Jean Jaurès - La Convention

l!ISTOIRE SOCJALIS'l'E ----------- inscrire volonlairemcnl ceux qui voulaient se consacrer à la défense de la pairie. Dans le cas où l'inscription volonlaircneproduisail pas le nombre d'hommes lhé pour chaque commune, les citoyens élaienl tenus de Je compléter sans désemparer, el pour cet effet ils aùoplaienl le mode qu'ils lrouvaienl le plus ro111enable, ou Je sort ou le scrutin à la pluralité des voix. Quel que fnt le mode ailoplé par les citoyens assemblés pour compléter leur conlini:enl, le complément ne pouvait être pris que parmi les garçons el veufs sans enfants, depuis l'à~e Ile 18 ans jusqu'à 40 ans accomplis. Toul citoyen appelé ù marcher à la défense de la patrie avait la facullé de se faire remplacer par un citoyen en élal de porter les armes, âgé au moins ,le 18 an,, et accepté par le comeil général ùe la commune. Ceux des citoyens qui se faisaient remplacer étaient tenus d'armer, d'équiper et d'habiller à leurs frais les ciloycns qui les remplaçaient, el ils en élaienl responsables jusqu'à cc qu'ils fussent reçus an corps gui leur était désigné. c·esl, comme on ,oil, une combinaison de l'engagement volonlaire el du recrnlcmcnt forcé. Au fond, sauf la faculté du remplacemenl, la conception était llémocralique el égalitaire. Pourquoi la Convention admil-elle les ciloyPns à se faire remplacer? Est-ce un reste de ménagement pour « l'aristocratie des richesses»'? une faveur à la bourgeoisie? Ou bien pensa-l-elle que beaucoup de bourgeois, assez peu habitués à la vie difficile et dure de la guerre, seraient de moins bons soldats que les robustes gaillards qu'ils pouvaient se substituer à prix d'argent? Le caicul fut en cc cas bien médiocre, car de pau\'TeS hères, débilités et presque in(lrmes, se présentèrent au remplacement. Plusieur, m~mes, par fraude et pour cumuler plusieurs indemnilés, s'offrirent dans plusieurs communes, ou, à Paris, dans plusieurs sections, el il y eut de ce chef un assez notable déchet. Très probablement, la Convention avait élé séduile par la pensée de faire conlribuer les riches aux frais de la guerre, puisqu'ils devaient équiper et armer ceu~ gui les remplaçaient. Mais ce système, discrédité par les fraudes et les abus, se heurtera bientôt à l'e,prit d'égalité. Il est nssez curieux que la Convenlion ait permis à chaque commune de dé~i~ner, par la ,oie du scrutin, ceux qui devaient partir. Il se 1•ouvail qu'un clan rie village, abu,anl cle sa supériorité numérique sur le clan ,uiverse, désignât celui-ci. JI se pouvait encore que, dans une commune la n,ajorilé conlre-rérnlutionnaire envoy,\l aux armées la minorité palriule ou réciproquement. Enfin (et un peu plus tard cela ,e semi! certainement produit en plus d'un point si le système avait duré), il était possible que les 1,auvr s, les prolélairPs s'entendissent pour euv0) cr à l'arn,ée les riches, les bo11rgeois, les possédants de la commune, dont les bieus seraient ainsi livrés ,ans contrôle aux iucnr,ions des s,rns-propriété. E,t-cc pour obvier à celle ma11œuvre que la Convention avaiL prévu le remplacement?

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==