Jean Jaurès - La Convention

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Histoire Socialiste TO:\IE ff La Convention Fondazlone Alfred Lewm Biblioteca Gino Bianco FondoNicolaChlaromonte

UISTOtnE SOCl.\l.l~TI•: LA .\IORT DU ROI ET L.\ CIIUTE DE LA GIIHJ"DE C'est le 10 ao1H 17!12que Louis XVI avait été suspendu de ses fonctions de roi el enfermé au Temple. C'1•sl le 21 janvier 1793 qu'il monta sur l'échafaud. Comment la Révolution mil-elle cinq mois el demi à le juger et à le frapper? Elle avait un inlérèl immense à aller vile. Si le roi avait été jugé et e\écuté en octobre, dès la réunion de la Conve11tion, le pays eOl été encore sous l'impression de la Journée du Dix-Août, el, tout ému de colère. il e(lt accepté plus aisément le coup audacieux qui était porté. Puisque Ja Révolullon voulait, par un_ acte irréparable, décourager les royali:;les et étonner l'Europe, c'est par 111 •1ue la Comention aurait dû ouvrir ses travaux. Elle eût ainsi marqué toute son œuvre d'un sceau infrangible. De plus, à la fin de septembre et en octobre, l'Europe était dans la stupeur des victoire, inattendues de la R61•olution. La mort du roi eO.t aggravé celle stupeur en un complet désarroi : el il est possible que la coalition européenne se fo.t dissoute. En loul cas, en septembre et octobre, l'Angleterre ne pnraissait nullement décidée à la guerre: et sans doute le jugemenl du roi, rapide et terrible, n'eO.l pas suffi à l'y décider. Le monde aurait été comme surpris par la rapidité de l'événement, et immobilisé sous les éclats de la foudre. Pourquoi la Convention tralna-t-clle? C'était le mandat primordial qu'elle avait reçu. La Législative ne s'était séparée que pour que la nation elle-même prononçât sur le sorl el de la royauté et du roi. La royauté fut abolie le 21 septembre.< li fallait d'urgence, el aussitôt après, ll,er le sorl du roi. La Corffenlion, malgré son audace, éprouvait-elle un trouble secret? Était-elle retenue, devanl cel homme que lïnforlune avait rapproché de l'humanité sans lui Ol•r toul à fait le prestige d'une royauté séculaire, par un reste de superstitieux respect el un commencemenl de pitié? Elle s'embarrassa d'emblée dans des difficultés de forme el da11sdes scrupules juridiques. • Louis XVI est-il Jugeable pour les crimes qu'on lui impute d'avoir commis sur le trône constitutionnel? Par qui doit-il être jugé? Sera-l-il lraduil de1·anl les tribunaux ordinaires, comme lout autre citoyen accu,é de crime d'Etat! Déléguerez-vou~ le droil de le juger à un tribunal formé par les a~1emblées électorales des 83 département~? N'est-il pa, plus naturel que

856 Hl TOIRE SOCIALISTE la Convention nationale le juge elle-même? Est-il nécessaire ou convenable de soumettre le jugement à la ratification de tous les membres de la République, réunis en assemblées de communes ou en assemblées primaires? » Voilà les questions que pose Maillié au déhut de son rapport préliminaire du 7 novembre el que le comité de législalion avait • longuement et profondément agitées ». A vrai dire, ce long débat était assez ,•ain. Comment s'arrêter un moment à la thè,e de l'inviolabilité royale? Sans doute, la Constitution déclarait la personne du roi inviolable, el elle ne rendait responsables que les ministres. Ou bien, pour certains actes déterminés, elle constatait que le roi « était censé avoir abdiqué•• et elle prononçait sa déchéance. Mais toute cette procédure constitutionnelle suppose que la Constitution elle-même n'est pas atteinte dans la racine. Si la faute du roi, si sa trahison même ne mettent pas la nation et la liberté en péril mortel, si la royauté peut survivre au roi, alors, oui, c•e~Lselon la Constitution que le roi doit être jugé, puisque la Constitution demeure. Mais si le roi, par une longue conspiration, a ruiné la Constitution elle-même, si, par sa connivence avec l'étranger armé pour la détruire, il l'a presque frappée à mort, si la ju,te colère excil~e par son crime a obligé le peuple exaspéré et défiant à une Révolulion nouvelle, comment appliquer au roi une Conslilution dont, par sa faute, il ne reste plus rien? En fait, depuis le Dix-Ao0t, la France était, non à l'étal constitutionnel, mais à l'état rérnlutionnaire. La su~pension du roi et son internement au Temple étaient des actes révolutionuaires. La Convention elle-même élait une assemblée révolutionnaire, pu!squ'elle n'avait pas étô convoquée en vertu de la Constitulion de !701, et puisqu'elle avail reçu du peuple des pouvoirs illimilés comme la Révolution. C'élail donc manifestement en assemblée rérnlutionnaire qu'elle devait juger, el ü était assez étrange que l'on discutât là-dessus. Elle était visiblement le seul tribunal révolutionnaire ayant qualité pour Juger. Remetlre le Jugement à un jury formé de deux jurés par département, que les corps électoraux auraient choisis, eût été un dangereux enfantillage. c·eût été une parodie des formes ordinaires de la jmlice, car ce jury n'aurait pu, en une question où la vie même de la nation était engagée, échapper aux mouvements passionnés de l'opinion, el aux indicalions, aux suggestions impérieuses de la Convention elle-même. Cel acte de Jugement était, par excellence, un acte de souveraineté, puisque tout le destin de la liberté el de la palr,ie y était attaché. c·était donc le sou1erain, c'est-à-dire la nation elle-même représentée à la Convention, qui devait juger. Il n·y avait plus de Con,tilnlion, puisque celle de 1701 avait été abolie el que la nouvelle n'était pa, formulée encore. Dans cet intervalle entre les ConsLilulionq, il ne restait plus qu'un pouvoir : la nation, ou plutôt tous les pouvoirs revenaient à elle comme à leur

