972 IIISTOIHE SOCIALISTE « Je di< que c'est en vain qu'on veut fail'e craindre de donne,· tmp d'étendue à la République. SES LIMITES SONT MARQUÉES PAR LA NATURE. Nous les attei11dro11tsoutes des quat,·e points de l'hori:.on, du côté du Rhin, du cdtè de !'Océan, du côté drs Alprs. Là doivent finir les bornes de notre République, et nulle puissance au monde ue pourra nou, emp,'cfter de les alleindre. » Quelques semaines après, Carnot, dans son rapport du 14 f6vrier sur la réunion de la principduté de ~lonaco, et d'une partie du bailliage de Schamhourg, adjacent au département de la ~losellc, faisait écho aux paroles de Danton: c Les limites anciennes et naturelles de la F,·ance sont le Rltin, les Alpes et les Pyrénées; les parties qui en ont été démembrées ne l'ont été que par usurpation: il n'y aurait donc, suivant les ,·ègles ordinaires, nulle in/l'action à !Psreprendre: il n'y aurait nulle ambition à reconnaitre pour. frères ceux qui le furent jadis, et à établir des liens qui ne furent hris6s que par l'ambition elle-même. » Il est vrai que Carnot ajoute aussitôt: « Mais, ces prétentions diplomatiques, fondées sur les possessions anciennes, sont nulles à mes yeux comme it ceux de la raison. Le droit invariable de chaque nation est de vivre isolée, s'il lui plaH, ou de s'unir à d'autres si elles le veulent, pour l'intérêt commun. Nous Français, ne connaissant de souverains que les peuples eux-mêmes, notre système n'est point la domination mais la fraternité. • Comment, en cas de conflit, se concilierait la conception des limites naturelles avec le droit révolutionnaire de tous les groupements humains à rester indépendants? Ni Carnot, ni Danton ne se le demandent, et, à vrai dire, le problème est insoluble. Mais il leur paraissait que, dans les limites naturelles indiquées par eux, il ne se poserait pas. Tous les peuples compris entre le Rhin, les Alpes et les Pyrénées demanderaient· spontanément à faire corps avec la France. Danton samit que, si cet agrandissement territorial devait elîrayer les puissances de l'Europe, en revanche il les rassurait contre l'expansion indéfinie de la propagande. La France révolutionnaire irait jusqu'à ce qu'elle appelait ses limites naturelles, c'est-à-dire, en fait, qu'après avoir incorporé la Savoie et Nice, elle incorporerait les pays allemands cis-rhénans, la Belgique et une partie de la Hollande. Mais au delà, son action cessait. Une agitation révolutionnaire illimitée se précisait et se fixait en un agrandissement révolutionnaire et national, mais défini et limité. Carnot, comme pour entrer dans toute la pensée de Danton, démontrait que la France a1ait le droit de refuser les demandes d'annexion qui se produiraient, quand ces annexions auraient pour elfet de déformer la France, de la pousser hors des barrières naturelles qui devaient la protéger. Et c'est au nom du droit national, c'est au nom de la souveraineté nationale que Carnot marquait des limites à l'entrainement et à la sollicitation révolutionnaires des peuples. Les peuples n'avaient pas de droit sur la France : ils n'avaient pas le droit de s'unir à elle malgré elle. Il
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