Jean Jaurès - La Convention

082 IIISTOlflE SOCIALISTE ligne, le, hommes de la J\évolulion aienl cru à la néccssilé du sel'vice à Joni: t,•rmc el d'un long cncasernemenl. Toules lenr, lectures au contraire, tout,,, leurs habitudes d'espril tendaient à détourner le moins p ,ssible le soltlat de la vie cilile. c·est celle inspiration civile qu'ils avaienl reçue d"œuvres comme celle de Senan, « le soldat citoyen,» qui recommandail le service universel, mais à très court terme et sur place. C'est celle inspiration qui se de1,ageait pour ,·ux de l'ancienne histoire de llome si pui,,amment commentée par ~ontesquieu, de nome qui derneul'a forle et libre tant que le soldal resta citoyen et ne s'éloigna de ses foyers que pour une campagne, qui pel'dit ses mœul's el sa liberté, quand la longueur des guerres créa les armées profes,ionnclles séparée, de la nalion. )Jais même les hommes de mêlier, les écrivains techniques de l'ancien régime avaient tourné les e,prits dans le mème sens. Je vois par exemple dans !'Essai gi,11'ral de tactique, de 11. de Guibert (édition de Londres, chez les librnires associés, 1ïî2), qui eut un si grand retembsemeal, de fortes pages qui recommandent surtout l'éùucatioa militaire sur place. li veut que l'exemple de l'éducation militaire, des exercices du corps, soit donné de haut, el se propageant ainsi peu à peu dans Ioules les classes, aille jusque dans les plus pauvres , illages former des soldats. • Le go:H des armes el des exercices mili laires ramené dans la noblesse, pa,sera bientôt chez le peuple; la bourgeoisie ne regal'dera plus l'étal de soldat comme un opprobre; la jeunesse des campagnes ne craindra plus de tomber à la milice; elle s'assemblera, les dimanches el fMes, pour disputer des prix de sauts, de course et d'adresse. Ces prix que le gouvernement fonderait dans chaque paroisse, rnudraient mille foi. mieux que la stérile el coùteuse assemblée apnuelle des milices; car ayez des paysans vigoureux, lestes, déjà accoutumés au bruit des armes el à les manier; ayez en même temps une bonne discipline et des officiers, vous formerez bientôLd~ soldats. Qu'on ne croie pas, au reste, qu'une révolution pareille dans les esprits et dans les mœurs fùt funeste ni à l'agriculture, ni à la tranquillité du royaume. Uue nation ain,i constituée n'en serait que plus portée et endurcie au, lra1atu. Ce sont les peuples laborieux qui sont les plus guerriers. Qu'un se rappelle les Romains dans leurs beaux jours, qu'on voie les Sui.•ses ! Lï-:tat y gagnerait la réforme d'une partie de ces armées nombreuses qu'il e11tretie11stur pied ... • Si enfin l'on ne veut pas que le royaume entier devienne une école de travaux de la guerre, il faudrait du moins que lorsque les soldats sont enrôlés, les exercices du corps fissent une partie considérable de leur instruction. li est étrange qu'uniquemenl dressés à manier un fusil el à garder pendant trois heures des alliludes pénibles el conlrail'es au mécanisme du corps, ils n'aient, quand ta guerre arrive, aucune J.ubilude des travaux qu'elle exige ... • Si l'on me dit que les exercices actuels les occupent déjà assez, je répondrai que c'est parce que nos manœuvres sont compliquées, nos méthodes d'ins-

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