Jean Jaurès - La Convention

lllSTOlllE SOCI.\LISTR fjj() déliHéS d'un cauchemar. En donnanl la mort au roi, ils s·e,pO>aienl à larecevoir. Ils allaienl marcher désormais à travers h menace des poignards ca• chés. El la veille même du jour oü elle allail frapper le rui, la Révolution avait so11 martyr i\ elle. La morl avait r(•ser\'é il la H(•\'nlulion celle sublime priorilé. Le ~0 au soir, Loui, fil ~es adieu, au, siens rl recommanda qu'on ne les lais•fll poinl redescendre. 11 rnulail garder 11011 seulement son courage, mais sa lranq11illit6 d'âme, pour porter la morl -an, rléfaillance. Il veilla avec son confesseur, un 1,r~trr non assrrmenlé, )1. Edgc\\orth, jusqu'à deux heures du malin, puis s'endormit jusqu'à cinq heures. « J'ai, dit-il, relrouYé mes forces •· Ye1·;; ',euf heures, au moment de quiller le Temple, il remit à un orficier municipal un papier, qui élail son !e,tamenl. C'est'la voilure du maire qui le p•,rta du Temple à la place de la Hévolulioa. Dans le trajel, il lut les prières d~s agoni,;anls el les psaumes de Davirl. Paris était calme, un peu morne. L'afnuence clans les rurs étail médiocre; la circuhlion pru active. La grandeur tragique ,Je l'é\'é11emP11t srmhlait avoir refoulé la, i,, c,t6rieure de la cité dans la prùfondcur des cœur,. L'échafaud était entouré par I Iusieurs bataillons de la garùe nationale qu•' Santerre commanrlail. Le peuple était au delà ... Louis, rrmis aux mains de l'exécuteur, tlla lui-même son habit et son col. JI ne voulait point d'aoord se laisser allachcr les mains; il s'y résigna sur un mot dit à voix basse par son confes,eur. Toul à coup. il s'avança sur le côté gauche do l'échafaud, le visage très rouge, et se mil à parler au peuple. Avail-il gardé quelque espoir ù't'lre délivré par la foule? A\'ail-il cru quP des fidèles le sameraienl à la ùerni/'re heure, ou que penl-être le peuple, ému, lui ferait grâce·? Plusieurs l'ont cru 1, cc moment, cl Santerre l'a clil à ~lercier du Rocher: ils ont conjecturé que si Louis s·a,lressail à la foule, c'étail en e[el dans l'e,p(•rance de l'émou,oir. Yaines hypothèses qu'il esl à jamais impossihlc de 1érifier. li y a toujours <les replis de l'àme humaine oü la clarté de l'histoire "" pénètre pas. li est certain que Loui, s'était pr(•paré à la mort: el c·csl :;ans doute audevant de la morl qu'il croyait aller. « Je meurs innocent, dil-il d'une voix très haute el très cli,tincle; je pardonne à mes ennemis, el je désire que 111011 sang soil utile aux Français et qu'il apaise la colère de Dieu •· ~11isles tambours de la garde nationale, sur l'ordre du général Unruyer, roulèrent cl couvrirent sa voix; il semble qu'il eùt voulu parler plus lo:tglemps enco1·e. JI pous,a un cri de colère. Il ne lutta pas cependant. \ dix heures dix minutes, sa tête tomba. Le canon du Pont-Neuf, qu'un momenl on avait songé à tirer pour annoncer l'exécution, re:;la muet. Il ne fallait pas, selon un de ces mol~ éloquents cl lerrilJ!e~ qu'imvrovisait alors la passion révolutionnaire, que la tête d'un roi fit en tombant plus de bruit qu'une autre tète.

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