HISTOIRE SOCIALISTE 857 source. C'est précisément parce que la Convention n'avait pas un mandat purement judiciaire, mais un mandat politique, un mandat total, qu'elle devait juger: car il était impossible de séparer le jugement de Louis XVI du jugement d'ensemble porté sur l'étal politique el social de la France. C'e0t été démembrer la souveraineté et la diviser mortellement contre elle-môme que de détacher, du pouvoir1>olitiquc total qu'exerçait la Convention, le jugement du roi où la vie politique totale de la_ nation était enveloppée. El qu'on n'objecte pas que la nation était à la fois juge el partie, et que cela est contraire à toute justice. Quand un roi a trahi une nation, où trouver, dans celte natiO[! m~me, un citoyen qui ne soit pas à la fois juge et partie? • Faudra-l-il donc, s"écriait un Convenlionnel, chercher des juges dans une aatre planète? • Il serait étrange que la nation ftH désarmée de son droit de juger par lïmmensité même du crime qui, en blessant Loule conscience et toute vie, relire à tout un peuple et à tous les individus de ce peuple la vulgaire impartialité du juge. En ce sens, ce n'est pas seulement à la Convention, c'est à la nation tout entière que de Sèze aurait pu dire : « Je cherche en vous des juges et je ne trouve que des accusateurs •· i\lais ces paroles ne sont terribles que pour Louis XVI qui, en trahissant tout un peuple, obligeait tout un peuple à être à la fois accusateur et juge. i\lais, dès lors, n'y aurait-il pas eu plus de franchise à frapper et à ne pas juger? C'est ce que disent à la fois, par une curieuse rencontre, Kant et Robespierre. Kant considère que la Révolution aurait eu le droit, par exemple au Dix-Août, de frapper le roi, comme on frappe un ennemi dans le combat, mais que prétendre le juger, en substituant un droit nouveau au droit ancien, c'était une dérision. « Et moi, s'écria Saint-Just dans son discours du 13 novembre, je dis que le roi doit être jugé en ennemi; que nous avons moins à le juger qu'à Je combattre ... Je dirai plus : c'est qu'une Conslilulion acceptée par un roi n'obligeait· pas les citoyens; ils avaient, même avant son crime, le droit de Je proscrire el de le chasser. Juger un roi comme un citoyen, ce mot étonnera la postérité froide. Juger, c'est appliquer la loi. Une )oi est un rapport de justice : quel rapport de justice y a-t-il donc entre l'humanité et un roi? •.. Le procès doit être fait à un roi non point pour les crimes de son administration, mais pour celui d'avoir été roi, car rien au monde ne peut légitimer celte usurpation, et de quelques illusions, de quelques conventions que Ja royauté s'enveloppe, elle est un crime éternel contre lequel tout homme a le droi\ de s'élever et de s'armer· elle est un de ces attentats que l'aveuglement même de tout un peupl ne saurait jusliller .... On ne peul point régner innocemment: la folie en est trop évidente. Tout roi est un rebelle et un usurpateur. • C'est un sophisme. Car ai Saint-Just ne fait pas abslraclion de l'histoire,

858 HIS'rOIRE SOCIALIS'l'EI il est obligé de reconnallre que l'institution de la royauté n'est pas l'œuvre de quelques hommes audacieux, elle a répondu à des nécessités historiques, et tout ce qu'il est permis de dire en 1792, c'est que ces nécessités ont pris fin, c'est que les nalion~ maintenant peuvent se gouverner elles-mêmes. Et alors la question se pose : De quel droit faire payer à l'individu qui fut roi une longue fatalité dont il n'est pas plus responsable que les autres hommes? Ou si Saint-Just fait abstraction de l'hbtoire, s'il prolonge dans le passé l'heure présente, s'il croit et s'il dit qu'à chacun des moments des siècles écoulés les hommes auraient pu secouer le joug roial comme ils le secouent maintenant, c'est l'humanité toute entière qui est criminelle, et les peuples doivent se châtier eux-mêmes de leur long el lâche esclavage, comme ils doivent châtier les rois de leur longue el arrogante domination. En vain Saint-Just allègue-t-il que l'a1·euglemcnt des peuples n'excuse pas l'usurpation des rois: il n'excuse pas non plus l'abjecte servililé des peuples. Et, ici encore, pourquoi concentrer, ~ur la seule tête de Louis XVI, un châtiment qui doit frapper le front humilié des peuples comme le front superbe des rois? Ainsi, dire que Louis X\'! doit être frappé, non à raison des crimes qu'il a commis dans l'exercice de sa fonction de roi, mais à raison de sa seule qualité de roi, c'est se montrer trop sévère pour un seul homme, trop indulgent pour l'humanité complice. Aussi bien, il n'est pas vrai qu'entre le roi Louis et le peuple de France il n'y eût aucun de ces rapports de justice qui permellent en effet de juger. Depuis la Révolution de 17~0, une transaction étail intervenue enlre la tradilion historique et le droit nou 1•eau,entre l'instilution royale et la souverainelé populaire. Celle transaclion aurait pu durer, si la royaulé avait été honnête et fidèle à sa propre parnle. C'est la Constitution même qui était, entre le roi et la nalion, « le rapport de justice • nié par Saint-Just. El même quand la Constitution fut tombée, la nation gardait le droit de demander compte à Louis XVI des trahisons qui avaient annulé le pacte de la royauté et du peuple. Le roi n'était pas libéré de sa félonie par la chute de la Constitution en\'ers laquelle il avait été félon. El c'est celte félonie que la nation avait le droit de juger. Robespierre, dans son discours du 3 décembre, conclut dans le même sens que Saint-Just, mais pour des raisons autres. Comme lui, il veut qu'il n'y ail pas de jugement, il veut que le roi soit exécuté sans procès, comme un ennemi. Mais ce n'est pas sa qualité de roi qu'il invoque : ce sont les crimes qu'il a commis contre la nation. • Les peuples ne jugent pas comme les cours judiciaires; ils ne rendent point de sentences, ils lancent la foudre; ils ne condamnent point les rois, ils les replongent dans le néant. • Eulre Louis XVI et la névolulion la lutte est engagée. Le Du-Ao1H est un premier coup : la mort sera le second. Au Dix-Août, le peuple n'a pu

HIS'l'OIRE SOCIALISTE 859 prétendu porter un jugement : il a frappé, pour se défendre. li va frapper maintenant le coup décisif, pour se débarrasser à jamais du tyran. • JI faut que le tyran meure, pour que la patrie vive. » Juger Louis XVI, c'est supposer qu'il peul /\Ire innocent: el si Louis XVI e,t innocent, c'est la France qui est rebelle, c'est la Révolution qui est un crime. Donc, pas de proc~,. pas d'acte d'accusation, pas d'avocat, pas de jugement, pas de lenteurs nouvelles, mais une mesure de salut public. Ce qu'il y a de fort dans la thèse cle Robespierre, c'est qu'il n'y a pas Jugement là où la sentence s'impose d'avance au juge, quelle que soit la !lé. rense de l'accusé. Or, après le Dix-AoOL, il n'était pas possible à la Convention de proclamer l'innocence de Louis XVI sans déchainer la contre-révolution. Il é(ait hardi, et, ea un sens, il était noble de proèlamer celle nécessité , itale de la Révolution el de ne pas emharrasser de formes judiciaires l'acte de salut de la liberté et de la patrie. Mais c'était une pensée trop forte pour la conscience hésitante et troublée de la France Celle-ci n'avait pas l'audace de frapper ainsi sans Jugement. Elle ne voulait pas se priver elle-même du bénéfice des crimes de Louis XVI, et ces crimes elle voulait qu'ils fussent constatés, pour la nation et pour le monde, selon les formes essentielles de la justice, par un débat public où l'accusé pourrait se faire entendre. Peut-être la hautaine et sommaire procédure de Saint-Just et de Rohespierre eîll-elle été possibl~ au lendemain même du Dix-Aoül : alors le décret de mort porté sans jugement contre Louis XVI eOLapparu comme la suite de la bataille. En décembre, il était trop tard; Robespierre constatait lui-même le changement cles esprits: • A l'époque du mois d'aoOLdernier, tous les partisans cle la royauté se cachaient; quiconque eOt osé entreprendre l'apologie de Louis XVI eüt été puni comme un traitre. Aujourd'hui, ils relèvent impunément un front audacieux ... • Et Robespierre conclut : • Hâtez-vous : ne perdez pas encore du temps en rormalilés hypocrites ou timides. " Mais, sans doute, il n'était plus possible de prononcer aussi sommairement sans heurter le sentiment public. M. Ernest Hamel, dans son Histoire de Robespierre, écrit à ce propos : « Est-il vrai qu'en ce moment Marat, se penchant vers Dubois-Crancé, lui ait dit : « Avec ces doctrines-là, on fera plus de mal à la République que tous « les tyrans ensemble » 1 C'est du moins ce qu'a prétendu un historien très consciencieux (Villiaumé); mais nous n'en croyons pas un mot, pour trois raisons : D'abord, parce que de tels scrupules nous paraissent essentiellement contraires au génie et aux habitudes de Marat; en second lieu. parce que Dubois-Crancé, personnage fort équivoque, ne mérite aucune créance; enfin parce que l'on a complètement omis de nous donner la moindre preuve de l'authenticité d'une pareille allégation. » Visiblement, M. Hamel est scandalisé à l'idée que Marat a pu trouver

