HISTOlllE SOCIALIST& 815 homme qui pourrail étreporlé au pouvoir suprême par l.1 force de la popularité et par le prestige encore éclatant de la tradition monarchique? Je nesnîs ' si les appréhensions de Buzot étaient sincères: je ne !e crois pas. Sans doute le duc d'Orléans avait joué depuis l'origine de la Révolution un rôle équivoque. On a,·ail cru surprendre sa main et son or dans les agilations Qui aboutirent aux journCes des 5 el 6 octobre. Or, à ce moment, il n'y avait pas de républicains en rrance: et en renversant Louis XVI, le duc révolutionnaire ne pouvait a,•oir d'autre but que de le remplacer. Depuis la proclamation de la République, il a,•ait affecté de siéger el de voler avec l'exlrêmegauche. Il a,•ail donné à Marat, pou.r ses presses, une subvenlion que Holand lui arnH refusée. Et peut-être Buzot voyait-il là le jeu éternel des princes démagogues qµi, pour aller plus silrement vers le pouvoir, suivent les crêtes de la Révolution. Le fils du duc d'Orléans, le duc de Chartres, élait aux armées, a\'ec Dumouriez: on lui avait ménagé à Jemmapes un rôle éclatant, et par lui un rayon de la gloire révolutionnaire se réfiéchissail sur toute lâ famille. Buzot et ses amis J ouvaienl s'imaginer que les farouches démocrales de la ,\lontagne considéraient le duc d'Orléans au moins comme un en-cas. Si la nopubli<1ue ne s'acclimatait P,Oint en France, si le vieil instinct monarchi• 11ucse soulcvaH, le duc d'Orléans serait le roi élu de la Révolution: il serait ohligé, pour lutter contre les frères du roi, pour s'assurer contre eux un point d'appui, de conserver dans l'ordre poliliqueel social les principales conquêtes ré\'olulionnaires. El en o.ulre, il achèterail par de larges prébendes el de belles p1·:1sions le silence complaisant de ces Jacobins affamés qui connais• saie.nt le secret de ses intrigues et qui pouvaient le perdre dans l'opinion du monde. Voilà peut4lre ce que se disail Buzot, pour justifier et pour nourrir }6:) craintes qu'il affectait. L'histoire. qui a vu aux pieds de Bonaparte tant de révolutionnaires assagis et chamarrés, et qui a ensuite conduit au trône des Bourbons, par le détour d'une Révolution, précisément le fils du duc d'Orléans, ne peul opposer à ces inquiétudes un démenti vigoureux. Pourtant, il est malaisé de croire qu·en ces premiers jours cle 1793, quand la République toute neuve était rayonnante de victoire et d'espérance, quand elle faisait battre le cœur de la nation et des armées, les démocrates de la Con,·euLion aient pu se livr~r aux calculs où s'humilia plus lard la Révolution lassée et exsangue. Buzot ne pouvait pas sérieusement se figurer que Robespierre et Danton et Saint·Jusl allaient li\'l'er la llépublique et oindre du sang de Louis XVI le front d'un prCtendanl vicieux, làche el méprisé. C'était surtout rnanœuvrc et tactique. 'l'aclique redoutable el perfide et qui un moment embarrassa et exaspéra la .Montagne. Repousser la motion de Buzot, c'était s'exposer à l'accusation calomnieuse de ménager, en la personne de l'un des Bourbons, respoir d'u'ne restauration royale, Sacrifier le duc d'Orléans, c'était proclamer que Louis XVI n'était pas le seul ni peut--être le plus grand péril:
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