Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALIST1'. 003 celle de Buzot. li se déclare obligé en conscience à voler la mort, tout en faisant valoir les raisons qui doivent la faire rejeter. « Je pense que chacun de nous doit dire son avis sur la peine qu'il croira juste et politique de faire subir à Louis el que cet avis doit être constaté par un appel nominal. « Maintenant, quelle sera celte peine? li ne s'en présente que dcu~ : la prison ou la mort. • Le bannissement hors de la République a aussi été proposé; cette mesure a de la grandeur, elle annonce le sentiment qu'une nation a de •a puissance; elle frappe de mépris les despotes; ce fut celle qu'employa Rome lorsqu·ene chassa de son sein les Tarquins. Mai~ ceux mêmes quiontou,·ert cette opinion ont bien senti que Louis ne pouvait pas, ~ans danger, être expulsé en cc moment du territoire de la liberté; ils ont bien senti qu'il fallait avant tout que nous fussions en paix avec nos ennemis. Louis, je le pense, ne redoublerait pas leur zèle sanguinaire, n'ajouterait rien à leur fureur et à leur horreur pour notre liberté; mais il suffirait qu'on pÎll le croire; il suffirait qu'on pût penser que Louis deviendrait un point de ralliement plus actif, pour ne pas commettre une semblable imprudence. • La prison ou la mort, c'est entre ces deux peines qu'il faut choisir. « La détention a $CS dangers; le plus grand de tous, c'est que cette peine n'est pas juste, qu'elle n'est pas proportionnée au délit. Celui qui a voulu assassinPrtout un peuple, celui qui a voulu assassiner la liberté, celui qui a fait 11i'rirdes milliers d'hommes est plus criminel, sans doute, que celui qui a arraché la vie à un individu. Si ce dernier tombe sous le glaive de la loi, comment soustraire le p1·emier à sa vengeance? La justice et la morale se soulèvent à cette pensée. « Louis, au milieu- de nous, pourrait devenir un foyer perpétue/ de divisio1iset de discorde, le cenll·e de tous les complots, de toutes les espérances criminelles et l'arme la plus terrible e11lreles mains des fac lieux. « La mort a aussi ses dangers. Je ne dirai pas que la société n'a pas le droit d'arracher ia vie à un individu: que celle peine esl aussi inutile que barbare. Elle existe encore dans notre Code, et jusqu'à. ce que la raison et l'humanilél'aient effacée, j'obéis en gémissant à cette loi indigne d'un peuple libre. • Mais celte expiation de la vie serait-elle plus salutaire que nuisible à notre liberté? Pour ahallre un trran, abat-on la tyrannie? La mort des rois ne peut-elle pas faire revivre la royauté? L'histojre eu offre des exemples mémorables. Ah I si tous les tyrans n'avaient qu'une tête, ce serait alors qu'un homme libre réaliserait, pour le bonheur du monde, ce souhait qu'un empereur barbare, enivré du sang des hommes, faisait pour la destruct)ou de l'humanité; mais un tyran abattu, mille renaissent de ses cendres.

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