800 HISTOIRE SOCIALISTE Robespierre excessif el impolitique. El il se fait de Marat une idée assez fausse. Celui-ci élail parfois très avisé el très prudent, attentif à ne pas surexciter les forces de conlre-révolulion. Précisément, en ce mois de décembre, il hlilme Cambon d'avoir, par sa motion sur le budget des cultes, • soulevé les prêtres conslilutionnels », et il insère une lettre de quelquesuns d'entre eux. Sur le procès même de Louis XVI, il est certain qu'il condamne la méthode de Saint-Just el de Robespierre. On sait qu'il tenait Robespierre en très haute estime : c'est le seul homme qu'il n'ait jamais attaqué. De même, il avait élé frappé par les premiers discours de Sainl-Jusl, el il caractérise sa manière avec beaucoup de finesse : « Le seul orateur, écrit-il lei" décembre, qui m'ait fait quelque plaisir à la tribune, c'est Saint-Just. Son discours sur les subsistances annonce du style, de la dialectique et des vues. Lorsqu'il sera mûri par la rêne.don et qu'il renoncera au clinquant, il sera un homme : il est penseur. • Mais, sur ce point, il se sépare de Saint-Just el de Rohcspierrr. Je note qu'il ne loue pas le discours de Saint-Just sur Louis XVI. En fait, l'opinion très nette de Marat est que Louis XVI doit êlre jugé selon les formes. Il craint que si ses crimes les plus évidents ne sont pas rappelés au pays en un procès solennel, la sentence de mort rencontre des résistances. Il dil dans son opinion : • • Votre Comité de législation a fait voir, par une suite de raisons tirl\es du droit naturel, du droit des gens, du droit civil, que Louis Capel devait être amené en jugement. Cette marche était nécessaire pour {instruction du peuple .-car il importe de conduire à la conviction, par des roules différentes el analogues à la trempe des esprits, tous les membres de la République.» Or, il est clair que le procédé sommaire de Robe•pierre ne lui parait pas de nature à produire la conviction : il n'est pas « analogue à la trempe des esprits ». El comme Marat a déposé son opinion écrite à la Convention le 3 décembre, précisément le jour même où parlait Robespierre, il est très vraisemblable qu'il a marqué quelque irritation des vues de celui-ci. La thèse intransigeante el tranchante de Robespierre pouvait donner à Marat, par contraste, une apparence de modérantisme. Si M. Hamel n'avJit pas été absorbé el fasciné par la contemplalion de Robespierre, s'il s'était reporté aux écrits de Marat, il aurait trouvé très plausible le propos que lui allribue Dubois-Crancé. Marat in~iste sur son idée : Louis XVI doit élre jugé aoec apparat el sévérité. Et, dans le numéro du 13 décembre il se pla\nt, lui si pressé pourtant d'aboutir, d'impatiences irréfléchies qui risquent d'ôler au jugement de la Convention une part de son autorité:

IIIS'l'OIRE SOCL\LIS'rE FuoM.B:"IT 00 Ml!wom.1 ADRESSB A. u. CONVlt."(TIOS !'o'ATIO:-i'ALB PAR. LES DÜ&NSEORS DB Lo1.as XVI. (D'aprb uo document de■ Archives Dationalea). 861 Juger Louis Capet avec précipitation I Je les rappelle à la réfle~ion. C'est dans le plus grand calme et avec sagesse qu'ils doivent prononcer sur le sort de l'ex-monarque, moins pour leur propre honneur que pour ôter à ses suppôts uv. 273. - BISTOIRR SOCJALISTR. - u. co~,'INTIOX N.\TJONALB LIV, 273,

802 HIS'l'OIRE SOCIALISTE le préle\le de les calomnier, en les accusant de l'avoir égorgé avec Je glaive des Jnis. » .\Ltral son~e évidemment ici à la séance du 12, où quelques membres de l'c,tr,··me-gauche propo,èrenl qu'un délai de quatre jours ,rulrmenl fùl accordé à Louis XVI pour e,aminrr les pièces et pré,cnler ou faire présenter sa clefen,e. ~laral était si préoccup6 de ménager l'opinion publique, j!' dirais presque l'opinion moyenne, qu'un moment il fut accusé de tiédeur cl qu'il dut s'expliquer clan, son journal. « En reportant Loui, Capet sur le trône, après sa fuite vers l'ennemi, les ,·eprhentrwts de la nation lui ont 1·emis tous .<rscrimes anth-irurs. Or, s'il convirnt dr lui (airr son procès d'ap~·ès la Con,tit11tio11,du 11wi11s pour (rrmer la bouche à ses suppôts, je pe11se qu'il faut sr uomrr aux chr(s d'acc11<rrtio1p1ostériru,•s à cr/le époqur. De ce/Ir observation si simple, /rs omis ont conclu que je (rtisais beau jeu au tyran ; lrs enn('Jnis, que je 11ù1pitoyai, sur son sort : ceux-ci ont cherché à cela d1t mystère; ceux-là y ont vu une élourde,·ie abominable. « ... Au reste, pour peu que la Conrnntion s'aperçoive que les défenseurs de Louis Capel abusent des formes juridiques qu'elle a permises, non pour sauver le tyran, mais pou,· mPtt,·e Pn l'vidPnce ses crimes et prouver à t11nive1·squ'en le condamnant, Plle ne condamne pas à mort un innocent, elle esl toujours la maitresse de rejeter cc mode vicieux, de faire jus lice d'un monarque conspirateur, et de le lrailer en ennemi public pris les armes à la main.• Ainsi, Marat ne se ralliera au point de vue de Robespierre et de SaintJust que si l'autre méthode, le jugement selon les formes juridiques, suscite des difficultés el ne résoul pas la crise; mais, au fond, sa conception est directement contraire à la leur. Dien loin de ne voir dans le roi que sa qualité de roi, bien loin même de Je traiter comme si Loule la nation ne· voyait en lui qu'un ennemi, il veut le jui;et· sur ses crimes et selon la Constitution même. Il lui fait remise dPs crimes antérieurs à Varennes, parce que l'opinion a pu voir une amnistie dans son rélabli.sement sur Je trône. Encore une fois, il est surprenant que M. Hamel se soit trompé à ce point sur la lactique de 11aral. )lais ce que je veux retenir, c·est que l'opinion de Saint-Just et de Robespierre était une opinion isolée, qu'elle parut à presque Loule la Convention un paradoxe, cl qu'il n'y avait certes pas là une difficulté capable d'arrêter ou de ralentir le procès. Si la Convention s'était placée nettement, dès les premiers jours, en face du probl~me, elle aurait certainement décidé, dès la fin de septembre ou le commencement d'octobre, qu'il y avait bien à Juger Louis, qu'il dernil être Jugé par la Conventio11, el que la garantie des formes juridiques devait lui être largement assurée. Mais, visiblement, les Girondins qui étaient, en ces premiers mols, les

