Jean Jaurès - La Convention

IIJSTOllrn SOC:I.\Ll'lTE salut 1l()s ré,olulions. li Il(' pardonrlf'ra pa, au, homme, qui ont inlj•IJ• une trop longue attente au rè1e ab,olu de ,011 r·,pril, a lïmpaliencc dr so•, o:·c:11,·11, et comme il ne faut pa, que la Hrtu ptri,,r, il a,,ur1•ra la vicloirt• d,• ce qu'il se complait à appeler la minorfü·. 1,ar la mort et par la terreur. L11imème, il sait bien que, dan, cette âpr · lutt,·. il ri,q11e sa vie : il é\'01111e !"échafaud de Sidney pour y monter à ,;on tour, el rr qu'il y a dt• Lr;,ciqu<', c'est qu'en effet il y monlrra, mais qu'il y ft'ra monter d'ahorcl c,·ux contre lesqucl:; il se prévaut m.1inlenanl du suhlim,, pri1 ilè,;e ,le la mort. Yncniand, que Robespierre essaie de dominer, en c,• monwnl. du haut de I écha aucl de Sidney, y montera avant lui et par lui. Ah! •111l'I formidable céhat de priorité va s'ouvrir! " On nous accuse, s'écrie Yergniau,I, on nous drnoncc, comme on fai,:iit le 2 ~cptrmbre, au fer des assa~sins ! ~!.lis nous rn1011, 11urTibériu, nr,,rchus péril par le:; mains d'un peuple égaré, quïl a\'ail con,tamment clé'ernlu. :-.on sorl n'a rien qui nous (•pou1 ante: 110/,•p sanq rst 011 7,e11ple; 11,,11., 1·11111·,ms qu'un re_qret,celui de n'en 'lVOir pas davantage â lui ol{l'ir. • c·e,t comme une émulation de tous les partis de la Ri•1olution, el <le tous ses grands hommes, dr\'ant la mort. A tnu~. l'hisloir<' offre de c:loricu~ précédents dont ils s'emparent. de noble, aralo,:ies dont ils se réclanwnl. Oui, il y a, dans l'histoire, promesse de mort pour tou,, el cnYrr- Lou, la Ré\'olution s'acquittera. lis ont déjà le vertige du ,acrilirc, et la dan~ereu,e ivresse de la mort est en eul. La 11,orle,l une solution commode qui di,pensc de chercher d'autres solutions. La Révolution menacée ne pou1ait sr, 1uH'r que par !"unité d'action drs révolutionnaire,. Cette unité (l'action, ils n'auraient pu la ré.1liser qu'en renonçant aux prétention, rxcl11siles el au\ ,oupçons démesurés, et en affirmant ce quïl y J\'ail rlr commun el (]",-ssenticl dans lrurs tendances un peu cli\'erses. JI leur fut plu, facile de la réaliser par si111plificalion, c'est-à-dire par e,lermination. La mort n'rst pas le plu, grand sacrifice : il est plus aisé de donner sa vie que rl'humilier ~on or::ueil el d'abandonner sa haine. El le danger de la mort, c·csl qu'en donnant à l'homme l'illusion du sacrifice total, elle le détourne el le dbpense d'autres ,acrifices plus profonds, elle ajoute un surcroit d'orgueil à l'orgueil qu'il rût ftllu dompter, el elle donne je ne sais quoi de sacré aux passions que l'homme renonce à rétluire. 11 me semble encore que chez Yergniaud l'ombre de la mort prolon<:e en mélancolie l'incertitude de la pensée. On sent, sous la magnificence oratoire, je ne sais quelle indécision. li soutrrail sans doute de ne pas avoir un conseil précis et immédiat, une politique ferme et claire à apporter au pc111,t,, tourmenté. Lorsque Périclès, après avoir con,eillé à Athènes la guerre contre Sparte, éprouva, aux premier;; revers, la colère du peuple, il fit front avec une admirable sérénité : il ne parla pas de la mort. parce <1u'ilavait des co•1seils précis à donner, un plan vigoureux el net à développer, et c'est la pure

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