Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCJ.\LISTE 889 plus odieuse qu'il parvenait à en dérober la preuve matérielle. c·e,t ce mensonge continu, profond, que Sainl-Jusl mil admirablement en lumière dans la forte réponse que, dès le lendemain 27 décembrr, il fit au discours de Desèze : « .\u moins, Loui-, vous n'étiez pa$ exempt d'être sincère ... .Je pardonnerais,, l'habitude de régner, à l'incerlilu,lr, à la terreur des premiers orages, la clis,imulation employée pour conscr1•cr des droits affreux, chers encore à une âme sans pili,•. ~lais ensuite, lor;;que l'AsscmlJléc nalion;ilc eut fait des réforme;; utiles, lorsqu'elle présenta le, Droits de l'Homme à la sanction du roi. quelle défiance injuste ou plutôt quel motif. si cc n'est la soif de régner, si cc n'est l'horreur clc la félicité puhlique, enlra,a les rrvrésenlants du peuple? Celui-li( qui disait: «.lfon peuple. mes enfants», celui-là qui disait ne respirer que pour le ho11hc11rde la nation, q,1i disait n',Jire lteureux que de son bonheur, malheurPio: que de ses mau.c, celui-là lui refusait ses droits les plus sacrés. • llonhomie menteuse, bonhomie lraitrcs,e « qui fait de la douceur et de l'apparence de la bonté, un système de tyrannie ... • Il esl facile de déguiser l'intelligence imputée à Louis avec l'empereur cl le roi ile Prusse dans le traité de Pilnilz: la just_ice n'a point matériellement vrise sur la dissimulation des grands crimes ... On ne voit vas le crime, mais an en est frappé. • Le discours de Saint-Just prononc,· le lendemain du plaidoyer de Desèze el sous l'impression directe de celui-ci ré1•èle le malaise i rrilé où il avait jeté la Con\'ention. Tous sentaient que la question était mal posée, et comme rab~issée avec une sorte de candeur cauteleuse où se continuait la tactique de dérision de la monarchie. li semblait qu'en celle suprême entrevue de la royauté et de la Ré\'olulion un choc violent dO.l se produire: toutes les consciences et Lous les esprits allPrHlaient obscurémerrt une explication décisi,·e d'où l'éclair jaillirait. El la Révolution était aux prises avec des arguties de procédure, arnc des dénégation, trop faciles dont le mensonge éviùent ne pouvait être matériellement dé- , montré. Saint-Just, d'un mouvement de co)ère, rompait ce filet irritant el médiocre : « Ce jour va décider de la République : elle est morte, et c'en est fait. si le tyran reste impuni. » Et c'est au moment où la Convention était énervée el troublée, c'est au moment où les royalistes multipliaient leurs manœuvres et tentaient d'affoler la pitié, c'est quand partout, dans les ,illes ~Llcs campagne~, les brochure,, les almanachs, les images propageaient la légende du roi martyr, que la Gironde proposa à la Convention la formidable aventure de l'appel au peuple. Elle demanda que le jugement du roi fO.tsoumis à la ratification des assPmblées primaires. Oui, formidable aventure, car d'abord, c'était un aliment prodigieux qui allait être oflerl à la propagande et à la piété royalbles. ,Sous

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