Jean Jaurès - La Convention

I-IISTOIR8 SOCTALTST8 1033 saires. Vous avez vu à cette barre des citoyens égarés de Paris vous proposer· des mesures révoltantes; c'est leur ouvrage. Il ya cinq à six jours que la fermentation dans Paris est portée à son comble. Le peuple condamné à mourir de faim par les malversations des agents de la faction de Roland, a voulu a ppor• ter ses justes réclamations; des émissaires de cette faction infernale se sont glissés parmi le peuple et ont excité les mournments d'hier. • Marat soutient la même thèse dans ~on journal. Il était de bonne foi. I l croyait que ces agitations feraient le jeu de la Gironde, et il concluait i ntré• pidement que c'était elle qui le~ avait provoqués. Que l'esprit de l'homme e,t misérable! Mais comment Marat, hanté par cette idée, obstiné à ce système, aurait-il pu d_ésirerel provoquer volontairement les désordres du 25 et d u 209 JI fut victime, cette fois, de sa phraséologie meurtrière. Et 1 'opinion, le prenant au mot, lui attribua une journée qu'il déplorait, à coup sûr, plus que personne. Non, ce ne fut pas la journée de Marat : ce fut la journée de Jacques Roux. C'est lui qni fut, tout le long du mois de février, du fond de son quartier obscur des Gravilliers, l'inspirateur et l'organisateur de celte sorte de révolution des subsistances, qui semblait annoncer et même amorce r un mouvement social, cette« troisième révolu lion» dont parlera bientôt le jour• nal de Prudhomme. Après le 14 juillet et le 4 août qui frappent les nobles, après le-10 aoOl qui frappe le roi, voici une troisième révolution qui frappera les riches. L'ar• ticle maladroit de Marat vinl à poinl pour Jacques Roux. Celui-ci ne se méprit certainement pas sur le sens de l'article et sur lïntention ùe Marat. JI comprit bien quïl voulait lui barrer la Toute et escamoter, pour ainsi dire, en une procédure criminelle assez restreinte, le vaste mouvement de revcndica tiou sociale que, lui, voulait déchainer. ~lais ce sera toujours une lactique chez Jacques Roux clese servir de Marat, de se couvrir de rn popularité, au moment mème où llarat le combat et le cliITame; et, en celle journée du 25 févrie r, ce prètre calculateur el concentré dut éprouver une sorte de l'Oiupté à sa1ourer l'arlicle de :\larat. Il pouvait maintenant, sans trop de' scandale, se récla mer de lui, et donner brusquement à son œuvre patiente, obscure et sournoise, le terrible eclat de popularité de " l'ami du peuple •· Chose curieuse! Louis Blanc ne fait que mentionner en passant, dans son récit riu mouvc,ment de féHier, Jacques Ronx: il ne voit pas du tout le sens social de ces journées; il croit qu'elles sont presque uniquement dues à J'intrigue de l'étranger, à l'or de Pitt qui avait besoin qu'il y eût des troubles à Paris. C'esl un procédé de polé11,ique à peine supportable chez des contemporains. Ce n'est pas uo jugement d'histoire. Louis Blanc ne comprend pas l'instinct des foule s, la spontanéité du peuple. Et quand des événements ne rentrent ps dans le c adre de ré1olulion qu'il s'e;t tracé, quand ils lui paraissent contrarier le plan rèYolutionnaire,il y voit aisément une intrigue de l'ennemi.

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