Jean Jaurès - La Convention

878 HIS'fOIRI> SOCIALIS'rE Mai, si la Gironde embarra,sait sans cesse la marche du procès, elle ne l'at-r~tait pas. Elle ne fabail que se compromettre elle-môme dans une politique s"ns franchise. Elle n'avait d'autre but que de communiquer aux événements ,a propre incertitude, afin de diminuer, par la confusion des choses et des esprits, le triomphe de la Montagne ,1u'elle pressentait. C'est le 26 décembre, que pour la seconde et dernière fois Louis comparut devant la Convention. Il élail accompagné de ses conseils Malesherbes cl 'fronchet, el du jeune avocal Desèz~. Celni-ci lut, pendant deux heures, son . plaidorer. li le lut rnns doute avec une assez grande force d'accent cl une assez grande ,·éhémcnce de geste, car quand il finil il 6lail tout en ,ueur el dut demander une chemise. • Donnez-la lui, dit Louis XVI avec une familiarité touchante el un peu vulg.iire, car il a bien travaillé. » Est-il sûr que Desèze ail en cfîet bien travaillé, el qu'il ail adopté le meilleur système de défense? Il produisit une assez forte imprc,sion. 11aral dit: • Desèze a porté la i,arole ou plutôt il a lu un long mémoire fait avec beaucoup d'art » el il parle des • muyen~ de défense du tyran • qui lui paraissent • aussi faux que captieux ». Le Patriote Français aualy:;e le discours de Desèze avec une sorte de complaisance, et les Ri'vot11tio11sde Paris Jp réfutent longuement el violemment. Deux choses, je crois, ,Jans le plaidoyer agirent sur la Conrnntion el la trou!Jlèrent. C'est d'abord lorsque 11",èze, avec une certaine adresse et une certaine force, insista sur le caractère extraordinaire du procès. « Je parle de condamnation, mais prenez donc garde que si vous ôtiez à Louis lïnviolabilité de roi, vous lui devriez au moins les droits de citoyen, car \'ùUS ne pouvez pas faire que Lcuis cesse d'être roi quand çous déclarez ,ouloir le juger, el qu'il le redevienne au moment de ce jugement que vouti voulez rcnflre. « Or, si rous voulez juger Louis comme citoyen, je vous demanderai où sont les formes conservatrices que tout citoyen a le droit imprescriptible de réclamer? • Je vous demanderai où est celte séparation des pouvoirs sans laquelle il ne peut pas exister de Constitution el de liberté? • Je vous demanderai où sont ces jurés d'accusation et de jugement, espèces d'otages donnés par la loi aux citoyens pour la garantie de leur innocence? « Je vous demanderai où est celle faculté si nécessaire de récusation, qu'elle a placée elle-même au devant des haines ou des passions pour les écarter? • 'Je vous demanderai où est celle proportion de sulîr,1ges qu'elle a si sagement établie pour éloigner la condamnation ou pour l'adoucir? • Je vous demanderai où est ce scrutin ,ilencieu'I qui proyoque le juge

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