/ HISTOl!lE SOCIALISTE 8()3 mallres de la Com·enlion, trainaient le, choses en longueur. La Gironde s,•mble frappée d"une sorte de paraly,ie de la wlonté. "lie n'a certes pas formé le ferme propo; d,• sau,e1· J.o,ii, X\ï, et elle ne songe nullement, à celle daLe, à ména!:~r cl ù natter la corilre-ré,olulion. )lai, clic hésite à porter un coup décisif, el elle ch erchc ù gagner du tcmp~. En acceptant le ministère des mains de Louis XY!, elle avait Joué un rôle de transition : el elle ne savait point se dégager de ce rôle. !We avait, arnnl Je Dh-Aoùl, négocié, tergiversé : et elle arnil l'impression obscure que ~i elle déchainait les é,énemenls, c'est par d'autres qu'ils seraient conduits. La mort dn roi allait passionner toutes les forces de l'univers, el ce ~ont les forces les plus ùrutales, les plus directes qui prévaudraient. Que rc:;lail-il des habile~ combinaisons de la politique, que restait-il de l'éloqucnf'e elle-même, qutnd le couteau de la g11illuline tranchait les prublèm·•s'? Il hudrail dé-ormah ù,·s YOlonlés nettes el coupantes comme lui : et dc,anl l'engin de mort, ,ymbole d'une politique simple, g-randiose el brulalc, l'esprit compliqué et incertain de la Gironde se récu,ail à demi. ELpui$, je ne sais si une ,orle de pitié m•'lancolique n'était pas ,:,,·cillée en eu, par les premières meurtrissures de la ,ie. Cerle~, ils ne craignaient poinl pour eux-mèmes : ils avaient un haut courage; et d"ailleurs, si leur presligr rommençait à être atlcinl, leur puis,ance n'était pas ruinée encore, el leur Yie n'étail point menacée. ~lais ils a,aienl souffert, ils araienl éprouvé les dures vicis,iludes de l'opini,ln; un moment même, au, journées de septembre, quand lloùespierre <' nonçail Bi-issot et ses amis à la Commune, quand un mandat ù'arrèt était ;,rcparé contre l\oland, ils avaienl \U luire sur cm l'<'clait· de la hache. Que toute chose humaine élail fragile! Que la popularité était cour Le! Que la vie ètail précaire! Ainsi parfois, en de rapides el secrètes mélancolies, le mystère Lragique de leur dc,tincc s'inclinait ,ers le mystère tragique de la destinée royale: leur pensée rencontrail, au seuil du néant, lt royau lé aholie el le roi llll'nacé. El, comme de, ombres qui se Loucbcnl par les !Jorù,, le destin de la Girnnde semblait parfois contigu au drslin d·1 roi. Les Girondins étaient-ils ùien sûrs, en frappnnl, de ne pas se frapper eux-mêmes'? Ils allaient donner à la mort nn signal ambign 11u't·lle interpréterait peut-être largPment. Quelque trouble de conscit•nce aus,; éla,t en eux. J'imagine que Brissot, qui élail bon et humain, n·a,ail pas apJJris rnns douleur que Dele,sarl avait été mas,;acré à Orléans. C'est lui qui l'avait emoyé à la Haute-Cour: c'est lui qui, sur des indices bien légers el pour hâler la décldralion de i,;uerre, l'arnil fait décréter de trahison. Élail-il ,•raiment uu traître? Celle ombre sanglante devait sans doute importuner Brissot. D'ailleurs, en exploitant contre Robespierre et Danton les massacres de septem!Jre, la Gironde s'était condamnée elle-même ù tenir le rôle de l'humanité et de la pitié. Elle était liée par sa propre manœuvre. A force de re-

861 HISTOII\E SOCIALI!:iTE présenter ses ather,airrs comme des anarchi,les altérés de sang, clic s'obligeait à témoigner de la répugnance pour toute œuHe de mort. Comme un jour, ù la Convention, Jean Bon Saint-André invoquait les morts du Dix-AoQl pour ht,ler le jugement du roi : « Voilà. écrivait Brissot, des ombres transformées en bourreaux. • Enfin, il se peul qu'en octobre el novembre la Gironde ail compté sur la force éblouissante de la victoire pour résoudre toutes les difficultés. Valmy, Jemmapes, Chambéry, Spire, Franclort, la Belgique, la Savoie, l'Allemagne •.• qui sait si l'Europe elJrayée et fascinée ne demandera point la paix? Est-il sage de rendre les négociations plus difficiles en jetant aux rois la léle d'un roi? Et ne sera-t-il 1,oint glorieux à la liberté victorieuse de raire grO.cede la vie au roi félon el parjure? Cil sera effacer, pour le monde, la tache de ~ang que septembre a mise au front de la République. Ce sera ouvrir une ère d'humanité apai,ée;• et la victoire de la Gironde sera complète : \'icloire sur la contre-révolution el sur le vieux monde, victoire sur" J'auarchi,me meur. trier• el sur la barbarie. Voilà les pensées qui fiollaicnl dans. l'esprit de la Gironde. Mais elle ne les formulait point en une politique courageuse el claire. La clémence envers le roi élail liée à la paix avec le monde. Or, tantôt Brissot pressentait le péril de la guerre illimitée, tantôt il se laissait aller aux im_prudentes efTusions de la propagande rél'olulionnaire universelle. L'amnistie pour le roi supposait aussi l'amnistie pour les révolutionnaires. Il eût été mouqrueux d'épargner le traitre, el de frapper ceux qui avaient été conduits jusqu'au délire du meurtre par sa trahison. Or, la Gironde dénonçait sans cesse cl menaçait les hommes de septembre, c·e,t-à-dire dans l'état de confusion OH étaient rc,tée, les responsabilités, tout le peuple ùe Paris. En déchirant le voile qu'elle avait d'abord consenti à jeter sur les journées de seplrmbre, la Gironde rendait impossible à la nation de jeter sur les crimes du r ,i un voile de dMaigneu,e pitié. Ainsi, il n'y avait dans la politique de la Giro11!lequ'ob,curité el contradiction; el ne rnchanl pas précisément ce qu'elle voulait, elle to'élail plus, malgré son agitation extérieure, qu'une force d'inertie, d'immobilité cl d'ajournement. Marat note que les chefs girondins se sont ab,tenus de prenilre part au débat sur l'inviolabilité royale : • On se rappelle, écrit-il le 6 décembre, le projet des meneurs de la clique rolandine projet que j'ai dénoncé il)' a quelque temps) de ne point parler à la tribune sur l'inviolabilité de Louis Capel pour ne pas décel~r leur royalisme; mais de faire plaider s, cause par les roquets au,quels ils devaient applaudir de toutes leurs forces pour exciter les apJ>laudissements des ~peclateurs soudoyé~. Ce projet est di'jà mis à exécution. On n'a entendu à la tribune m Guadet, ni Gensonné, ni Lacroix, ni Buzot, ni Brissot. ni Roland, ni Kersaint,

