Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALISTE 1)<11 el les siècles la responsabilité de leur verdict. Mais est-il vrai qu'en cr(·anl ainsi la légende, en surexcitant la pitié, le, Convenli onnels nrenl le jeu de la monarrhie qu'ils voulaient abolir à jamais, el ble"èrenl la Ré\'Olution quïh voulaienl sauver? C'c,t l'opinion de Quinet comme de Louis Blanc, el q11ann Michelet dit que cr. actes doil•enl êtrr Juf(ès • moins par leurs fruits qur par la pem,éc couragru:;c qui les dicta •• il avoue le doute qui se mêle en son esprit à son re,pccl profond pour ers grands révolutionnaires qui nr donnèrent la mort avec sécurité que p1rcequ'ils élairnt au-dcssm, d'elle. En bien des points sans aucun doute, leur esp,··rnnce rut <lf'·(uP.JI, pcuvaienl croire que la solidarité de celte trrribJ,, ,cntrnce crèt•rail au moin, entre tous le:; régicides une fraternité inclissoluhlt•; ils vont se décl,ircr les uns les autres, et, comme ,,ils ne reconnais<aicnl pas le signe révolutionnaire dont les marqua tous au front le san, du roi, il- vo11l:;r calomnier N ~·envoyer les uns h's autres à l'échafaud oü tous ensPmùle ils ra,aicnl porté. Ils pouvaient croire au,si que, par la mort, il, créaient, entre la nation el la monarchie, de l'irrévocable, de lïrréparable; que jamais la Franc,• et la royauté ne pourraient plus se regarder face à face ; de:; rois re1•iendront dernnl le,quels, au moins pour quelques jours, ;e pro,lerneront les fuule,. Ils pouvaient croire que la mort, supplice :,uprémc, donnerait 1,,mPsure du crime supr~me commi:, par le roi, et que ,a trahbon ap1 arallrait horrible, puisque l'èchafaU<I seul en arnil pu faire ju,ticc. El vuici que ù,, cœuro se troublaient, et que les larmes silencieus,•:; des femme, désavouaient la Révolution. Il l a dans la mort une ,erlu puissante mais équhoquc, une ~orle de mysticité ambigue qui exalte les forces contraire, en de, proportions que l'c~1>rilde l'homme ne peul me,mrrr. li y a des révolulionnairrs qui donnaient à la mort de Louis je ne sais quel caract,·rt• slcri!icicl cl quel si mbofüme auguste. Le journal de Prudhomme re,ètail celle iùrc d'une forme un peu barbare: « La liberté ressemble à celle divinilu des anciens, qu'on ne pouvait se rendre propice cl farnrable 11u'en lui offrant c11,acrifice la tôle d'un grand coupable. Les Druides promettaient la , ictoire i, no, anct'lre,. parlant pour une seconde campagne, <1uand ils rapportaient de la première une tête couronnée sur l'autel de l'Hercule gaulois. » Ainsi, par une co11trndiclion inquiétante, la mort de Louis, signe d'un mon de noU1·eaud'où •eraienl exclues la senilude el la douleur, semblait se rattacher dans le pa,,é à la longue chaine de, super,tilions sanglantes. Fayau, le député de la Vendée, avait donné un sens pius noble à relie foi mistique en la vertu régénératrice de la mort : • Il faut faire oublier le despote, il faut que no, neveu, i~'florcnl qu'il existe des rois; il faut enfin que tout ce qui 1·es11ire,meure ri renaissr au mommt 01, la tête du tyrrm tomhera. C'est à vos ~oins qu'est confiée la génération d'un grand pruple. Oui, c·esl rar ~ous que le peuple français doit

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==