Jean Jaurès - La Convention

090 HIS1'O1llE SOCIALISTE garantie de bien-être, mais c·esl un fragment d'une terre libre, c'est un fragment de liberté que recevail le soldat de la Révolu lion. La loi précisa qu'une somme de 400 millions serait réservée sur les biens nationaux à vendre, pour a,surer le service des pensions aux soldats. liais c'e,t surtout par l'ardeur d'un souffle héroîque que la Révolution sus citait des armées. La Convention oublia un moment ses divisions et ses haines pour résumer en un magnifique appel Loule l'âme de la patrie nou,elle. C'est !~nard qui, • dans un accès d'enthousiasme patriotique •• écrilil cette page immortelle adoptée, acclamée par Loule la Convention. Jamais la passion de l'universelle liberté el de la gloire impérissable ne vibra en paroles plus éclatantes el plus exaltées. En phrases courtes, rapides, amples par la continuité du mouvement cl comme entrainées â'un ~lan de victoire, Isnard anime au combat tous les citoyens de France. Oui, la coalition esl rormidablo, oui « la France libre doit lulterseule contre l'Europe esclave.• )lais• la fortune sourit à l'audace el la victoire au courage. Nous en appelons à vous, vainqueurs de .\/ara1ho11, de Salamine et de Jemmapes. • Qui donc pourrait supporter la pensée que la liberté peul di~parallrrt :;,ui donc pourrait tolérer le retour de l'ancien régime? Non, non : « Ioule la France sera un camp, toute la nation sera une armée. Que l'arti~an quille son atelier, que le commcrçan l suspende ses spéculations; il est plus pressan l d'acquérir la liberté que la richesse. Que les campagnes ne retiennent que les bras qui leur sonl nécessaires : avant d'améliorer un champ, il faut l'affranchir. • Ce n'est pas pour elle seule que lulle la ~'rance: elle porte l'avenir el les destins du monde. • Jamais cause pareille n'agita les hommes el ne fut portée au tribunal de la guerre. Il ne s'agit pas de l'intérêt d'un jour, mais de celui des siècles, de la liberté d'un peuple, mais de celle de tous. • Quelle tristesse infinie. quelle chute de toute la race humaine si la Révolu lion libératrice est vaincue I El quelle honte pour la Francesi elle n'a pas su la sauver 1 • Votre défaite couvre la terre de deuil el de larmes. La liberté fuit ces tristes contrées, el avec elle s'éva11ouil(espérance du genre humain ... Longtemps après que vous ne serez plus, des :nalheureux viendront agiter leurs chaines sur vos tombeaux el insulter a votre cendre. Mais si vous êtes vainqueurs, c'en est fail des tyrans; les peuples s'embrassent, el bonleuit de leur longue erreur, ils éleig11e111 à jamais le flambeau de la querre. » Que la France proportionne donc son elforl à l'immensité du devoir el de l'espérancel Que toutes les divisions secondaires s'efJacenl pour que tout l'elforl de la patrie sauve l'avenir : • Quelles que soient vos opinions, volre cause est commune: nous sommes tous pas,agers sur le vai~seau de la Révolulion; il est lancé, il faut qu'il

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