1028 IllSTOIRE SOCIALISTE mai,on en mai,on dans le sombre quartier, de la rue Saint-Denis à la rue du Temple, les détails tragiques, el il s~mblail, avec un art loul sacerdotal, irriter les plaies de misère par un âpre espoir de représailles. Un peu plus tard, en juin, une citoyenne, parlant de Jacques Roux aux Jacobins, marque bien les etîels dù cruauté profonde el presque sensuelle dont le prèlrc pénélrail les fllllCS: « Dans la section des Gravillie1·s, il nous parlait 'de la tête de Louis Capet; il ,wus repl'ésentail cette tète ,·oulant ,ur l'écltafaud, et cette idée nous réjouissait. Depuis que la tête de Capet est tombée, Roux a toujours te 11101 d'accapareur â la bouche. " Ainsi il allait, dans les rues où se pressait le peuple, dans les modestes boutiques où l'artisan allendail le client, il s'enlrelenail avec Lous, avec les femmes comme avec les hommes, sachant, par son expérience d'Église, que la l'emme pouvait jouer un rôle décisif. El on voil bien par quelle lransilion il passait du roi aux accapareurs : A quoi vous servira-l-il d'avoir coupé la tète au tyran el renversé la tyrannie si vous êtes tous les jours dévorés lentement par les agioteurs, par les monopoleurs? lis accumulent dans leurs rasles magasins les denrées el les matières premières, qu'ils revendent ensuite à des prix usuraires au peuple qui a faim, aux artisans qui onl besoin, pour leur industrie, de laine, de cuir, de savon, de fer. Contre eux aussi il faul se soulever. El quïmporle qu'ils •se disent patriotes? Qu'importe qu'ils se soient prononcé pour la Révolution el qu'ils aient acquis des biens nationaux, si dan, les ,astes immeubles des couvents d'hier ils entassent la marchandise accaparée? Ces paroles entraient, el Jacques Roux, assurJ déjà de fortes prises sur les Gravilliers, ne fut nullement découragé par l'accueil brutal fail aux pétitionnaires du 12 février par la Convention cl par Marat lui-même. Puisque la Convention le prenait de haut, il fallnil lui (aire peur. Puisqu'elle refusait des lois contre les accapareurs, il fallait déchainer dans Paris un mouvement contre le;: accapareurs. contre toute celle haute bourgeoisie marchaucle, ancienne ou nouvelle, feuillantine ou jacobine, qui tenait sous sa loi le consommateur el le pauvre manufacturier. Il ne fallait pas limiter le mouvement à la question du pain, mai, engager d'une façon générale la lutte contre l'accaparement. N'y avait-il pas cle l'émotion el de l'inquiétude dans la plupart des métiers comme dans la plupart des ménages? Ainsi, le 6 février, à la barre de la Convention, les • compagnons ferblantiers > accusent « le citoyen Bois, entrepreneur pour le service des armées, d'avoir accaparé toutes les matières de manière que les autres entrepreneurs n'en onlpas et qu'ils ne peuvent, en conséquence, (aire travailler les Olllriers. lis demandent que ce citoyen soil tenu de les céder à d'autres entrepreneurs qui les feront travailler, ou de les faire travailler lui-même. •
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