IIISTOlllE SOCIALISTE mais leurs roquets, )lorisson, Valazé et Fauchet plaider en lâches valets de la Cour la cause du tyran. • Marat oublie que Pétion était intervenu cl s'était prononcé avec rorce contre la lhèse de lïnviolahililé. Au dcrneuranl, les Girondin~ ne pournienl y adhérer: el leur plan n'était pas que Louis X\'1 ne fùt point jnc;é. )lais il reste vrai qu'ils ne s'enga,;èrent pas à fond contre le roi. lis voulaient renclre possible un acle final de clémence. lis usè.rent surtout de deux moyens, pour prolonger les débats, el pour délourner la violence des colt'res qui menaçaient Louis X\'l. 0"<1bord, ils essaièrenl de saisir du procès le peuple enlier, ou du moins, quelques-uns d'entre eux. l'e,sayèrenl: car l'action de, Girondins est tri!s diveroe et flottante, soit qu'ils fussent incapables de discipline. soit que celle incohérence m~me, en multipliant les projets, ser1 ll leur pensée fondamentale de tc1n1iorisalion. Toutes les fois que le procès semblait faire un pas, la Gironde hnaginait une dhersion. Le 3 <lécembre, la Convention écartait la motion tranchante de Robespierre, qui exécutait Louis XVI sans jugement: « Louis XYI, traître envers la nation, ennemi de l'humanité, sera puni de mort à la place où les défenseurs de la liberté ont péri le 10 août.» El elle adoptait la formule de Pélion : • La Convention nationale déclare qu'elle jugera Louis XVI. • Enfin, la mal'che juridique semblait réglée. Mais le même jour, un des girondins, Duco,, comme pour ouvrir une autre i,sue aux esprits, transportait le procès devant le peuple. « Les assemblées primaires seront convoquées, el chaque citoyen sera appelé : • li s'approchera du bureau, le président lui demandera à haute el intelligible voix:• Acceptez-vous el ratifiez-vous l'abolition de la royauté, el l'étac blissement de la République en France ·1 • Votre vœu esl-il que Louis X\'! puisse Mrc jugé? « Votre vœu est-il que Louis XVI soit jugé ,ans appel, par la Convention • nationale, ou par un tribunal d'attribution spéciale qui sera, à cet effet, « commis par la Convention nationale? « Ces trois questions seront faites séparément : le citoyen interrogé y répondra aussi séparément par oui ou par 11011, el à haute el intelligible voix.» Quand je dis que Ducos portail le procès devant le peuple, je me trompe. Ce n'est pas le fond même du procès qu'il lui soumeltait, mais seulement une question préalable de juridiction et do procédure. Je ne m'arrête pa< à discuter celle opinion individuelle. mais il est clair que c'était un ajournement indéfini. Or, qu'un homme sympathique aux Girondins ail formulé celte proposition dilatoire, cela est un signe de l'étal d'esprit de la Gironde. Fondazlone Alfred Lewin' Btblioteca Gino Bianco

lllSTO111E SOCIALISTE Dans la proposition de Ducos, le peuple, avec SP, innombrables assemblre, primaires, rommrnre à paraitre. El si un Girondin veut lui donner la pub-me<' ,lïnitiali\·e, la Gironde presqu<' Loule entière se résene él"idcmmenl de raire de lui, s'il est nécess:1ire, la pui,;,anre <l'appel. ~lais llnzot recourut à une autre diver,ion. plus auda<-ieuse à la fois el plus perfide. li 1,ril prNe,te, I<'1 décembre. bes parole, de q11PlquPsp<"-lilionnaires, pour faire ~oudnin une motion d'ordre, é1idemmrnl prémédil<'·(• : • J'ai cru compren1lr1', par le di-cours du préopinant, qu'on , ourlrail insinuer clans l'opinion l'idée que des nwmbres fic celle as,emblée d,··,irrnl le rélablb,1•menl de la royauté rn France. Eh hicn ! pour écarter tout soup- ~on, je ù,•m~ndc à la Convention de décréter que, quiconque proposer~ de rélahlir rn France les rois ou la royaul(•, ,011sq11rlq11rdr'nomi1111tio11 q 1P ce pwsse être, sera puni dt• mort. • El le 1>rocè,-w•rbal ajoute : • /Je 1w111h1nn: ap71/alldi.,.1ement.,étlalenl dans tol/Les {Ps partir., de fa <atfP. J;,1'.,f•mhi,,e, prr,que rntière, u /ère 1·11 .,ignr d'adlulsion à la propo,ilion d1•/11<~01. » c·etail a,se, !Jien joué, si toutefois en rcsjours terriulc,, où il r.,llait ,urtoul de la loyauté el de la déci~ion, le jeu le plus habile n'6lail pas mala<lroil. On reconnatl la tactique familière de Il rzol. Toul en cherchant à rcraser l'e,trême-gauche, il tentait de para!lrc plu, révolutionnaire qu'elle. C'est ainsi qu'il agzrarnil, dans le décret du 1;; décembre, les dispo<ilions contre les nobles de Belgique. ~lais, de plus. ici, il avait drs arrière-pensées mulli(Jles. D"abord, sous couleur de frapper toute proposition royaliste, il donnait crédit aux accusations de <liclalure lancées par la Gironde contre Robespierre, 11aral el Danl•m. Pourquoi la Convrntion aurait-ellr porté la pei11e de mort contre quiconqut ,)roposrrail <le rélahlir la royauté. ,i nul, en elTet, ne songeait à la rétablir? t:e Mcret conslalail officiellement des ambitions el ,les prétention, factieuses. El ce n'est pas les purs royalbles quïl visait. C,·u,-la, ,'ils a1aient parlé, auraient <lemandé ouYertcmenl le rétablissement de la r.>)auté, sous son nom de royauté . .\lais en ajoutant, s011squelque dhwminalion que ce soil, Buzot Yi~ail et frappait ceux QllP tous les jours, la Gironde dcnonçail comme des aspirants à la dictature et au lriun,viral. li ju,ti0ail par là la lactique incertaine et e,pectantc de la Gironde au sujet du roi. Qu'importait, aprè,; tout, que la tète ùu ci-devant roi toml.,,U, si tout un parti songeait à restaurer la royauté? Cc n'est pas la disparition d'un homme qui pouvait rassurer les patriotes. Qui sait m,'me si ceux qui témoignaient tant de hil.te de frapper Louis n'avaient pas formé le dessein d'élernr au trône un autre homme I lus populairP ou moins compromis? Qui sait si, en se débarrassant de l'ancien roi, ils ne vot1laicnl pas faire place nette à la royauté? Yoilà 1'111 ~inualion formida!Jle cachée dans la motion de Buzot : !'D Du,ol, concentré cl haineu,, le gi•nie cte la calomnie rut parrois aussi profond qn'en Hohespierrc. Le montagnard ~lerlin ùe Thionville, tombant dans le piège, 1 ', t / t

