HISTOIRE SOCIALISTE 857 source. C'est précisément parce que la Convention n'avait pas un mandat purement judiciaire, mais un mandat politique, un mandat total, qu'elle devait juger: car il était impossible de séparer le jugement de Louis XVI du jugement d'ensemble porté sur l'étal politique el social de la France. C'e0t été démembrer la souveraineté et la diviser mortellement contre elle-môme que de détacher, du pouvoir1>olitiquc total qu'exerçait la Convention, le jugement du roi où la vie politique totale de la_ nation était enveloppée. El qu'on n'objecte pas que la nation était à la fois juge el partie, et que cela est contraire à toute justice. Quand un roi a trahi une nation, où trouver, dans celte natiO[! m~me, un citoyen qui ne soit pas à la fois juge et partie? • Faudra-l-il donc, s"écriait un Convenlionnel, chercher des juges dans une aatre planète? • Il serait étrange que la nation ftH désarmée de son droit de juger par lïmmensité même du crime qui, en blessant Loule conscience et toute vie, relire à tout un peuple et à tous les individus de ce peuple la vulgaire impartialité du juge. En ce sens, ce n'est pas seulement à la Convention, c'est à la nation tout entière que de Sèze aurait pu dire : « Je cherche en vous des juges et je ne trouve que des accusateurs •· i\lais ces paroles ne sont terribles que pour Louis XVI qui, en trahissant tout un peuple, obligeait tout un peuple à être à la fois accusateur et juge. i\lais, dès lors, n'y aurait-il pas eu plus de franchise à frapper et à ne pas juger? C'est ce que disent à la fois, par une curieuse rencontre, Kant et Robespierre. Kant considère que la Révolution aurait eu le droit, par exemple au Dix-Août, de frapper le roi, comme on frappe un ennemi dans le combat, mais que prétendre le juger, en substituant un droit nouveau au droit ancien, c'était une dérision. « Et moi, s'écria Saint-Just dans son discours du 13 novembre, je dis que le roi doit être jugé en ennemi; que nous avons moins à le juger qu'à Je combattre ... Je dirai plus : c'est qu'une Conslilulion acceptée par un roi n'obligeait· pas les citoyens; ils avaient, même avant son crime, le droit de Je proscrire el de le chasser. Juger un roi comme un citoyen, ce mot étonnera la postérité froide. Juger, c'est appliquer la loi. Une )oi est un rapport de justice : quel rapport de justice y a-t-il donc entre l'humanité et un roi? •.. Le procès doit être fait à un roi non point pour les crimes de son administration, mais pour celui d'avoir été roi, car rien au monde ne peut légitimer celte usurpation, et de quelques illusions, de quelques conventions que Ja royauté s'enveloppe, elle est un crime éternel contre lequel tout homme a le droi\ de s'élever et de s'armer· elle est un de ces attentats que l'aveuglement même de tout un peupl ne saurait jusliller .... On ne peul point régner innocemment: la folie en est trop évidente. Tout roi est un rebelle et un usurpateur. • C'est un sophisme. Car ai Saint-Just ne fait pas abslraclion de l'histoire,
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