HISTOIRE SOCIALISTE 881 • On a dit que s'il n'c,islail point de loi qu·on pOl appliquer à la circons- • lance, on opposerait à Louis Capet la l'Olonté du peuple. • • Voici ma réponse, ajoute Desèze: je lis dans Jean-Jacques Rousseau ces paroles : « Ni la loi qui condamne, ni le juge qui doit prononcer ne peuvent s'en « rapporter à la volonté générale, parce CJUI' la \'Olonté générale ne peul, comme • volonté générale, prononcer ni sur un homme, ni sur un fait. • « Ainsi parlait Louis à \'Olre barre, ainsi parlait Rousseau instruisant les peuples à la liberté. » Je crois que Dubois-Crancé force le sens des paroles de Desèze, Cl m~me quïl le fausse·. Lor,que l'avocat disait (Dubois-Crancé n'a pas reproduit te,- luellcmrnt les termes): « On a dit encore qne s'il n·e,istait pa~ de loi CJt1'on pùt appliquer à Louis, c"était à la volonté du peuple à en tenir lieu •, il ne sOnieait point à la procédure de l'appel au peuple el ce n·est pas elle qu'il rnulail combattre. Il voulait démontrer bien plus : l'impo~sibililé absolue de juger Louis XYI. Il affirmait qu'il n·y avait point de loi appli~able à Louis XVI et qu'à détaut de loi, la volonté du peuple, de quelque manière qu'elle s'exprimât, ne I ouvail l'aloir. Il n"écartait pas la consultation des assemblées primaires; il refu,ail à la Convention elle-même le droit de juger au nom de la volonté du peuple. Quant à la question même ùc l'appel au peuple, Desèze se gardait bien de l'aborder, soit pour le demander, soit pour le corn. batlre. Combattre l'appel au peuple, c"était pcut-êlre fermer la seule porte de salut qui pouvait s'ouvrir devant Louis X \ï; c·étail dé,armer la royauté, vaincue mais obstinée à e;pérer encore, d'un moyen formidable d'agilalion el peutêtre de revanche. Demander l'appel au peuple, c"était rcc0n11allre d'emblée que le roi pouvait è,re jugé, qu'il relcl'ait ùe la con,ci ence nationale. Or, sïl pouvait être jugé par le peur,le, pourquoi ne serJil-il pas jugé par la Convention, organe du peuple? Desèze le dira lui-même très nettement, un peu plu, lard, quaod il inlerjellera appel au peuple aprè, la condamnation du roi : • Si nous n'avons pas élevé nouô-mêmcs celle question dans la défense de Louis, c'est qu'il ne nous appartenait pas de pré"oir que h Convention se déterminerait à le juger, ou qu'en le jugeant elle le condamnerait.> De plus, De,èze et le roi qui n'ignoraient certes pas qu'un parti puissant dans la Convention inclinait au système cle l'appel au peuple, ne voulaient point compromettre ce système en l'adoptant. Ils ne l"auraient fait que s'ils al'aient été ré•olu; ù déchainer les pas,ions des parlis pour tenter de se glisser entre eux et d'échapper à travers la tempôle. Or, c·est au contraire à une défense bénigne et calmante que s·arrèlèrenl les conseils du roi el le roi lui-même.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==