Jean Jaurès - La Convention

894 lllSTOIRE SOCIALISTE Je ne sais si ~Iallel du Pan a bien démôlé les raisons qui portaient les Girondins à demander l'appel au peuple sur le jugrmcnt du roi. :\lais la contradiction éclate entre leur préférence systématique pour le régime repri,seutatif cl leur motion d'appel au peuple.Celle-ci, visiblement. n'était et ne pouvait ôtre, pour eu,, qu'unemanœuvrc occasionnelle. J"ai, éjà noté, il est vrai, dans l'étude sur la Constituante, que celle idée d'un appel au peuple avait été émise dès les premiers jours de la llévolulion par un fulur Girondin, par le même Salle qui la proposa pour le procès du roi. C"était à propos du veto smpensif. Salle l'acceptait à condition que le peuple consulté putmellre, par l'expression directe de sa volonté, un terme au veto royal. El déjà Ilobe~pierre \ui combattait le veto suspensif amé bien que le t·eto absolu, dénonçait dans ie système de l'appel au peuple une trompeuse aJ)parence de démocratie qui permellail d'accepter, en fait, des solutions contraires à ïa démocratie. Tandis que, pour les démocrates robespierristes, l'action du peuple devait servir à appuyer contre la Cour ou contre les ennemis de la Révolution les décisi,,ns les plus hardies des représenlanls révolutionnaires, elle devait $ervir, pour ceux qui s'appelèrent les Girondins, à éluder les problèmes les pins pres,ant,, à dissiper dans la responsabilité vague du peuple lointain les responsabilités immédiates de ses délégués. Pour les uns, elle était un excitant, pour les autres un dissolvant : el voilà pourquoi on ne peul attribuer qu'une ,aleur de circonstance à la thèse des orateurs git'ondins invoquant soudain à propos de Louis XVI la souveraineté directe de la nation. C'était, au fond, un moi•en dilatoire. L'appel aux masses, contraire à leur lactique foudarnenlale, n'était guère qu'un procédé d'ajournement : le peuple, qui savait la défiance habituelle de la Gironde à son égard, ne pouvait voir nn acte de foi en celle rnanœu vre désespérée. Les Girondins invoquaient un autre argument el commettaient une autre inconséquence. C"étaient eux qui, pour mieux assurer la victoire intérieure de la Révolution, avaient dé.:balné la guerre. C"étaient eux qui avaient lancé un défi au monde en annonçant la chute de tous les trônes et l'universel triomphe de la liberté. C'étaient eux qui avaient dit et répété à la Fraucc révolulionoalre que les germes de Révolution abondaient chez tous les peuple,, que les esprits étaient mùrs pour un ordre nouveau, el qu'ils n'allendaieiù qu'un signal de la liberté française. Or, voici que tous les or.tteurs girondins affirment maintenant qWl le monde est travaillé par l'esprit de contre-révolution, que les peuple.a IODt réfractaires à la Ilévolulion, on meme Irrité, et Indignés coutre elle, et que si la Convention, en assumanl la responsabilité directe de la mort du roi, fournil un aliment ou un prétexte aux passions hostiles, toutes les forces de l'univers vont se combiner contre la République française. Voici Salle qui s'écrie: • Oui, ,:iloyens, Je vous le dis, parce que Je vous dois la vérité, oui,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==