11 ISTOIHE SOCIALIS'l'r,; ----------------------------- beauté m~me de la forme où ces colères se mani restaient les épurait dans l'àme de l'orateur comme elle les épure dans la nôtre. Lïnévitable et noble joie de l'arliste sincèrn qui ne cherche point la benulé des mols, mais qui ne peut qu'en elle satisfaire toute ,on O.me,ndoucil, élève, élargit mèmc les passions les plus 1iolenlcs. L'homme en qui les événements prennent soudain une sortt ·le splendeur se réconcilie à moitié m6me avec les forces hostiles; il sait qu •lie; ne peuvent lui ravir relte puissance d'émotion sacrée, qu'elles rexallenl, au contraire. Il sait aussi qu'il a conquis, rlans le souvenir des homme,, une part d'immortalité, el que sa vie est désormais au delà des haines. Vergniaud se souvenait qu'à certaines heures il avait été la splendeur de la Révolution, et qu·on ne pouvait pas plus le séparer d'elle qu"on ne peul séparer du joui· la hcaulé de la lumière. Pourquoi donc allendrais-jc les dernières bcure~ de la vie de Vergniaud pour riler le mol qu'il dit en se défendant devant le tribunal révolutionnaire el que D,udot nous a transmis? Ce mot qu'il disait tout haut à ses juges pour dissiper les ombres dcla mort prochaine, il l'a dil, sans doute, tout bas à luimêrne, bien des fois, pour di,siper les ombres de la tristesse et du doute : • Eh! qui suis-je pour me plaind,·e, quand des milliers de Français meurent aux frontières pour la détcn,e de la patrie? On tuera mon corps, on ne :uera pas ma mémoire. » Pa~ delà les orages, par delà les calomnies, par delà. Ioules les haines, (es haines de ses cnnemi,s el les haines de son propre cœur, Vergniaud se reposait dans la gloire, el il répandait sur le présent la sérénité de l'avenir Immortel, qui ne laissait sur la vie el sur les choses qu'un voile de mélancolie. Oui, c'est une rencontre passionnante que celle de ces deu-' àmcs clis- ~emhlables, m1is portées µarfois par des forces dilerses à une égale hauteur. C'était, sous les rnuffles contraires de la Révolution, le choc clc deu, nuées: l'une somhre el sèrhe, exhalant en éclairs un peu courts, mai, aigu,, directs et meurtriers une â111cde haine et de justice; l'.iutre ahondante (•I splènilide, fahlouissant l'horizon, plus qu·clle ne !'elfrayail, de lulguranlcs l,eauté,, et roulant dan, ses plis un peu incertains sa rumeur d'inclignalion et d'orage, avec plus de majesté que de fureur. Grandiose mèlé,• (JUi, de ~es lueurs el cle ses ombres, t'mou,ail la face allenlive et tragique de la terre. Ce qui rend plus dramatique encore, à ce moment, la lulle cles deux hommes, c· est que tous dw, ont un mt\me pressentiment de dôfaite cl de morl. C'est alors que l\ohespierre prononça ces paroles: • La vertu fut toujours en minorité sur la terre. Sans cela, la terre sernitelle peuplée de tyrans el. d"esclaves? !Jamden et Sidney élaieut de la rninorilé, car ils expirèrent sur l'échafaud. Les Curtius, les Anilu,, les Cé,ar, les Clodius étaient de la majorité, mais Socrate était de la minorihi, car il avala la ciguë. Calon était de la minorité, car il déchira ses entrailles. Je connais ci beaucoup d'hommes qui serviront la liherté à la manière de Sidney; el
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