HIS'l'OIRE SOCIALISTE 859 prétendu porter un jugement : il a frappé, pour se défendre. li va frapper maintenant le coup décisif, pour se débarrasser à jamais du tyran. • JI faut que le tyran meure, pour que la patrie vive. » Juger Louis XVI, c'est supposer qu'il peul /\Ire innocent: el si Louis XVI e,t innocent, c'est la France qui est rebelle, c'est la Révolution qui est un crime. Donc, pas de proc~,. pas d'acte d'accusation, pas d'avocat, pas de jugement, pas de lenteurs nouvelles, mais une mesure de salut public. Ce qu'il y a de fort dans la thèse cle Robespierre, c'est qu'il n'y a pas Jugement là où la sentence s'impose d'avance au juge, quelle que soit la !lé. rense de l'accusé. Or, après le Dix-AoOL, il n'était pas possible à la Convention de proclamer l'innocence de Louis XVI sans déchainer la contre-révolution. Il é(ait hardi, et, ea un sens, il était noble de proèlamer celle nécessité , itale de la Révolution el de ne pas emharrasser de formes judiciaires l'acte de salut de la liberté et de la patrie. Mais c'était une pensée trop forte pour la conscience hésitante et troublée de la France Celle-ci n'avait pas l'audace de frapper ainsi sans Jugement. Elle ne voulait pas se priver elle-même du bénéfice des crimes de Louis XVI, et ces crimes elle voulait qu'ils fussent constatés, pour la nation et pour le monde, selon les formes essentielles de la justice, par un débat public où l'accusé pourrait se faire entendre. Peut-être la hautaine et sommaire procédure de Saint-Just et de Rohespierre eîll-elle été possibl~ au lendemain même du Dix-Aoül : alors le décret de mort porté sans jugement contre Louis XVI eOLapparu comme la suite de la bataille. En décembre, il était trop tard; Robespierre constatait lui-même le changement cles esprits: • A l'époque du mois d'aoOLdernier, tous les partisans cle la royauté se cachaient; quiconque eOt osé entreprendre l'apologie de Louis XVI eüt été puni comme un traitre. Aujourd'hui, ils relèvent impunément un front audacieux ... • Et Robespierre conclut : • Hâtez-vous : ne perdez pas encore du temps en rormalilés hypocrites ou timides. " Mais, sans doute, il n'était plus possible de prononcer aussi sommairement sans heurter le sentiment public. M. Ernest Hamel, dans son Histoire de Robespierre, écrit à ce propos : « Est-il vrai qu'en ce moment Marat, se penchant vers Dubois-Crancé, lui ait dit : « Avec ces doctrines-là, on fera plus de mal à la République que tous « les tyrans ensemble » 1 C'est du moins ce qu'a prétendu un historien très consciencieux (Villiaumé); mais nous n'en croyons pas un mot, pour trois raisons : D'abord, parce que de tels scrupules nous paraissent essentiellement contraires au génie et aux habitudes de Marat; en second lieu. parce que Dubois-Crancé, personnage fort équivoque, ne mérite aucune créance; enfin parce que l'on a complètement omis de nous donner la moindre preuve de l'authenticité d'une pareille allégation. » Visiblement, M. Hamel est scandalisé à l'idée que Marat a pu trouver
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