Jean Jaurès - La Convention

HJS'l'OlllE SOCIALIS'l'E 007 pouillées brusquement de J'influence particulière que leur donnail leur action centrale. Et alors, quelle que fût la décision des assemblées primaires, les Girondins triomphaient. Si la France faisait acte de clémence, si elle épargnait la vie du roi, c'était la défaite de la Montagne qui avait si implacablement demandé sa tête, c'était aussi le désaveu de ce que les Girondins appelaient la politique de sang, c'était la condamnation de ces massacres de ,eptembre que maintenant, après les avoir comme amnistiés d'abord, ils s'obstinaient à dénoncer; car si la France ne vengeait pas sur la tète du principal coupable, du chef de la trahison, les crimes commis par lui, ~i rlle avait assez de cœur pour faire grâce de la vie au plus grand des criminels, quelle excuse restait à ceux.qui, en seplemure, prétendirent venger la nation el sauver la liberté par le massacre de prisonniers inoffensifs, ou dont tout au moins le crime n'était pas encore prouvé? El au contraire, si les as,rmblées primaires votaient la mort, les Girondins se retournaient vers la Montagne et lui disaient : • Vous voyez bien que vous nnus avez calomniés, vou, el vos satellites, quand vous avez prétendu que notre appel âu peuple des départements était un appel à la contre-révolution, ou tout au moins au modérantisme; c'est par un arrêt terrible que la France vient ùe frapper le tyran, et cet arrêt rendu par lont le peuple donne à la Révolution un élan que la Convention seule ne pouvait lui donner. Notre vraie pensée éclate donc aux yeux de tous, et vous ne pourrez, quelle que soit votre scélératesse, l'obscurcir plus longtemps; ce que nous voulons, Cil n'est pas affaiblir le mouvement révolutionnaire, c'est en arracher la ru rection exclusive à ces fractions minimes du peuple qui prétendaient usurper la souveraineté el qui se laissaient dérober ensuite par quelques agitateurs habiles celte puissance illégale. En écrasant les factions et les factieux, le vote de la France a sauvé la Révolution, et la mème sentence rendue par le peuple entier a fauché la tête de la tyrannie et la léte de l'anarchie. • Ainsi, la Gironde était moins préoccupée de la sentence finale que des moyens politiques par lesquelles elle serait rendue. C'est Buzot, celui qui menait le plus âprement la lutte girondine contre Robespierre, et la bataille des départements contre Paris, qui témoigne dans son discours, à l'égard de la vie du roi, le plus d'indifférence el de sécheresse. ~ais, pour tous, il s'agissait avant tout, et quell,! que dût être la destinée du roi, de rétablir en son entier le prestige amoindri de leur parti pui,santencore. Mêmeen cet admiraule discours de Vergniaud, qui esl comme soulevé par une large palpitation humaine, et où il semble parfois que la politique s'évanouit dans la pitié, c'est contre la Montagne que se porte le principal effort, et le grand orateur semble moins préoccupé de sauver le roi que d'accabler la faction de Robespierre. • Assez el trop longtemps, dit Buzot, nos dépa1'lemenls n'ont été que simples spectateurs des événements qui ont influé sur la destinée de la France

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