888 IJTSTOIRE SOCL\L{S'l'E • Si jr vous dis ces choses, ce n'est pas pour ddendrc ma tête : vous êtes trop dh·bés I our ôtre justes. Déjù, 1·ousépiez l'OSmoindres gestes, vous co111me111vco1s. moindres paroles, afin rl'y découl'rir J'inclice d'une complaisance pour celui que vous appelrz le tyran. li ne suffira pas d'avoir voulu ma mort; il faudra l'avoir mu lue au degré et en la forme marqués par la faction dominante. Vous êtes trop occupés à rous sur,·eiller el à vous dénoncer les uns les autres pour avoir la force de vous élever à de hautes vues et pour foire le pariage <lrs rrsponsabililé, .. \pn~., m'avoir déchiré, ,ous vous déchirerez à propos de moi. Jusr1u'ici, c'est la témérité du J;euple qui seule avüit ver,é le ,am:. )Jainlenanl, c'est la Rérnlution organisée qui fait œuvre de mort. Yous portc1. tout de suite la mort à cc sommet qui s'appelait hier la royauté; elle en descendra aisément. L'échafaud que vous dressez pour moi s'élar;,ira jusqu'à occuper tout le forum. 1"ivous étiez plus unis, si vous n·aYi<'zpas peur les uns des autres, vous audez pu, tout eu maintenant et a!Termis,ant l'Otrc llépublique, mellre la personne du roi hors de cause, et réserver l'annir. « J'ai beaucoup lu el médité l'histoire de Charles l". J'étais depuis longtemps averti par un pressentiment, par l'inquiétude générale des esprits el des choses, que moi aussi, j'étais résen·é à l'épreul'e suprême. J'y suis préparé. )lais ne ,ous flattez pas que les événements de France se résoudront comme les événements d'Angleterre. L'Ant;leterre est une lie : ses agilalions sont limitées, et Cromwell a pu les fher. Yous êtes ouverts à toutes les forces de l'univers, et celle lutte formidaule suscitera ici ùes passions et des événements tragiques. Vous n'êtes pas sûrs que la Prance épuisée ne soit pas tentée un jour de redemander un abri à la royauté. J'aurais voulu, si ce retour des choses doit se produire, que la monarchie ne fîll pas rétablie en France par la pitié. La pitié est aveugle el violente : el les roi, qui seront ramentis par elle n'auront pas le sens des terup, noul'eauî. En•·aisant tomuer ma tête, vons mettez en mouvement la force dangereuse de la pitié : il valait mieux réscn·cr J"ayenir à l'expérience et à la raison. ,, Yoilà ce que Louis XVI aurait pu opposer à la Convention. Voilà la dér,,nse I olilique qu'il aurait pu produire. Et ce qui le condamne le plus, c'e,t qu'il n'ait rait aucun effurl pour entrer dans cet ordre de pensées; c'est qu'il 1i'ail pu une minute parler dans le sens de la Mvolulion et discuter avec ellr. JI en élail empêché par la persistance du préjugé royal; il en était empêché surtout par le poids secret de ses lrahi,ons. Car il ne s·était pas efforcé seulement de modérer la Révolution: il avait appelé l'éLranger pour la détruire. Et il était réduit aux habiletés subalternes d'u□ avocat ingénieux. La royauté française était décidément une chose morte; elle reviendra un moment, mais comme un fantôme. Le plaidoyer de Desèze acheva d'irriter, par son habileté même, les révolutionnaires : car la lrahi,on évidente et certaine du roi devenait d'autant
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==