Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

111S'rülRE SOCIALIS1'ls 167 Bonaparte, premier consul, un gage éclatant de ia reconnaissance nationale». Chabot nt celle proposition conformément au conseil qu'il rn avait reçu la veille de Cambacérès. Le tribunal, tout au~silôt, s'empressa de voler la proposition, mais, pas plus du reste que son pl'(':;idenl, il n'enlendail toucher à la Constitution et accord~r à Bonaparte une extension rtc pouvoirs. Cc qu'il lui conférait, c'était un litre comme celui de pacificateur ou de JJ•)redu peuple. Il ne pouvait y avoir de doute sur cc point, car Siméon, orateur de la Mpulation qui se rendit près du Premier Consul, prit soin de lui dire, en émettant le vœu que le Sénat accorde ln récompen~e nationale désirée par le Tribunal:• Quelle qu'elle soit, citoyen Premier Con,ul, elle ajoulern ;\ vos honneurs les témoignages, si précieux pour une grande Ame, de ln reconnaissance publique; vous appartiendrez au peuple français pa,· cc lien de plus, bien autrement puissant que c,lui du pouvofr et des dignités ... • Bonaparte remercia, mais la rage dans le cœur. Ce que le Tribunat - pourtant épuré! - n'avait pas fail, le Sénat, sans doute, allait l'accomplir. Les fidèles du consul entreprirent le siège des sénateurs, tandis que lo ministre de la Police, ennemi du pouvoir absolu, travaillait de son côté afin d'oblepir que la récompeme nationale reslûl strictement ce que le Tribunal désirait qu'elle tï'll. « Fouché, ... toujours mystificateur el roué ... ruse et trompe. Par Sieyès el Grégoire, il a ses entrées au Sénat : il se donne au Luxembourg pour le confident des consuls; jamais, à rentendrr, le Premier Consul n·a voulu autre chose qu'une simple prolo11galion de pouvoir ; cc serait m,'111ele gêner, l'embarrnsser que de lui olîrir ou de lui décerner le consulat à vie 1 • » Fouché jouait sa place. Il la perdit. Cependant, c·est lui qui gagna la cause devant le Sénat. Celle assemblée, comme ra démontré M. Aulard, débattit au fond sur la question de savoir s'il ne convenait pas de donner à Bonaparte le consulat à vie; or, malgré toute la pression exercée sur les sénateurs dr déférer 8ll désir connu du maitre, l'ns~emblée refusa. Ce refus 1,e pouvait avoir l'apparnnce d'une déclaration de guerre à Bonaparte; car officiellement, le Sénat n'était saisi que de la proposition du Tribunat avec l'interprétalion qu·en avait donnée Siméon, interprétation renforcée par la réponse mode,te du Premier Consul. Il pouvait, par conséquent, fort bien a~ir comme s'il croyait en la modestie de Bonaparte el, entre F'ouché et Rœderer, se rallier à l'opinion du ministre de la Police. C'était, si l'on peut ainsi s'exprimer,« sauver la façade•• mais, au fond, l'échec demeurait considérable. L'Em1iire ne publia pas les procès-verbau, du Sénat, parce que cet échec y est irrémédiablement marqu6, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par ce texte que porte le compte rendu de la séance du 18 floréal': 1. Madelin : It'ouché, I, ~3&>. Cf. Masson : NâpoUon et lâ famille, II, 166. ?. Publil, pour la première Coispar Aulard dans la seconde série de, Etudes ec leçons sur l4 Rftollllion frow:ali,, p. ~9.

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