HISTOIRE SOCIALISTE 867 eut la sottise de dire : « Je demande qu'il 5oit ajouté à la propo,ilion de Buzot, ces mols: â moins que ce ne .<oitd,111,les as.,r1,1blt-esprimaires.» Oui, c·étail une sollise el douLlement, car le peuple n'a pa, le clroil de renier sa propre sonverainelé, el Meilin lai:;ail \'rainwnl trop le jeu ci!' Uuzol. On ùe,ine le parti qu'en sul tirer Guadet. ,\lcrlin, ,elon lui, ,·r11ail de donner la clrfde Ioules les agitations de l'exlrème-gauche : éllcs lcndaienl à ramener le despotisme. \'oilà donc tout le parti ùe lluLespierrc, ,Je Danlùn, tic ~laral, transformé en par li royaliste. Admirable opération! Dès lors, le ! rorès le plus urgent n'était pas le procès du roi: c'était le procès de, royali,Les. Cn Conventionnel s'étant écrit\: • Prononçons la mort de Louis XYl •· LouYel lui répondit: « Avant tout. prononçons un décret de mort contre les royalistes. • A Marat, à no!Jespierre el à Danton, la Gironde ré,rnail ainsi l,1 priorité de l'échafaud : ils auraient le pas sur Louis XYI. L'insinuation se précise : ils ne veulent perdre le roi que p<our dorrncr la couronne à un autre Bourbon. El comme la Convention I it>nl de déciller que • chaque jour elle s'occupera depuis onze heures jusqu'à ,ix, de ratTaire ùu roi, cxclush·emenl à toute autre, jusqu'à ce qu·flle soit terminée », la Gironde fait élargir ce lexle el la Convention adopte une motion adclitionnelle : : • La Convention nationale discutera sans interruption et prononcera sur la famille des Bourbons. » \'raimenl, après ers manœuvres girondines, on ne sail plus au jusle quel est le procès qui va se juger : Est-ce bien celui de Louis XYI? ou est-cc celui des )lontagnards accusés de complicité avec le duc d'Orléans aspirant à la royauté'? )lais quel sinistre enfantillage el qnclle incohérence lugubre! Supposons un instant que la lactique de la Gironde ail abouti, Supposons que la France N la Con l'en.Lion soient convaincues que l'extrême-gauche est vendue aux roi•. Dès lors, c•,,~l contre Robespierre et son parti que porte tout l'efîorl révolut·nonaire: Louis X\'I e,;t oublié au Temple, el le procès du roi a fait place au procès des démocrates. La Révolution esl perdue, car elle s'est décimée elle-même el elle a épargné le roi. Ainsi la politique de la Gironde ne pouvait se développerjusqu·à ses cons/>quences logiques sans tuer la Révolution. ~lais il élail impossible qu'elle allât jusqu'au bout. Il y a1ail folie d'espérer qu'au procès du roi se substituerait le procès de Robespierre, el que la nation prendrait vraiment pour des royalistes les démocrates ùe la Convention. Les Girondins ne pouvaient donc pas détourner le cours des événements: ils ne pou,aienl que fausser le problème, éncr,·er le peuple par l'attente et exaspérer leurs artversaires. Et comment, dè, lors, pouvaient-ils espérer pour le roi une politique de clémence? Pour gue la Révolution, après avoir jugé le roi, lui flL grâce de la vie, il fallait que tous les partis réconciliés pussent opposer aux soupçons d aux lla1oesuoe unanimiLé généreuse. Et les Girondins ne paraissaient ménager

808 HISTOIRE SOCIALISTE la tète du roi que pour faire tomber la tête de leurs adverrnires. Robespier,e, exaspéré, se répanclail aux Jacobins en paroles implacables. Cfpe11danl, à travers toutes ces intrigues, le procès du roi avançait lentemcnl. L",1cte énonciatif d"accusalion était prèl enfin. li était fonclé sur les actes publics du roi depuis !"origine de la Révolution el sur les p~piers trouvés aux Tuilerie~. A ceux qui avaient été trouvés dès le 10 août s'étaient joints ceux que lloland, sur les indications du serrurier Gamin, avait découverts le 20 noYembrc. Louis X\'I avait fait pratiquer llans un mur, d~rrière un panneau, un trou fermé par une porte de fer; el c'est dans celle « armoire de fer •, qu'il cachait des lettres, mémoires el documents. Le serrurier qui avait fait !"armoire, épouranlé de son secret, s'était décidé, après trois mois d"hésitalion cl d'angoisse, à tout révéler au ministre de l'Intérieur. Roland, en procédant à la siisie des papiers, commit une faute terrible. Avec son habituel orgueil, el son impatience de tout contrôle, il opéra seul. Il ne se fil adjoindre aucun cles membres de la Commission chargée de clas-er et d'étudier les papier;: déjà trouvés. JI se réservait ainsi de faire devant la Con• vention un coup de théâtre. ~fais aussitôt, un soupçon formidable séle1·a, el auquel il s'était mis lui-même dans lïmpos,ibililé de répondre. Qui sail s'il n'a pas fait un choix parmi ces papiers? Qui sait s'il n'a pas éliminé ceux qui pouvaient compromellre ses amis? 11 les avail lus avant ùe les porter à la Convention, puisque lui-même déclara lourdement que• plusieurs membres de la Constituante el de la Législative paraissaient y être compromis>. li avait donc pu faire un triage. Le bureaucrate ranileux et ~ot ne pou rail opposer à ces soupçons terribles que• sa vertu•· A vrai dire, on peul tenir pour certain qu'il n·avail détourné aucun document. ~lais quelle étourderie chez ce censeur implacable cl cbagrin, cl comme il élail temps qu'il disparût! )!'., Roland reconnaît la faule commise: • li se conduisit en homme probe cl sans défiance; il n·agit point en politique qui pré1oit tout cl ménage les amours-propres. Roland n'a point de tort réel dans celle atTairc; )liais il y a uue faulc de conduite el de précaution. ,> Au fond, les papiers de l'armoire de fer ajoutèrent peu de chose aux charges qui pesaient sur Louis XVI. Son grand crime, c'est d'avoir trahi la Révolution el la France. C'est d'avoir manqué à la parole que bien cle, fois il avait donnée à la nation. Or ce crime était suffisamment démontré par toute la conduite de Louis XVI depuis 1789. « Louis, le peuple français vous accuse d'a\·oir commis une multitude de crimes pour élahlir votre t) rannie en délruirnnt sa liberté. " Et, sur ce thème, l'acte énonciatil rappelait le 17 juin, la marche des troupes royales au 14 juillet, la fuite à Varennes, le massacre du peuple au 10 août. Ce que les papiers trouvés aux Tuileries établissaient, c'est que Louis XVI

HISTOIRE SOCIALISTE 869 avait tenté, au moyen de la liste civile, de corrompre les hommes de la Révolution. Ce qui ~e mêla de tristement vénal à la politique de Mirabeau,« le grandhomme dont on ne peut plus prononcer le nom •, comme dit alors u1, Conventionnel, apparais-ail au jour : et la Révolution !aisait un crime à Louis DIUL''UàRB EST.I\B\'UI DB LOUIS XVI •r 01 SA. PAlULLB (O·aprê, une cmampe du Musêe Carnavalet.) XVI de toutes les trahisons ou de toutes les déraillances dont il avait été l'artisan. Le document le plus grave, ou qui un moment parut tel, est l'étal des pensions que Louis XVI continua à servir à sa garde licenciée, m~me à ceux des soldats qui avaient émigré. C'élail la complicité flagrante avec l'émigration. Mais le défenseur de Louis XVI put établir que ces libéralités avaient cessé quand le roi eut appris qu'en elfet les bénéficiaires avaient émigré. UY • '27i. - BJSTOJhESOCIALISTE, - LA CO~VfNTION NATIONALI. LIT. i7i.

