Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOC1ALIS1'E illais c'est dans la Conrenlion même, pendant que les secrétaires dépouillaient le srrulin, q11ïl y eut une émotion violente el elfervescenle. Le bruit se répandit que les sulîragr, étaient (•gaiement partagés, qn'une voi~ suffirait à saul'er Louis. Ouchasl~I. malade, rl qui n'avait pas pris part au premier appel. arriva en robe de chambre ,,t demanda à voler. On savait qu'il était contre la mort. Allait-on l'admettre? L·, gauche nia que les secrétaires l'avaie.nl fait mander, qu'ils av,oient abu,,' ,le ce qu'ils pournienl connaitre le résultat avant la Convention pour tenter ce dernier elforl el faire pencher en fal'eur de Louis la balance immobile. Qui sait s"il, n'avaient pas profité aussi de l'incerliturte el de l'ambiguïté de certains 1oles pour manipuler les sulTrages? Voilà justement Manuel 'JUi sort de la Conwnlion en emportant ui,e liste. Que signifie cela? Quoi'. une intrigue du bureau •auverail le tyran! Quoi! tous ses crimes seraient impuni,! Quoi! le sang de ses victimes ne serait pas vengé, el l'Europe se rirait d'une llévolulion débile qui n·ose pas rrapper la trahison el qui restaure, par une fausse pitié qui esl encore de l'adoration, l'idole cle la monarchie I Non, non, nous sauverons la liberté! nous sauverons la pairie'. Cel émoi de la ~fontagnc était vain, car la majorité avait condamné Louis à morl sans condition cl sans sursis. Le président (c'était Vergniaud) proclama à dix heures du soir le ré,ultal, légi'rPmenl rectifié depuis. En fait, el vérification faite, voici comment les voles s'étaient répartis: sur les 71,9 députés: il y av:1il eu 1::;absent, f)ar corn mission, 7 malade,,::; s'étaient volontairement abstenus. li y avait eu donc 721 volants el la majorité absolue élail de 361. 2 avaient ,·olé pour les fers, 280 pour la détention, 2 le bannissement à la paix, ou pour le bannissement i111médial, ou pour la réclusion (quelques voix ayant ajouté : la peine de mort conditionnelle, si le territoire était envahi), 46 avaient voté pour la mort avec sur,i,, soit apri's \"expulsion des Bou ri.Jons, soit à la p1ix, soit à la ratification de la Constitution; 361 avaient volé pour la mort; el 2ù avaient volé pour la mort, en demandant une discussion sur le point de sa\'oir sïl conviendrait à l'intérêt public qu"elle fill ou non dilféréc el en déclarant leur vole indépendant de celle demande. Ainsi, au total, il y avait, pour la détention ou la mort condilionncllc 331 voix, el pour la mort sans condition, 387. Absents ou non ,otanls, 28. Quel intérêt a donc M. Oaresle, historien conservateur el consciencieux, à négliger dans son calcul les 26 qui, tout en demandant qu'il fOt statué sur le sursis, votèrent la mort s1ns condition? Lui est-il agréable de constater que la majorité pour la mort ful loul juste égale à la majorité a.bsnlue, à 361? ~lais le Girondin Sal!e lui-même reconnut en séance, le 17 au soir, que la majoril • était d'au moins 40 voi.,; en fait, elle fut de r,3 voix. Plus de la moitié des 740 Conventionnels vota la mort. ~lais en vérité, est-ce que c'est par une èvaluali,)n numérique que se jugent ces grands el terribles événements 1

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