Jean Jaurès - La Convention

oos ll lSTOl!l E SOC IALlSTE cnli~re. Le temps est arrivé enfin d'appeler l'attention de chacun d'eux sur ce qu'ils doivent Olre dan, la baL,nce politique. Le ju~ement de Louis XVI vous en fournil l'occasion; vous seriez cour ahies de la laisser échapper ... Si ,ous voulez n"èlre plus opprirnés par celle poignée d'hommes qui osent parfois YOUScommander \'Oire volonté; si vous voulez être à l'abri des ravages de la corruption el de la misère, des orages de l'ambition el de l'anarchie qui dévorent celle ville, pour y travailler, dan, l'isolement de la paiî et de la verlu, à celle Conslilulion qui doit faire le bonheur ou le malheur de 25 millions d'ho•umes; enfin, si vous voulez conserver P<1ris, le moment est venu, sachez en profiler. li faut enfin que tous les départements soient instantanément les organes de leur propre volonté; il faul que celle volonté générale, hautement prononcée, étouffe toute volonté partielle, el présente ainsi l'espérance et le moyen d'une insurrection paisible et nationale contre les desseins de quelques ambitieux ou l'erreur même el la tyrannie des représentants, s'ils devenaient coupables. » Yoilà le vrai fond de la pensée girondine, voilà la vraie rai~on ùe la tactique de la Gironde. Aussi, chacùn pouvait bien s'abandonner, en ce qui touche la mort du roi, ou aux inspirations de sa pitié, ou aux préoccupa lions de politique extérieure, et il!; inclinaient certainement à une politique de clémence, mais il, évitaient de s'engager si à fond, dans tel ou tel sens, que le jugement des assemblées primaires pût être pour eux un désaveu. lb avaient un peu l'altilude cl l'état d'espril de juges en première instance qui voudraient pouvoir dire, en toute hypothèse, que le jugement d'appel 11uiinter- , iendra est, au fond, une confirmation de leur arrêt. En tous ces calculs, les Girondins n'oublient qu'une chose : c'est que jeter celle q ues lion redoutable dans des milliers d'assemblées primaires où intrigueraient les nobles el les prêtres, où s'opposeraient les di verses factions révolutionnaires qui, dr Paris et de la Convention, commençaient à se dessiner à travers la France, c'éta;t déchaîner la guerre ci vile et perdre la Révolution. Peu l-êlre, pour les Girondins eux-mômes, était-il déjà trop tard. lis n'auraient pas été partout les mallres des assemblées primaires; en tout cas, dans les régions mêmes où ils croyaient dominer, il y aurait eu des chocs violents. Je ne puis oublier que dans le département même de Buzot, dans l'Eure, sa politique était très combattue: lluzol, nichou, Lemaréchal, Savary, Dubusc votèr~nt l'appel au peuple; les deux Lindet, Duroy et Bouillcrol votèrent contre. Barbaroux recevait de Mar• seille les plus sévères averti,s ·menls. l<:tje me demande si la Gironde ne se bâtail pas de provoquer, par l'appel au peuple, une manifestation des dépar- . tcmcnls avant que son influence y ait été trop fortement minée. Un moment, le génie rie Vergniaud parut emporter les esprits au-n"1111os de tous les calculs et de toutes les combinaisons. C'était le privilège_ de ce grand homme que même quand il ser.,,n ou paraissait servir un parti étroit, il donnait tant de noblesse à sa caus,: lU'eiie

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