870 HISTOIRE SOClALlSTE Louis x,·1, d"ailleur•, tira parti de la maladrc,se de Roland : il dil qu'il n'avait pas été admis à a,sister à la saisie et au dépouillement des pièces et que peut-<'lrc des documents qui lui auraient fourni le moyen de répondre avaient disparu. Les Montagnards, qui haïssaient Roland et qui étaient sors d"accabler Louis XYI sous d'autres charges, faisaient assez bon accueil à ce système de défense : ils afîectaient clene pas attacher grande importance à ces paµiers dont Roland avait, suivant eux, affaibli la \'aleur probante. En g~nêral, d'ailleurs, ks révolutionnaires se faisaient une idée inexacte des rapports de Louis XVI ayec ses fr~res et avec les émigrés. Jls prôtaient au roi un plan de contre-r6volulion, un système de résistance et de trahison beaucoup trop suivi et lié. lis ne ,avaient pas, comme nous le savons aujourd'hui par la correspondance de la reine el de Fersen, à quel point l'émigration fut souvent importune à Louis XYI el à ;\larie-Anloinelte, et combien ils Ja redoutèrent. L·t complicité du roi avec les puisrnnces étrangères était démontrée ou plulôt rendue sensible à la Révolution par dïnnombrables indices; mais les preuves manquaient. Il n·y avait rien dans les papiers des Tuileries qui rot !"équivalent des charges terribles contenues dans la corre,pondance de l?ersen. Si celle corre~pondance avait été saisie, la Révolution aurait dO instituer d'emblée un procès de trahison contre la reine aussi bien que contre le roi; et c'est sans doute une sentence immédiate qui aurait été portée contre celui-ci. Ici encore, l'accusation, mal secondée par des documents incomplets, 1/Uonnait un pru. Les révolutionnaire, ne se représentaient pas très exactement les rapports du roi et des s.ou\"erains étrangers. Us ne soupçonnaient pas les résistances opposées par les empereurs d'Autriche aux demandes dïntervention du roi et de la reine. llS interprélaient mal le traité de Pilnilz, qui était, en réalité, une manœuvre savante pour éluder les instanues de la Cour de France. Marat allait jusqu"à supposer qu'on avait fait disparaitre des papiers des Tuileries un exemplaire du traité de Pilnitz portant la signature de Loui, X \"J. L"acte d'accusation ne frappait juste, t>n ce point, que lorsqu'il reJJrochail à Louis XYI de n'a10ir pas communiqué Je traité de Pilnilz aussitôt quïl !"avait connu. Mais ici encore, la preu,e faisait défaut. Louis XVI répondit qu'il l'avait communiqué tout de suite. C'était faux, puisqu'il résulle de la correspondance avec Fersen qu'il l'avait eu en mains dès septembre 1791. ~lab on ne pournit lui opposer aucune pièce décisive. Les papiers des 'fuileries furent donc pour les révolutionnaires une déception, et comme ils se heurtaieuL déjà à des difficullés juridiques, comme il paraissait à beaucoup de Français qu'il était difficile de demander compte à Louis XVl des actes antérieurs à l'acceptation de la Conslilution en septembre 171Het à l'amnistie générale qui l'accompagna, Il y eut dans l'accusation un peu de tlollemeot. c·esl à cette impre;sion que cédait 'Marat lorsqu'il demandait qu'abandonnant tout ce qui étail ou amnistié ou contestable, on concentrât l'aoousatioo

HISTOIRE SOCIALISTE 871 sur la journée du Dix-Ao1lt. Elle était, suivant lui, 1111 a,$assin;1I du peuple par la fourberie royale, el cela devait rnffire. Là il n'y a\'ait pa~ à discuter, aucune chicane d'avocat n'était possible, el le jugement pouvait être porlé en un jour. La proposition de llfaral était puérile, il était impossible d'isoler ainsi la jonrnl•e du Dix-Aotil. Le roi ne pouvait êlr·" incriminé, pour ses actes de ce jour-là, <1ueparce que depuis des années il trahis-ait sour<lemenl la Révolution. S'il avait été un roi vraiment constitutionnel el loyal, ,'il aYait été fidèle à $Ou serment, à la liberté cl à la nation, le soulèrnment du peuple aurait été une révolle coupable, un acte factieux : le roi, en se défendant, aurait défel)du la Constitution elle-même et la volonté de la nation, et ce sont les as,aillants seuls qui auraient été responsables des accidents de la lutte. Le sy,tèmc arbiltaire cl impralicalJle imaginé 1>ar ~laral témoigne de l'inquiétude el de 1'11êsitation ùe, e,prils. C'est dans la matinée du 11 décembre que Louis XVI parut pour la première fois il la barre de la Com·enlion pour entendre la lecture de l'acte d'accusation et répondr~ à l'interrogatoire. Bu·ère pré,idail. L'habile el distingué député de, Hautes-Pyrénées aYail grandi, itc en autorilc depuis les conflits violents de, Girondins et de la ;1ontac:ne. Etait-cc par calcul ou par sagesse de tempérament cl naturel équilibre cl'c,prit '? Il avait :,u se garder ùes passions haineuses el étroites de l'un el de l'autre parti. Quanù Louvet lança sa téméraire accmation contre Robespierre, Bar~rc la fil éC<lrler par l'ordre du jour: rnai,; en même temps il ne dissimula pas son mépris, ou tout au moins son dédain pour Robespierre, en qui il voyait un petit génie. Ainsi, dans l'équilibre où il rn maintenait, il y a~ait quelque hauteur. Barère, précisément parce qu'il ne :,'engas,eail à fond dans aucune des passions étroites et partielles qui divisaient el amoindris.aient la Ré1·olulion, participait à la grandeur tot.1lc de celle-ci: il en dérn<'lail toujours le mouvement d'ensemble, et il savait le rendre visible. JI ne portail pas la RérnluLion au centre de son ôlre, comme Danton, mais il savait, par nn calcul c~acl des forces, dégager la ligne générale, el il s·y accommodait. Ainsi il retrouvait en souplesse la largeur naturelle d'esprit cl de volonté qui faisait de Danton l'égal üe la Révolution. El dans l'adre:;se de Barère, il y avait eucore de la fierté. La Con,enlion, en l'élevaol à la présidence duraut ces jours tragiques, avait signifié qu'elle cherchait un point d'é<1uilibre. Elle essayait d'échapper aux agitaliuns furieu:;c, de la Gironde sans tomber sous le sombre despotisme de Robespierre. La séance du 11 décembre fut assez terne. Il y avait satis doute quelque chose de dramatique à voir le descendant de tant de rois absolus comparaitre en accusé devant les représentants de la nation alîranchie. C'était la souverai• nelé d'aujourd'hui jugeant la souveraineté d'hier.

