Jean Jaurès - La Convention

931 IIIS'l'OIRE SOC!.\ LISTE par la ruse, mil dans l'ordre adopté une habileté de procédure de la Montagne. Il dil, en 1-arlant de l'appel au peuple : • C'l'lait encore une habileté de la )lontai:nc d·avoir fait pa~ser celle question avant celle de la peine; beaucoup de votants pou l'aient dès lors croire leur conscience en rcpo,. Beaucoup de Girondins donnèrent tian, le piège. • O sa1se historien, ~i biell\eillanl pour la Révolution, comme ,ous a,ez mal lu le procès-verbal des débats! L·ordre proposé par Boycr-Fonfrt•de, un Girondin, et qui fut adopté par la Convention, est le résultat d'une lranrnction entre deux tendances extrêmes. Les Girondins les plus exaltés, comme Louvet, demandaient que la que,tion de rappel au p<•uple fût posée la premièrr. Guadet soutint fo1'lenwnt cette opinion, et Barère la co111hattit. Un moment il y eut doute. Les Girondins al tachaient un i:rand prix à ce q~e la question fût 1,osée d'abord. Si la Convention commençait à proclamer la cuipabili té, elle fai,ail déjà acte de jucre. Elle engageait directement sa respon- ~ahilité, el comme, à ce moment, nul ne saurait si rappel au peuple serait a<lor,té ou rejeté, cette re~pomabilit(• était engagée à. fond. Dès lors, la Convention 1,enscrail-elle qu'il valait la peine de ,:écider l'appel au peuple? Au contraire, si la question de l'appel au peuple était posée la première, le droit de « la souveraineté nationale • apparaissait au premier plan. C'est pourquoi Barère, opposé à l'appel au peuple, proposait de ne l'inscrire qu'en ,econde li![ne dans !"ordre des questions. Finalement. la question de la cnlpahililé rnt mi,e ensuite. et sur ce point, on pourrait dire ou"il y a eu échec de la Gironde, des appelants, el ,icloire de procédure de la )loniagne. Mai:; quant à. l'ordre des deux dernières question,, où ~I. Dareste voit une habileté de la Montagne, c·esl au contraire une d!'faite ,le la ~Joutagne. Elle aurait rnulu qu'a!m,.s avoir statué sur la culpabilité, la Convention statuât immérliatemenl sur la peine et que l'appel au peuple fût rejeté à la fin. Elle obligeait ainsi la Convention à s'engag1'r à fond sur la question lie la peine, et elle rendait ainsi plus improhahlr• l'adoption ultérieure de l'appel au peuple. El elle ne perdait aucune chanc,• de faire ,oter la 111orl,car les hésitants pouvaient se dire: Ji- volerai la mort, m,1is j'allénuer,1i mon vote en votant ensuite l'appel au peuple. Au contraire, si l'appel au peuple arnit été rej,•té rl'ahord, ib pouvaient se r<'f"n,e'r à une sentence de mort qui était alor,, et certainrment, Mfi,dtivc. En tout cas, quelles que fus~enl les ~péculation~, birn ronjPcluralcs rl',,illrnr,, sur les suites que pouvait avoir tel ou tel o~dre, il est certain qn<· c·e,t mal~r(· la )lontai,ne que le vole sur l'appel au peuple fut inscrit arnnl le vote ~ur la p••ine. J.'appt'l nominal (il se faisait par ctéparlement) commença le mardi 15 jan,ier, Yers midi. Chaque d,·puté a l'ait Je droit de motiver sommairement son vole. Il y avait 740 membres de la Convention. 671 déclarèrent Louis coupable purement et simplement. Aucun ne dit non. Mais il y avait des ma-

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