Jean Jaurès - La Convention

861 HISTOII\E SOCIALI!:iTE présenter ses ather,airrs comme des anarchi,les altérés de sang, clic s'obligeait à témoigner de la répugnance pour toute œuHe de mort. Comme un jour, ù la Convention, Jean Bon Saint-André invoquait les morts du Dix-AoQl pour ht,ler le jugement du roi : « Voilà. écrivait Brissot, des ombres transformées en bourreaux. • Enfin, il se peul qu'en octobre el novembre la Gironde ail compté sur la force éblouissante de la victoire pour résoudre toutes les difficultés. Valmy, Jemmapes, Chambéry, Spire, Franclort, la Belgique, la Savoie, l'Allemagne •.• qui sait si l'Europe elJrayée et fascinée ne demandera point la paix? Est-il sage de rendre les négociations plus difficiles en jetant aux rois la léle d'un roi? Et ne sera-t-il 1,oint glorieux à la liberté victorieuse de raire grO.cede la vie au roi félon el parjure? Cil sera effacer, pour le monde, la tache de ~ang que septembre a mise au front de la République. Ce sera ouvrir une ère d'humanité apai,ée;• et la victoire de la Gironde sera complète : \'icloire sur la contre-révolution el sur le vieux monde, victoire sur" J'auarchi,me meur. trier• el sur la barbarie. Voilà les pensées qui fiollaicnl dans. l'esprit de la Gironde. Mais elle ne les formulait point en une politique courageuse el claire. La clémence envers le roi élail liée à la paix avec le monde. Or, tantôt Brissot pressentait le péril de la guerre illimitée, tantôt il se laissait aller aux im_prudentes efTusions de la propagande rél'olulionnaire universelle. L'amnistie pour le roi supposait aussi l'amnistie pour les révolutionnaires. Il eût été mouqrueux d'épargner le traitre, el de frapper ceux qui avaient été conduits jusqu'au délire du meurtre par sa trahison. Or, la Gironde dénonçait sans cesse cl menaçait les hommes de septembre, c·e,t-à-dire dans l'état de confusion OH étaient rc,tée, les responsabilités, tout le peuple ùe Paris. En déchirant le voile qu'elle avait d'abord consenti à jeter sur les journées de seplrmbre, la Gironde rendait impossible à la nation de jeter sur les crimes du r ,i un voile de dMaigneu,e pitié. Ainsi, il n'y avait dans la politique de la Giro11!lequ'ob,curité el contradiction; el ne rnchanl pas précisément ce qu'elle voulait, elle to'élail plus, malgré son agitation extérieure, qu'une force d'inertie, d'immobilité cl d'ajournement. Marat note que les chefs girondins se sont ab,tenus de prenilre part au débat sur l'inviolabilité royale : • On se rappelle, écrit-il le 6 décembre, le projet des meneurs de la clique rolandine projet que j'ai dénoncé il)' a quelque temps) de ne point parler à la tribune sur l'inviolabilité de Louis Capel pour ne pas décel~r leur royalisme; mais de faire plaider s, cause par les roquets au,quels ils devaient applaudir de toutes leurs forces pour exciter les apJ>laudissements des ~peclateurs soudoyé~. Ce projet est di'jà mis à exécution. On n'a entendu à la tribune m Guadet, ni Gensonné, ni Lacroix, ni Buzot, ni Brissot. ni Roland, ni Kersaint,

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