Jean Jaurès - La Convention

800 HISTOIRE SOCIALISTE Robespierre excessif el impolitique. El il se fait de Marat une idée assez fausse. Celui-ci élail parfois très avisé el très prudent, attentif à ne pas surexciter les forces de conlre-révolulion. Précisément, en ce mois de décembre, il hlilme Cambon d'avoir, par sa motion sur le budget des cultes, • soulevé les prêtres conslilutionnels », et il insère une lettre de quelquesuns d'entre eux. Sur le procès même de Louis XVI, il est certain qu'il condamne la méthode de Saint-Just el de Robespierre. On sait qu'il tenait Robespierre en très haute estime : c'est le seul homme qu'il n'ait jamais attaqué. De même, il avait élé frappé par les premiers discours de Sainl-Jusl, el il caractérise sa manière avec beaucoup de finesse : « Le seul orateur, écrit-il lei" décembre, qui m'ait fait quelque plaisir à la tribune, c'est Saint-Just. Son discours sur les subsistances annonce du style, de la dialectique et des vues. Lorsqu'il sera mûri par la rêne.don et qu'il renoncera au clinquant, il sera un homme : il est penseur. • Mais, sur ce point, il se sépare de Saint-Just el de Rohcspierrr. Je note qu'il ne loue pas le discours de Saint-Just sur Louis XVI. En fait, l'opinion très nette de Marat est que Louis XVI doit êlre jugé selon les formes. Il craint que si ses crimes les plus évidents ne sont pas rappelés au pays en un procès solennel, la sentence de mort rencontre des résistances. Il dil dans son opinion : • • Votre Comité de législation a fait voir, par une suite de raisons tirl\es du droit naturel, du droit des gens, du droit civil, que Louis Capel devait être amené en jugement. Cette marche était nécessaire pour {instruction du peuple .-car il importe de conduire à la conviction, par des roules différentes el analogues à la trempe des esprits, tous les membres de la République.» Or, il est clair que le procédé sommaire de Robe•pierre ne lui parait pas de nature à produire la conviction : il n'est pas « analogue à la trempe des esprits ». El comme Marat a déposé son opinion écrite à la Convention le 3 décembre, précisément le jour même où parlait Robespierre, il est très vraisemblable qu'il a marqué quelque irritation des vues de celui-ci. La thèse intransigeante el tranchante de Robespierre pouvait donner à Marat, par contraste, une apparence de modérantisme. Si M. Hamel n'avJit pas été absorbé el fasciné par la contemplalion de Robespierre, s'il s'était reporté aux écrits de Marat, il aurait trouvé très plausible le propos que lui allribue Dubois-Crancé. Marat in~iste sur son idée : Louis XVI doit élre jugé aoec apparat el sévérité. Et, dans le numéro du 13 décembre il se pla\nt, lui si pressé pourtant d'aboutir, d'impatiences irréfléchies qui risquent d'ôler au jugement de la Convention une part de son autorité:

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==