Jean Jaurès - La Convention

210 IIISTOIHE SOCIALISTE lumière de l'e-prit qui apais,ll les haines. Il y a dans la splendeur de p arole de Vcrf(niaucl je ne sais quoi de trouble, la brume d'une pensée inconsista nte. Il ne dit p:1,,au peuple de la Révolution : Frappe le roi; il ne lui dil pas : Sau,c-le: il lui clil : Délibère, et ordonne un chaos que nous-m~mes ne >usne sarons pas délir,,uiller ... li olîre au peuple tout son sang, parce qu'il n·a pas autrr chose à lui olîrir. El lr mélancolique appel à la mort est, comme l'appPI au peuple, un moyen ,uprtime d'ajournemPnt et d"éva,ion. )lais quel drame que ce procù•, où les deu, hommes, les deux chefs d e Rè1olulion, se heurtant à propos de la mort du roi, invoquent sur eux-mi'mes 1'omhre de la mort! Et l'on se demande loul bas : ~lais qui donc e,t en jugement? c·est le discours de B:trère qui fixa les tragiques incertitudes de la Con - 1enlion. li fut nwrveillensem-'nl hahile dan- le d,•lail de l'argument. Il résuma avi,c force les crime, et les Lr.thi-ons du roi, et il conclut à la 11,ort, sans appel au peuple. C'est lui, je crois, qui détruisit le mieu, le s,,1, hbme de l'inviolabilité royale. Oui, si le roi avait ac·ccplé loyalem~nl cl pratiq ué la Constitution, el s'il avait en,uile commb une faute grave, il aurait été inviolabJt, pour celle faute, car ayant créé entre la Cvn,lilution et lui un l ien, il aurait été cou,ert par elle. ~lais pas un moment il n'a rnulu l'apJJliqucr, pas un moment il n'a élé lié à elle. Il ne peut l'invoquer maintenant contre le peuple. A la rigueur, il pou,ail se servir de l'inYioltbililé cons\ilulio11nelle pour rt'•sbtcr aux pouvoir, constitués qui auraient voulu entrcpr·endrc wr lui. li pouvait, par exemple, refuser de se lai,ser juger par l(! Lé1sblative q11i , ayant élé formée dans le cadre mème de la Con,litulion, ne pou1ail se substituer à elle, m~me pour la venger. ~lais l'inviolabilité ne valait pas contre la Corncnlion qui arnil puisé ,on pouvoir à des sources beaucour1 plus profondes que la Constitution désorm;iis tarie, à la sou,eraineté populaire. Et contre l'appel an peuple, l.larère lit ,aloir, outre les rai,ons poliliqm• • dejà in,oquées si fortement par Robespierre, un argument ingènieu, et neut. 011 peul ~oumellre à la ratiOcalion du peuple une loi, mais le procès du roi n·cst pa, une loi. On peul môme lui soumellre un Jugement, mais le procès du roi n'est pas un jugement, puisqu'aucune des formes judic iaires ne peul vraiment ôlre observée. Le procès est en rèalilé • un acte de s1lut public, une mesure de sôrclé générale •· Toutes les formes de discu ,siou Clonlcet acte est enveloppé n'en modifient pas le caractère. Elles serven t, au contraire, à lui donner Loule son efficacité en ralliant le peuple, par la publicité des débats el la dûmonslralion des crimes du roi, à la décision de salut national prise par la Coll\·ention. C'était concilier mcnei lh·usement la thèse abnq Le rnulenue d'abord par Robespierre el Saint-Just avec l'ample p rocédure adoptée par la Convention. ~lais un acte de salut public, une mesur e de sôreté gfnérale ne sont pas soumis à la ratification du peuple. Uan, Lou, le,; pe>inls du discours méthodique de Barère c'étail même

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