Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

188 JlJS'l'OJRE SOCIALISTE l'Empire. EL ainsi nous voyons encore une fois que c'est la crainte des Bourbon~. la haine de la royauté, la per,istance de rcspril révolutionnaire qui a porté Bonaparte au trône! Le complot, quel était-il e,aclcment et que pouvait en craindre le consul? Les royalistes, tout en laissant agir Cadoudal, cherchaient dans quelles conditions il pourrllienl opérer dans Paris une véritable contre-révolution qui ramènerait Louis X\'111 et, selon l'inévitable procédé, il s·occupèrenl de découvrir un général. Les gens d'épée sont indispensables au"< rois, el nous avons vu nous-mêmes des prétendants chercher Je général, JJacli,er avec lui, toujours avec !"espoir que, derrière son cheval, il y aurait place pour eu,! En 180:l. le choix des Bourbons, dirigés par Pichegru, tomba sur Moreau. Croire Moreau royaliste ou prêt à aider les entreprises royalistes élail une erreur. li détestait Bonaparte, non pas en se plaçant au point de vue chouan. mais, au contraire, en consi,léranl ~es actes et sa polilique au point de vue républicain. c·est bien ce que Bonaparte ne pouvait lui pardonner: «Eu dépilde la réserve qu'il sïm1iosait, ses sentiments étaient bien connus à la cour consulaire; il n'avaient p ,s peu contribué à envenimer la haine que lui avait vouée Bonapnrte depuis ses grands succès militaires de !"année 18001 • Ce quP le premier consul déleslail en lui, ce n"était pas; seulement son rival de gloire, c'était son successeur désigné, le seul homme que !"opinion considérât comme un chef de gouvernement possible en cas d'accident 2 • » Voilà où e~l la vérité historique. Peu à peu elle se dégage pour nous. Moreau est un rival qui hait Bonaparte, il est eôpionné, la police le surveille, Fourhé, qui songe à rentrer en grâce, a des gens à lui qui le renseignent sur tout ce qui se fail chez le général. On sait ainsi le rapprochement e11tre Pichegru et Moreau, les papiers de leur intermédiaire, rahbé David, sont saisis. mais ils ne prouvent pas que Moreau soit prêt à aider au retour des Bourbons, ils démontrent même le contraire! llonaparle, résolu à perdre Moreau, allait-il d<mc voir sa proie lui échapper? Heureu,ement la basse police veillail. Un agent provocateur, à la fois stipendié par le comité royaliste de Londres. par le gouvernement anglais et par Je gouvernement fra11çais, Méhée de la Touche, échappé de me de Ré où on l'avait envoyé après l"allentat de la machine infernale, fit reprendre le complot en y mêlant Moreau qui refusait d'y participer. Le général Lajolais, ami de Pichegru 3 , « inlerm~diaire plus que suspect • dit M. Sorel, après une entrevue ou deux avec ~1oreau, dédar~ qu~ l'accord était fait et que le général élail prél à marcher pour le, Bourbons. C"était exactement le conLi aire de la vérité, mais c•~,l sur cette affirmation que tout le complot reposa. La police, bien entendu, savail tout et, à l"étranger, on causait ouvertement de l'alfaire en donnant des détails circonstanciés sur ce qui devait s·accomplir '· 1, Hohenlinden. 2. Lantrey, o. c., 111 1 95. 3 Pichegru arriTa • Pari• le 24 jan.,ier t804. 1, Voir Sorel, o. c., p. 3~2, 31.J.

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