872 l!ISTOIRE SOCIALISTE Marat a traduit cette impression avec une assez grande force, non sans un mélan,,e trouble d'orgueil et d'humanité. " C'était un spectacle bien nouveau et bien sublime pour le penseur philanthrope que celui d'un despote, naguère environné ne l'éclat de sa pompe et de l'appareil formidable de sa puissance, dépouillé de tons les signes imposants de sa grandeur passée, et traduit comme un criminel au pied d'un tribunal populaire, pour y subir son Jugement el recevoir la peine de ses forfaits. Le règne des préjugés serviles est donc enfin pas;è? Oui, il l'est sans retour, même pour les classes du peuple qui a,·airnt été les plus avilies par le despotisme, et chez lesquelles la réflexion pouvait le moins faire éclore le sentiment de la dignité du moi humain, car les tribunes ont vu paraitre l'ex-monarque sans donner le moinrlre signe d'approbation ou d'improbation; j'aurais dit avec la plus par:aite indifférence, si elles avaient pu ~tre indifférentes au jugement d'un tyran. • Que devait-il se passer dans l'âme de l'ancien despote des Français, traduit en criminel devant une assemblée de ces hom·nes, sur lesqneL, il dédaignait autrefois d'abaisser ses regards, de ces hommes qu'il appelait : mes sujets, de ces hommes qu'il lai-sait morfondre dans ses antichambres lorsqu'ils venaient demander quelque grâce, de ces homme, que d'insolents valets, couverts des couleurs de la servitude, repoussaient avec dureté, insultaient avec audace, et opprimaient impunément? A en juger par son air et son maintien, on le croirait instmsible au changement de sa fortune et aux dangers de sa position. Hé quoi/ la perte d'un trône brillant et de tous les plaisirs d'unr cour voluptueuse 1t'est donc rien à ses yeux! On pourrait le croire d'ap,·ès la manière aont il en jouissait lorsqu'ilç étaient en sa possession. Combien de (ois, cédant à un go1itnaturel, n'a-t-il pas quilté ces délices qui (ont l'objet des désirs de tous les cœw·s ambitieux, pow· vaquer aux pénibles travaux des arts les plus grossiers, comme si l'instinct, en dépit de "orgueil, l'eût ,·amené à la place que lui avait destinée la naturel • On doit à la vérité de dire qu'il s'est présenté et comporté à la barre avec décence, quelque humiliante que fOt sa position ; qu'il s'est entendu appeler cent fois Louis Capet sans marquer la moindre humeur, lui qui n'avait jamais entendu résonner à se~ oreilles que les noms de ~lajesté; qu'il n'a pas témoigné la plus légère impatience tout le temps qu'on l'a tenu debout, lui devant qui aucun homme n'avait le privilège de s'asseoir. « Qu'il aurait été grand à me;; yeux dans son hu,11iliation, s'il avait été innocent et sensible, et si ce calme apathique fût venu de la résignation du sage aux dures lois de la nécessité 1 » Mais déjà, après le 10 août, après l'internement au Temple, les esprits commençaient à être blasés sur ce grand spectacle de l'histoire. Et rien, dans la séance du 11, ne .renouvela l'émotion. L'acte d'accusation était d'une teinte un peu grise. Barère dirigea l'interrogatoire avec convenance et dignité,

IIISTOlllE SOCIALISTE sans obséquiosité el sans insolence : m1i•, pour évitrr sans doute l'apparence d'un débat entre l'accusé el lui, il sr bornait à poser les questions san~ presser Loui, XVI, ~ans e,S1)t'r dr lui arracher ou unP-c,pliration ou un a,·eu. Louis X\'I, d'autre part, fai,ail des réponses.très brèves, oui ou non, 011 bien il di,ait d'un mol que les füils qui lui étaient reproché, rr~ardaienl ses ministres respomahles. Il s·e,pliqu,1il avec une sobriété prudente comme s'il el)l craint de laisser échapper des propos compromrttanls. el il réduisait, pour ainsi dire, au minimum la surfacti ofTerle à l'ennemi. Pas une fois il ne se découvrit par un geste hardi et fier : el celle rencontre du roi el dP la Convention eut je ne sais quoi de médiocre el de placide. Au fond, chacun sentait que rel appareil ju~iciaire était un peu vain, el que des rai,on, polit igue,, des raisons d'État décideraient la sentence, l'inclinant à la clémence ou à la sévérité. La Con- ,cntion écoutait, daas un silence absolu. • Souvene1.-1ous que vou, (!tes des juges.» Mais ce silence était, ,i je puis dire, un silence !le parade. Cc n'était pas le recueillement de l'esprit inquiet: c'était une formalité Ioule e1lérieure el une sorte de convenance. N'arriva-li! pas au Pré:-i,lrnt <le dire (c'est qnand Louis XYI comparut de nouveau): • Qu'aucun murmure ne s'élève; 11011sommes ici à une cédmonie f1111èbre. • Ce n'était pas un ,irnnl qu'on jugeai!; c'était, pour beaucoup de juges, le cadavre de la royauté el du roi qu'on exhibait av anl de le clouer à jamais dans le cercueil. Le roi, par son elTaceme:it, semblait acquiescer à celle sorte de mort tacite. Ce n'esl pas qu'il manquât de courage el de fermeté, il répondait avec une tranquillité de visage et d'accent qui alle,t~il une sorte d'impassibilité d'Ame; et cette placidité un peu molle, en face de la mort, n'était pas tout à fait sans grandeur. Ce n'est pas non plus qu'il el)t fail dès lors el sans réserve le sacrifice de rn ,ie. li est difficile à l'instinct de conservation d'abdiquer tout à fait, el il e,l ingénieux à su~ciler l'espérance. D'ailleur~, les lenteurs mêmes du procès, les divi,ions des partis. les bésitalions 1isibles de la Gironde pouvaient suggérer au roi l'idée que des chances de salut restaient encore. Et c'est peut-être pour les ména;er qu'il se livrait le moins possible el s'abstenait de tout éclat. Au demeurant, il manquait cl'andace. li n'avait pas, quoiqu'a fl)t assez irritable, ces mouvemenls de passion profonds et soudains qui, toul à coup, font éclater les habitudes de réserve el de pr,,clcnce, el jaillissent en un cri émouvant. Peul-être aussi portail-il la peine d'avoir été roi. Le pournir absolu supplée, par l'appareil de te, reur el tle majeslè dont il enveloppe le so11\·erain, à l'e!Torlde la personne. ~'aire un grand elforl personnel c'el)t été, pour Louis XVI, avoue, qu'il n'était plus roi. Toujour,, dans sa bonhomie discrète cl nn peu terne, il y avait eu l'orgueil de la royauté. El il ne renonçait pas volontiers à. cet orgueil indolent.

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