874 HISTOIRE SOCIALISTE Enfin, il avait contracté clepuis trois ans une sorte de dup\icilé. li s'ét:i.it donné l'air d'accepter la Constilution tout en la trahissant. Mais toujours, dans ce mensonge, il y Sv ait eu quelque chose d'amorli et d'étouffé. Louis XVI avait cru. en ne poussant jamais à bout une seule de ses pensées contradictoires, s'absoudre lui-même du rêproche de perfidie. li a,•ail ,•écu eu une sorte d':1mbiguïté blafarde, en un horizon fantastique, étrange et brouillé ob la· royauté qui se couchail à l'Occident et la souveraineté populaire qui se levait à l'Orient, avaient rnêlé leurs rayons el leurs ombres. El celle lueur double, voilée et équivoque, ce demj.jour un peu éteint, ,·acillant et faux, élaient restés clans sa pensée. Il n'étail plus capable, même quand sa vie était en jeu, même devanl ses sujets d'hie1·, devenus ses juges, d'un accès de sîncérilé violente et simple. Déjà le mensonge, cette morl anlicipée, avait rait de lui presque une onibre. Les Girondins curent l'impression gue celle séance, si pâle qu'elle fO.t. avail créé de l'irréparable; aucun incident n·avail surgi qui permîl de suspendre, d'ajourner ou même de ralenlir la marche du procès. Le roi n'avait excité qu'un intérêt très fail>le.La Montagne, résolue à le perdre et sachant qu'elle le tenait, le regardait $ans colère. Marat, dans sa feuille, afTecLait, comme on ra vu, de parler de lui sans violence. Il louait Malesherbes d'avoir courageusement accepté la dérense. Mais c'était là la sérénilé abrupte el farouche d'un parti qui savait que la mort était à ses ordres, el qui ne prenait plus la peine de hair. Les dénégalions évidemment mensongères du roi, qui refusa presque toujours de reconnaitre sa signature au bas des.documents qu·on lui présentait, provoquèrent quelque mépris. Elles détruisirent l'impression favorable produite d'abord parson app8.rence de bonhomie lranquille et de calme 'dans le danger; elles découvraient le fond stagnant et corrompu de mensonge permanent qui dormait sous cette apparenle simplicité. Ainsi, le procès allait fonctionner irrésistiblement, et la terrible machine, que les Girondins eux-mêmes, tout en la redoutant, avaient dû mcllre en action, ne s'arrêterait plus: d'un glissement doux et presque silencieux elle trancherait enfin la vie du roi. Grand triomphe pour la Montagne qui avail su vouloir, et qui bénéficiait de toute action réelle. Grande défaite pour la Gironde qui ne bénêficîait même plus des actes aux9uels elle participait, parce gu·eue paraissait rtominée et tratnée par la force des événements. Buzot tenta de réagir et de faire encore une diversion par une manœuvre latérale. li demanda aussitôt que le duc d'Ol'iéans fùt hanni. Maintenant qu'il était certain, ùéclara-t-il, que le roi disparattrait, c'est de la disparition de la royauté elle-même qu'il fallait s·assurer. Or, Louis XVI mort ou écarté, le duc d'Orléans devcn~il, nécessairement et quoi quïl voulût, un prétendant au trône. li avait dans les veines le sang des Bourbons, et il avait su en même temps caresser les partis populaires. Quoi de plus dangereux qu'un
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