'urgence, disait le tribun Sedillez, qui ajoutait : « Ne ,aut-il pas nM1n céder à l'impétuosité de cc mouvement que de s'exposer à en enlral'cr la marche?'• On sen!, sous de telles paroles, la crainte naissante du senileur à la pens(•e d'une résistance possible aux ordres du maitre. On y aperçoit aussi peut-Mre un peu de ce fatalisme qui fait dire aux indi,idus craintifs, aux hommes qui n'ont point une éducation politique solide reposant sur tles principes certains : « Laissons faire! Pourquoi risquer d'être écra•és par une force supérieure? .. • Ce sont ces limides, ces indécis qui font la fortune cles régimes despotique,. El pourlanl, à plu,ieurs reprises, le Tl'ibunal et le Corps législatif refusèrent de voler des mesures qu'il; estimaient illibérales. Bonaparte s'en est il soucié? Nullement. Dans l'histoire èe sa marche incessante vers le pouvoir absolu, ces résistances légal9s d'assemblées de législateurs ne sont f as ,ans inlér~t. Elles onl été inutiles et cela précisément parce qu'elles étaient légales. En efTel, agissant dans les limites de la Conslitulion, ces assemblées ne pouvaient rien ou à peu près. Pour lutter avec succès con Ire Ilonaparle, il leur aurait fallu briser le cadre dans lequel on les arnil enfermée$, et cela, elles ne l'ont pa, osé, elles n'ont jamais songé à l'oser. Que flt Bonaparte, au contraire : mallre par la Constitution, il se jeta en dehors de celle Constilution Ioules les fois qu'il estima nécessaire de le faire pour acquérir plus de puissance. La raison de celle double attitude - du 'frihunal et du Corps législatif d'une pari, du Premier Consul de l'autre- est assez focilc à clt'couvrir. Les tribuns et les législateurs avaient accepté des places dans l'Etat réorg1nisé et ils les avaient accc1llées de qui? de l'e1éc11lif. Le peuple, dont pendant des années on a1·ait voulu faire la source génératrice de Lous les pouvoir., de l'Etat, n'étail pour rien dans leur désignation .. \ucun sulfrage universel ou rrlslreinl ne les avait portés dans l'ure ou l'autre assemblée. Par conséquent, ils ue pouvaient faire ncle d'autorité au nom du peuple français. Bonaparte, au contraire, et c'était de toute évidence, éla'l, ;inon nommé par Je peuple, du moins populaire. Et voilà le grand mol qui c~plique tout : Bonaparte est populaire, c'est-à-dire quïnvesli du poul'oir par un leAle con~ilutionnel quelconque, il a, en outre, derrière lui une roule immense de citoyens préls à l'acclamer, à déclarer que ce quïl décide est pour le mieux des inlérNs de ta nation. Il est le représentant constit11tionnel el populaire de la France. C'est ce rlouble titre qui va lui permellre de mellre en jeu Ioules ses tendances ambitieuses, de prendre progressivement I osilion contre !out cc qui n'est J•ils dans l'Elàl conrorme à sa volonté, c'est ce qui va en raire l'autocrate le plus formidable que l'histoire ait Jamai; connu. 1. Thiers, llistoire dt la, Rdt:olution f,•ançaUe, éd. gr. in 8'\ l. 1, p. 110.
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