Jean Jaurès - La Convention

IIISTOIRE SOCIALIS'l'E 801 qu'ils avaien~ volé la mort, mais un geste de la nation leur avait arraché la hache au moment où elle s'abatlait sur la tille du roi. lis étaient la violence vaine, le crime impuissant, et leur front était éclaboussé d'une tache sanglante, sans qu'en el!et le sang eût coulé. Le roi, quelle que fôl la peine pc,rlée par le pays, si srulemenl elle était moindre que celle portée par la Convention, était désormais au-dessus de celle-ci : il recevait de la nation une inviolabilité de fait, et il pouvait railler la Convention. Les contre-révolutionnaires allairnt s'écrier de toutes parts : Comment laisser la direction de la France ;i une Assemblée qui vient d'èlre désavouée par la France, et qui, dans une question terrible, a montré à la Fois qu'elle n'avait ni assez de courage pou·r prendre seule les responsabilités, ni assez rle clairvoyance pour accorder sa décision provisoire au sentiment 1,rofond du pays? Ils demanderaient la dissolution de la Convention et des élections nouvelles : la France révolutionnaire destituée de tout gouvernement, de toute force directrice, se disloquera dans l'anarchie juste à l'heure où les puissances coalisées redoublent ù'elforl contre elle. Et la Convention u·aura aucun moyen de se détendre, ca,· quel est le factieux qui craindra pour sa tête quand la Convention n'aura pu faire tomber la léle du roi? Jamais la Révolution ne courut un plus grand danger. Le vole de l'appel au peuple, c'était ln perte de la France révolutionnaire. Comment les Girondins ne virent-ils pas ce danger elîroyable et évident? Ou comment passèrent-ils outre, el par quelles raisons cherchèrent-ils à s'étourdir? lb alléguaient d'abord la souveraineté de la nation. C'est Vergniaud qui donna à l'argument sa tormule la plus forte. Les décisions des assemblées ne valent que parce qu'elles sont présumées être l'expression de la volonté générale. Donc, « tout acte émané des représentants du peuple est un attentat à sa souveraineté s'il n'est pas soumis à sa ratification formelle ou tacite. El pour le juge'llent de Louis une ratification tacite ne suffit pas. La mort est irréparable, et si la nation improuvait la sentence de mort, il sera il trop tard. D'ailleurs, c'est le peuple lui-même qui, par la Constitution de iïfü, avait donné l'inviolabilité au roi: c'est le peuple seul qui peut lui retirer celle in1iolabililé. • Mais comm, t Vergniaud peut-il oublier que cette inviolabilité, le peuple l'avait donnée au roi en 1791 par l'intermédiaire de ses représentants? Puisqu'ils avaient pu engager sa volonté, ils pouvaient la dégager. Comment Vergniaud pPul-il oublier encore que bien d'autres actes irréparables et irrévocables avdient été accomplis sans que la sanction du peuple e0t été demandée? Il n'y a pas que la mort qui soiLirrévocable : ce n'est point le fait phy~iologique de la mort qui importe, ce sont ses conséquences politique,. Or, la suspension de la royauté et la proclamation· de la République ont des conséquences sur lesquelles il n'est pas possible de revenir. Et il était étrange que

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