Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALISTE 800 si large el si beau, un mol qui la rappelle, un seul:• et au méµris de .,a souverameté méco111111r •· C(• mol ne fait pas corps 11\fC cette partie du discours; il n·e~l là que par un artifice oraloin•, pour <111ctout lieu entre ce pas,age et l'ohjel même du discours ne soit p1s trop visilJlemeul rompu. Mais il n'y a la qu'un raccord factice. Ce qui serail grave, dans la condamualion à mort de Louis, ce n·e,t pas r1u'clle fût prononcée -an, que la volonté de la nation intervienne: c'est qu'elle fO.Lprononcée. Ce n'e,L plus de l'appel au peuple qu'il s'agit : c'est de l'appel à la clémPnce, et tout ce maa;nifique dé1eloppemenl serait le même ,i Yergniaud, au lieu de parler pour persuader àla Convention de se dessaissir, avait parlé pour lui demander de retenir le ju~emenl cl d'y faire œuvre de pilié. El de quelle parole audacieu,e, presque flétrissante, il caractérise la condamnation à mort : un actr dr ven(Jeance. Mais cet acle de vengeance, pourquoi le déléguer à la nation, Pourquoi du moins tcnler le peuple? Cc n'est pas seulement un acte de cruauté maladroite que Vergniaud expose le peuple à accomplir, c'est un acte de lâcheté. « Il fallait du courage, le Oix-AotH, pour renverser Louis encore puissant, quel coura~e laul-il pour eul'oyer au supplice Louis vaincu el désarmé? Un soldat Cimbre entre dans la prison de ~larius pour l'égorger; effrayé à l'aspect de sa 1ictime, il s'enluit sans oser la frapper. Si ce soldat e1H été membre d'un Sénat, doutez-vous qu'il e0t hésité à \'Oter pour la mort du tyran? Quel courage trouvez-vous à faire un acte dont un lâche serall capable?• Oui, mais s1 ce soldat, au lieu d'êLre membre d"un Sénat, c'est-à-dire de la Convention, arnil été membre d'une as,emlJlée primaire, il aurait eu également l'abject courage de , oler la mort. El ici eucore ce quo dit \"erguiaud ne porl.e pas contre Je droit de jugèr en dernier ressort que ~·arrogerait la Conveution, ni contre la mort prononcée par elle, mais contre la mort prunoncée par n'importe quelle puissance, nation ou Com~ntion. Ce n'est que par un artifice de rhétorique que toute celle argumrntalion e~t comme accrochée à la thèse de l'appel au peuple; elle en est au fond tout à fait indépendante. Mais l'idée, exprimée ou sous-entendue, de l'appel au peuple, affaiblit ce magnifique plaidoyer de clémence : elle lui donne quelque chose de factice el de lointain, puisque ce n'est pas devant celui qui e,t à ses yeui le vrdi juge que parle l'orateur. Chose curieuse! Deux fois (el ce sont ses discours les plus émouvants tout ensemble et les plus éclalantsJ, deux fois Vergniaud a mis Louis en cause : une fois à la Législali ve, pou1· l'accuser, el maintenant à la Con,ention, pour le sauver. Et chaque fois, il a donné à sa pensée, ou sévère ou clémente, un tour hypothétique et su,pensif. Qu'on se rappelle sou terrible réquisitoire : en ses plus véhémentes menaces il restait eucore conditionnel, e1 il s'arrétail à celte limite exlréme où le ge,Le de menace ,a frapper. ELde même qu'alors il suspendait sa colère, aujourd'hui il suspend sa pitié, puisque, au momenL même où Il émeut ceux qui l'écoutent, le suprême efl'et de cell.e

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