Jean Jaurès - La Convention

IIISTOII\E SOCIALIST" 1023 conduits ou plutôt entrainés à cette politique. ~fais dans les premier• mols de 1793 elle les effraie. ;,;e risque-t on pas de s'aliéner toute la bourgeoisie marchande? El si les cultivateurs rnnl liés par des taxes réglementant les échanges, ne cesseront-ils pas de souhaiter et d'acheter les biens nationaux ·1 Dès lors les racines par lcsqueile;; la Ré1oiution plongeait tous les jours plus profonclémcnl rlans la terre peuvent sécher. En outre, où flnil le commerce lé!(ilime, où commence l'accaparement? Soulev~r ces problèmes c'est jeter la Révolu lion dans l'inconnu : c'est diviser la grande armr-e révolutionnaire, au m(!menl même où elle doit faire face à des ennemis sans nombre au dedans el au dehors. Le 22 février. aux Jacobins·, Robespierre le jeune, qui était certainement l'écho de son rr<'re, disait: • Les discussions trop réj•élées sur les subsi,tances alarment la République•· el à sa demande h ,orièlé p,issait à l'orrlre du jour. Ceux qui appelaient surtout l'attention du pe11ple sur la que,lion des subsistances, ceux qui l'inquiétaient et l'alfolaieul en e,a,zérant le péril ou en envenimant dr leurs propos les wufîrauces de la crise, étaient bien près d'être considérés p8r le gros des Jacnhi,v; commr de, inlriganls qui cherchaient à décourager le peuple, à le détourne~ du g-rnnd comhal révolutionnaire. El c'est là ce qui eiaspérail contre eu:r )lural. Celuici, qu'on le remarque bien, était un lernpéramenl violent au ser,ice d'une politique modérée. li ,oulail supprimer par tou, les moyens, mi'm,, par le glahe, les hommes, les partis qui lui parai,,aienl dangereux pour la librrlé, mais il rnulaiL aussi éviter les complications inutiles, tontes· les démarches téméraires qui ajoutaient au, embarras de la Révolution. Il n'aurait ,ouiu ni de la rnppression du régime corporatif, qui troublait des inlérôl,; el des habitudes, ni de la. suppression des litres de noblesse qui exaspérait ,ans pl"oflt les vanités; il s'Hail opposé à la déclar4lion de !(lierre: il s'était emporté contre ceux qui proposaient la suppression dn hurlgel des cuite,: il avait demandé qu'en Belgique on ménageât les préjugés catholique, cl les prétentions cléricales. li écartait ainsi de la l\érnlution les ùane:c,·s rl les pièges: et il conseillail une politique prudente servie par de, moyens sanglants. Or voilà que tout à coup des forcenés, ou des écenelés, ou cics conspirateurs propo•aienl une ta,ation g-énoralc du blé qui allait ameuter contre la Ré1olulion les marchands même lwnnète,, lescullirnteurs môn,e patri Les! Voici qu'au moment où il faut que la Ré,·olulion soit calme ponr démentir les déclamations furieuses de la Gironde, des intrigants ou des stipendiés veulent imposer un système qui provücp1era partout l~ soulhement et I rlésordre ! Dans celle convulsion sociale la trahison des Girondins disp;irallrail ! Non! non I qu·on arrache le masque des pétitionnaires! Il en est parmi eux qui sont des aristocrates inf:lm,•~, el les autres rn11l dupes ou complic,'; ! Ainsi allait la pensée de llarat, el tout de suite, a\'eC sa fougue de sincérité et de colère, et au risque de compromellre sa po1>ularilé lerritJle, il fonçait sur l'ennemi. Ce n'était pas 1111 démagogue \Ulgaire, cl li. Thier,, qui a dit

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