Jean Jaurès - La Convention

930 HISTOIRI> SOCIALISTE homme médiocre; Jean Bon Saint-André lui parut un homme plus raisonnahie; on ne pul convenir de rien, ni sur la manière dont le général se présenterait aux Jacobins, ni sur la conduite que ceux-ci tiendraient avec lui, étant gouvernés p.1r l'affreux ~laral; il ne leur promit pas d'y aller, il n'as- ~ura pils qu'il n'irait pas. Au reste, il ne vit dans ces deux hommes sur l'affaire du roi, dont il n'osa traiter que légèrement pour ne pas nuire par trop d'nnpressement, qu'une rage grossière, digne des sauvage~, qui s'exhalait en cles termes les plus injurieux el les plus déplacés. li reconnut alors qu'il n'aYail rien à allendre d'eux. Quant au ministre de la guerre Paclte, et aux bureaux de ce département, le géniral vit qu'ils étaient soutenus avec acha,·nemP11t;que lesJacobins, dont DesfiPux se disait et pouvait bim ltre l'organe, les voulaient conserver en place, et désiraient que le grnfral Dwnourie:;,abandonnant SPS accusations contre eux, se joignft à leur faction, pour renversn· Lebrun, Garat, Clavière, et surtout Roland, qu'ils regardaient comme les agents de la faction. « Dès ce moment, il p,·it le parti de rompre ces conférences, et tl le dit à Bonne-Carrère. Alais il sentit en même temps tout le danger qui en résulterait pour lui-m/Jme. • L'entrfvue n'est pas douteuse. Desrieux lui-même en fait implicitement mention aux Jacobins, dans la séance du 'a janvier, lorsqu'il dit, d'après un procès-\'erbal très sommaire • que Dumouriez serait très flatté de venir à la Société, mais qu'il craint d'y rencontrer Marat. Dumouriez lui a déclaré qu'il ne concevait pas pourquoi la Société n'avait pas chassé ~faral. » Aussi, aprè~ l'entrerne de Bonne-Carrère, il n'y eut pas rupture. Bonne-Carrère élail dès longtemps l'ami de Dumouriez. C'est lui, comme Buzot le rappellera le 6avril, qui profilant de ses relations avec Foulon et avec la cour, aida Dumouriez à arriver au ministère: el depuis, il était resté son agent à Paris. Visiblement, il s'employa, dans l'intérêt de la fortune de Dumouriez, à résoudre le conOit entre lui el les démocrates. Jean Bon Saint-André avait attaqué à la Convention les fournis~eurs Malus, d'Espagnac, dont Dumouriez s'était servi. Il y avail inlérèl à le réconcilier avec Dumouriez et à ramener à celui-ci les Jacobins. Ils étaient une force, el ils sentaient que Dumouriez, encore éclatant de la gloire de Valmy el de Jemmapes el adoré de son armée, élail aussi une force. Ne serait-il pas possible de le mettre dans le jeu de la Montagne? El si les Girondins réalisaient leur projet d'une garde départementale, s'ils appelaient en grand nombre à Paris leurs fédérés, Dumouriez ne serait-il pas aux mains des démocrates l'épée révolutionnaire ? Des rumeurs assez signiflcali ves avaient couru à ce sujet. Je lis dans une lettre de Gouverneur Morrjs à Jefferson datée, qu'on le remarque bien, du 2f décembre f79"2, huit jours avant l'arrivée ùe Dumouriez à Paris: « Il y a quelque temps, les Jacobins avaient dépêché Bonne-Carrère pour faire ùes ouvertures à Dumouriez, dont la que-

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